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Le rapport Durham (1839)

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La tentation «anti-québécoise» de Montréal, encore très vivante aujourd’hui, remonte à Lord Durham. Après l’échec des Patriotes, ce grand seigneur, dandy, très cultivé et s’exprimant dans un parfait français, vient faire son tour à Montréal et ailleurs au Canada. Sa mission est d’analyser la situation et de suggérer des solutions à la Couronne britannique qui, quoi que l’on puisse dire contre elle, s’illustre par son pragmatisme.

Ce noble anglais pur jus, immensément riche, qui en impose à la ribambelle de parvenus d’origine irlandaise ou écossaise, est très sensible aux minorités et, dans une certaine mesure, ouvert aux idées républicaines. Mais ce qu’il voit de nos ancêtres ne l’impressionne guère... Depuis la Conquête, en France, il y a eu la Révolution, puis Napoléon, puis la Restauration... La France a changé; son accent, sa manière de parler aussi. Soudainement, la culture canadienne-française, qui a évolué par elle-même dans l’étroit carcan de la soumission à l’Anglais, jure par contraste avec ce modèle prestigieux. Ironiquement, en détruisant le mouvement républicain des Canadiens, la Couronne britannique a contribué à donner à l’Église une plus grande importance politique et identitaire, ce que Durham trouve... rétrograde.

L’Église est en effet attachée à l’Ancien Régime français, celui d’avant la Révolution... Elle est également antimercantile. Cette mentalité passéiste choque Lord Durham. Son mépris pour nos aïeux n’est pas celui qu’un Anglais ressent pour les Français – ce genre de «racisme» bas de gamme serait indigne d’un grand seigneur qui est d’autant plus conscient des qualités de cette culture voisine qu’il les a assimilées. Non, c’est le mépris d’un riche métropolitain pour un pauvre provincial qui lui semble moins humain, moins digne, idiot et superstitieux.

L’assimilation

Sa solution: l’assimilation. La race anglaise doit absorber la race française! À ce prix seulement, le Canada, qui aura exorcisé son passé de Nouvelle-France, qui se sera converti linguistiquement et spirituellement à l’anglais, la langue de l’Amérique, pourra avoir droit à une plus grande indépendance parlementaire. Durham voit dans Montréal le lieu par excellence de l’assimilation à l’anglais, qu’il s’agit d’accélérer. La Couronne va l’écouter en unissant le Haut et le Bas-Canada pour minoriser les Canadiens français.

Aux yeux des romanciers canadiens-français de l’époque, la ville devient alors un lieu de perdition. C’est un univers qui appartient aux Anglais. L’agressivité francophobe est plus palpable à Montréal que dans certaines villes des États-Unis. Non seulement la ville s’est anglicisée par l’immigration depuis 1800, mais, politiquement, l’assimilation devient un but en soi. Une fierté montréalaise apparaît qui se nourrit perversement, comme Lord Durham, du mépris de la «région». Paradoxe: les francophones montréalais ont acquis l’habitude de se battre pour leur langue et ils soutiendront la loi 101. Les gens de Québec, eux, se gargarisent de «bilinguisme» (même quand ils ne font que baragouiner l’anglais) et ils se complaisent dans les utopies politiques du Canada anglais et des États-Unis que sont le multiculturalisme et la pensée «libertarienne». L’an dernier, un jeune humoriste talentueux d’origine maghrébine se disait fièrement montréalais, mais pas québécois; ce mépris a une longue histoire... que nous n’avons pas fini de conjurer. Montréal a plus que jamais tendance à se valoriser en crachant sur le Québec. Lord Durham, ses raisonnements, son mépris, sont demeurés; nous les avons intégrés.

Ce portrait de face pré́sente John George Lambton ( 1792-1840 ), premier comte de Durham, homme politique et administrateur colonial britannique. Il est l’auteur du rapport Durham, publié́ à̀ Londres en fé́vrier 1839. Lord Durham s’est fait dé́tester par le Canada français pour sa ré́solution à̀ le faire disparaître en l’assimilant «pour son bien» au profit de la culture anglaise... C’é́tait pourtant à̀ bien des é́gards un homme é́clairé́. C’est de loin son mé́pris pour ce qu’il jugeait arrié́ré́, notamment le pouvoir de l’É́glise et la mentalité́ d’«Ancien Ré́gime» qui persistait au Canada français, par opposition à̀ la France ré́publicaine, qui explique son fameux rapport.
Photo courtoisie des Archives municipales de Montréal
Ce portrait de face pré́sente John George Lambton ( 1792-1840 ), premier comte de Durham, homme politique et administrateur colonial britannique. Il est l’auteur du rapport Durham, publié́ à̀ Londres en fé́vrier 1839. Lord Durham s’est fait dé́tester par le Canada français pour sa ré́solution à̀ le faire disparaître en l’assimilant «pour son bien» au profit de la culture anglaise... C’é́tait pourtant à̀ bien des é́gards un homme é́clairé́. C’est de loin son mé́pris pour ce qu’il jugeait arrié́ré́, notamment le pouvoir de l’É́glise et la mentalité́ d’«Ancien Ré́gime» qui persistait au Canada français, par opposition à̀ la France ré́publicaine, qui explique son fameux rapport.

- Avec la collaboration de Louis-Philippe Messier