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La myopie, un véritable fléau chez les enfants

Le jeu à l’extérieur, délaissé par les jeunes, ainsi que les tablettes et téléphones sont pointés du doigt

Quelques voisins d’un quartier résidentiel de Lauzon enfilent chaque semaine leur habit de neige pour aller jouer au hockey bottine dans la rue.
Un jeu qui permet de bouger et de dépenser de l’énergie.
Photo Pascal Huot Quelques voisins d’un quartier résidentiel de Lauzon enfilent chaque semaine leur habit de neige pour aller jouer au hockey bottine dans la rue. Un jeu qui permet de bouger et de dépenser de l’énergie.

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La myopie est devenue un véritable fléau chez les enfants québécois qui en sont atteints de plus en plus jeunes. Le temps passé sur les tablettes ou les téléphones intelligents plutôt qu’à jouer dehors est pointé du doigt.

«Avant, on percevait le problème à l’âge de 12 ou 13 ans, alors qu’aujourd’hui, on voit des enfants de 7 ou 8 ans qui ont des myopies bien installées», explique Langis Michaud, président de l’Ordre des optométristes du Québec. «C’est devenu une épidémie et les conséquences peuvent être graves si ce n’est pas traité», prévient le spécialiste.

À partir d’un niveau de près de -6, un myope devient «à risque» de développer des pathologies oculaires telles que des décollements de rétine, du glaucome ou des cataractes à 60 ans au lieu de 75, jusqu’à la cécité, souligne M. Michaud.

Jouer dehors

Le Dr Michaud tire la sonnette d’alarme, blâme la trop grande utilisation des tablettes et téléphones intelligents, et incite fortement les enfants à aller «jouer dehors». «La lumière naturelle du soleil a un effet protecteur contre l’évolution de la myopie», indique-t-il.

L’Ordre recommande ainsi un minimum de 45 minutes de jeu à l’extérieur chaque jour. «Si un enfant devient myope entre 8 et 14 ans, c’est là qu’on doit intervenir de façon sérieuse pour ralentir la progression», mentionne le Dr Michaud, ajoutant que la progression de la myopie cesse habituellement dans la vingtaine.

La petite Géraldine, 5 ans, consulte la tablette de ses parents, qui lui permettent de le faire pour une durée maximale d’une heure par jour.
Photo Pascal Huot
La petite Géraldine, 5 ans, consulte la tablette de ses parents, qui lui permettent de le faire pour une durée maximale d’une heure par jour.

Tablettes et téléphones

Il ajoute même que les tablettes ou autres objets électroniques devraient être interdits chez les enfants de moins de trois ans. «Ensuite, ça devrait être un maximum de 30 minutes par jour, puis selon les besoins scolaires», indique-t-il.

Les petits caractères forcent une vision de «beaucoup trop près», ce qui impose une «gymnastique fatigante» pour les yeux. Le Dr Michaud conseille également d’augmenter la lumière ambiante pour lire sur un appareil intelligent, afin de limiter les contrastes, en plus de prendre des pauses toutes les 20 minutes. «On a l’habitude de consulter le téléphone de 7 h le matin à 11 h le soir, on demande beaucoup à nos yeux, mais ils ne sont pas équipés pour ça», poursuit-il.

Le Dr Michaud rappelle par ailleurs que la vue étant le «premier outil d’apprentissage», un premier examen visuel devrait ainsi être fait avant l’entrée à l’école.

« C’est très inquiétant »

Pour la Dre Manon Sévigny, optométriste chez Iris à Saint-Jean-Chry­sostome, la situation n’est vraiment pas à prendre à la légère. «La myopie, c’est dangereux et ça peut mener à la perte de la vision. C’est très inquiétant. Certains optométristes restent les bras croisés et ne font qu’augmenter la force des lunettes, c’est choquant. Je ne connais pas de maladies pour lesquelles il y a des traitements qu’on n’utilise pas», s’indigne-t-elle.

L’opticienne Marie-Christine Blanchard, directrice marketing pour les laboratoires Blanchard, explique que l’humain est victime de sa capacité à s’adapter à son environnement. «L’œil humain est fait pour voir parfaitement à l’horizon, au loin, et doit contracter certains muscles pour voir en vision de près. Plus on en demande à l’œil humain pour regarder de près, plus on s’adapte à notre environnement et plus on devient myope», note-t-elle.

La myopie chez les enfants

  • À l’âge scolaire,un enfant sur quatre présente des problèmes visuels
  • Seulement un tiers des enfants sont examinés par un optométriste avant leur entrée à l’école
  • Le taux de forte myopie a progressé de huit fois dans les 20 dernières années

Source : Ordre des optométristes du Québec

Elle devait changer ses lunettes deux fois par an

Maélie Pelletier, qui est considérée comme une «forte myope», voit son optométriste deux fois par année.
Photo Jean-François Desgagnés
Maélie Pelletier, qui est considérée comme une «forte myope», voit son optométriste deux fois par année.

Considérée comme une «forte myope» depuis l’âge de sept ans, la jeune Maélie Pelletier, aujourd’hui âgée de 14 ans, doit être vue deux fois par année par son optométriste.

Elle porte des lentilles cornéennes de contrôle appelées «bifocales» depuis deux ans, mais pourrait passer à un autre traitement, si l’évolution de sa myopie allait trop rapidement. Elle est actuellement myope à -5,50.

«C’est un gros cas, elle évoluait très vite et dans le pic, nous avons dû changer ses lunettes deux fois dans l’année, mais depuis qu’elle porte les lentilles, sa progression a ralenti de 0,25 par année», explique la Dre Manon Sévigny, l’optométriste qui traite l’adolescente.

Si la myopie continue d’évoluer, la Dre Sévigny pourrait lui prescrire des gouttes d’atropine, plus dispendieuses, mais qui, dans son cas, diminueraient la progression de sa myopie à 80 %.

«La stratégie de contrôle de la myopie devrait être adaptée à chaque patient», insiste-t-elle, en rappelant que «tout enfant qui baisse de 0,50 par année ou commence la myopie plus jeune devrait avoir une stratégie pour la contrôler».

Prescription : aller dehors

La Dre Sévigny a notamment prescrit à Maélie de limiter la vision de près à une heure par jour, tout en regardant au loin toutes les quinze minutes, en plus d’aller dehors le plus souvent possible.

«Si je compare à mon garçon qui a une vue parfaite, il était plus souvent dehors et faisait plus de sport à l’extérieur», explique sa mère Faby Deschêches, qui précise toutefois que Maélie a commencé à consulter des appareils tels que la tablette et le téléphone, vers l’âge de 11 ans.

Même si la progression de sa myopie a considérablement ralenti depuis ses premières montures en 2e année, celle qui est aujourd’hui en troisième secondaire doit porter ses lentilles ou ses lunettes en tout temps. «Je dois faire attention pour ne pas forcer mes yeux», indique l’adolescente.

Quelques voisins d’un quartier résidentiel de Lauzon enfilent chaque semaine leur habit de neige pour aller jouer au hockey bottine dans la rue.
Un jeu qui permet de bouger et de dépenser de l’énergie.
Photo Jean-François Desgagnés

Hérédité

Maélie avait de grandes chances de devenir myope, puisque sa mère l’est. Dans le cas d’un seul parent myope, le risque pour l’enfant de le devenir est entre 40 et 50 %. Ce pourcentage passe à 85 % si les deux parents souffrent de myopie. «Je suis allée [chez l’optométriste] quand j’étais vraiment petite, on a découvert que j’étais myope en 2e année, puisque je voyais mal au tableau à l’école», raconte-t-elle.

Un site internet australien (mykidsvision.org, en anglais seulement), mis au point par deux optométristes spécialisés en traitement de la myopie, permet aux parents de connaître en quelques secondes l’indice de risque de leurs enfants, en répondant à quelques questions.

Traitements pour ralentir l’évolution de la maladie

Lentilles ophtalmiques :

  • Lunettes ou lentilles conçues pour contrôler la myopie.

Orthokératologie :

  • Lentilles cornéennes rigides à porter durant la nuit pour «remouler» la cornée, un peu comme un appareil dentaire.

Médicament :

  • Gouttes avec faible concentration d’atropine, à mettre dans les yeux au coucher, qui agit sur le «mécanisme» de l’œil pour ralentir la myopie.

Coûts de ces traitements, qui ne sont pas couverts par la RAMQ :

  • Entre 300 $ et 1000 $ par année.

Selon l’Ordre des optométristes du Québec, ces traitements peuvent ralentir de 30 % à 80 % l’évolution de la myopie.