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Les épiceries donneront 8 M$ de denrées

Une subvention de Québec aux banques alimentaires permettra de les récupérer pour nourrir les plus démunis

Julie Poitras-Saulnier
Photo Chantal Poirier Julie Poitras-Saulnier des jus Loop voudrait récupérer 600 tonnes de fruits et légumes qui iraient à la poubelle chaque année.

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Les géants de l’alimentation québécoise s’associent aux Banques alimentaires du Québec afin de sauver plus de huit millions $ de denrées pour nourrir les plus démunis.

Toutes les banques alimentaires du Québec auront bientôt accès à des produits invendus de 611 supermarchés grâce à une aide de près de 400 000 $ du gouvernement.

«C’est le premier projet du genre au Canada qui permettra de récupérer des denrées et de la viande des épiceries afin de les redistribuer à ceux qui en ont besoin tout en évitant le gaspillage», résume Lucie Charlebois, ministre à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse, à la Santé publique et aux Saines habitudes de vie.

Lucie Charlebois, ministre
Photo Agence QMI, Simon Clark
Lucie Charlebois, ministre

Projet étendu

Cette initiative donnera un important coup de pouce aux banques alimentaires qui n’arrivent pas à répondre aux demandes d’aide alimentaire mensuelle qui s’élèvent à 1,8 million. Des cris du cœur avaient d’ailleurs été lancés par plusieurs organismes récemment.

«Pour chaque dollar qui entre chez nous, il en ressort 12 $. Ce soutien financier pourra nous aider à approvisionner 1000 organismes qui nourrissent plus de 400 000 personnes, dont 150 000 enfants», souligne Annie Gauvin, directrice générale des Banques alimentaires du Québec.

Un projet-pilote avait déjà été mis en place avec Moisson Montréal. Plus de 2,5 millions de kg de denrées dont 500 000 kg de viande ont été récupérés chez 177 marchands des trois géants de l’alimentation québécoise, Metro, Loblaws et Sobeys (IGA), Maxi et Super C y sont inclus, au cours de la dernière année.

Uniformiser les pratiques

Avec la subvention, les Banques alimentaires du Québec pourront étendre le projet un peu partout en province en achetant des camions réfrigérés ou en permettant la construction d’entrepôts pour recevoir les denrées dans les organismes, notamment.

Les épiceries voient aussi d’un bon œil cette initiative qui permettra d’étendre uniformément des pratiques qui se faisaient déjà localement, a souligné Pierre-Alexandre Blouin de l’Association des détaillants en alimentation.

Cette initiative permettra aussi une réduction des gaz à effet de serre qui équivaut à 1499 voitures sur la route.

Les 400 000 $ seront octroyés sur cinq ans afin de monter le projet. Les Banques alimentaires du Québec devront par la suite faire des collectes de fonds pour assurer la pérennité du projet.

Des entreprises refusent le gaspillage d’aliments

Frigos publics, application mobile, jus avec des fruits rejetés... Des entrepreneurs utilisent le gaspillage alimentaire pour se lancer en affaires, même si ce n'est pas toujours facile de faire changer des habitudes.

«On est bien parmi les seuls en alimentation à ne pas se vanter d'utiliser la meilleure qualité qui soit. Nous, on dit que ce que l’on utilise, c’est le plus bas grade qui existe. C’est quand même un défi de faire comprendre à des consommateurs qu'on prend les aliments rejetés, mais pas ceux qui ne sont pas bons», lance Julie Poitras-Saulnier, cofondatrice des jus Loop.

L’entreprise récupère des fruits et légumes venant du grossiste et distributeur en alimentation Courchesne Larose dont ne veulent pas les supermarchés en raison de leur couleur, grosseur ou forme. Pas moins de 250 commerces vendent présentement ses jus.

Mais malgré la popularité des légumes moches, ces produits moins beaux, mais tout aussi bons, il y a encore beaucoup de produits à «sauver».

Gaspillage en cuisine

Le tiers des aliments produits dans le monde serait envoyé directement dans les poubelles. Près de la moitié de ce gaspillage se ferait non pas auprès des entreprises, mais bien dans la cuisine des consommateurs.

«Les gens ne sont pas prêts à tout faire pour contrer le gaspillage alimentaire. Il y a encore du travail à accomplir pour changer les mentalités, il faut continuer de sensibiliser», souligne Éric Ménard, spécialiste du gaspillage alimentaire, lors d’une conférence tenue jeudi sur les opportunités d’affaires liées au gaspillage d’aliments.

Ce qui n’empêche pas des entrepreneurs à tenter de trouver des solutions pour les consommateurs afin de diminuer ces pertes.

C’est le cas de Geneviève Rousseau, qui a lancé l’entreprise BonApp en mars 2015 et qui regroupe un réseau de quatre, bientôt cinq réfrigérateurs à Montréal. Les gens peuvent aller porter les denrées qu’ils ne veulent plus pour s’en procurer d’autres et ainsi éviter le gaspillage.

L’application Eatizz, fondée par William Steven, permet aux consommateurs de repérer sur leur téléphone intelligent les aliments en fin de vie en rabais près de chez eux.

Le gaspillage alimentaire chez nous

  • 40 % de la nourriture serait gaspillée au Canada
  • 31 G$ d’aliments par an seraient donc jetés à la poubelle
  • 100 G$ en perte économique totale qui seraient liés au gaspillage alimentaire (production, pesticides, transport, etc.)
  • 20 % des fruits et légumes seraient rejetés pour des critères esthétiques
Source: Éric Ménard, blogueur, conférencier et spécialiste du gaspillage alimentaire