/news/currentevents
Navigation

Un pilote accro à l’adrénaline

Un Québécois est un des rares à se poser en Antarctique et à combattre les feux de forêt

martin Forget
Photo courtoisie Martin Forget
Pilote

Coup d'oeil sur cet article

SAINT-GÉRARD-DES-LAURENTIDES | L’un des pilotes de brousse les plus polyvalents du Québec passe 340 jours par année loin de ses quatre enfants. Martin Forget est accro à l’adrénaline que lui apporte d’éteindre les feux de forêt ou de voler dans le climat extrême de l’Antarctique. Il ne peut se passer des paysages que lui offre la Terre vue du ciel comme lorsqu’il survole les coraux aux Maldives.

Comment vous est venue cette passion pour l’aviation?

Je travaillais dans le domaine de l’excavation­­ près de l’aéroport de Trois-Rivières. Tous les jours, je voyais les avions décoller et atterrir. Ça m’a donné le goût. Il y a une douzaine de pilotes dans ma famille, alors je connaissais assez bien l’aviation. J’ai obtenu ma licence privée en 1998 et ma commerciale en 2003. J’ai commencé à travailler au Lac-à-la-Tortue comme pilote de brousse. J’ai ensuite fait des voyages pour amener des employés­­ du gouvernement dans le nord de la province. J’ai conduit des chasseurs dans des pourvoiries. J’ai éteint des feux de forêt au Canada et aux États-Unis. J’ai emmené des touristes aux Maldives, en Asie. J’ai fait du transport médical dans l’ouest et maintenant, je transporte des scientifiques en Antarctique.

Le pilote Martin Forget est un des rares à piloter en Antarctique dans un DC-3T datant de la Deuxième Guerre mondiale. Il aime bien les paysages qu’il peut voir et les animaux qu’il rencontre, comme ici des manchots en Antarctique.
Photo courtoisie
Le pilote Martin Forget est un des rares à piloter en Antarctique dans un DC-3T datant de la Deuxième Guerre mondiale. Il aime bien les paysages qu’il peut voir et les animaux qu’il rencontre, comme ici des manchots en Antarctique.

Quelle mission préférez­­-vous?

L’Antarctique me permet­­ de conduire un DC-3T construit en 1944, ça date de la Deuxième Guerre mondiale. C’est vieux, mais c’est robuste. Il n’y a aucun­­ avion de nos jours qui peut faire ce travail-là. J’emmène des scientifiques d’une base à l’autre et il n’y a pas vraiment de piste d’atterrissage. Ils tapent la neige et mettent des drapeaux pour définir les places moins dangereuses.

Mais le top que tu peux faire quand tu es pilote de brousse, c’est travailler sur les feux de forêt. En neuf saisons, j’en ai combattu aux Territoires du Nord-Ouest, en Alaska, en Alberta, en Saskatchewan­­ et au Manitoba. Ce n’est jamais pareil. Il n’y a pas d’information sur le lieu, pas de contrôleurs qui nous disent s’il y a des obstacles autour. On est laissés à nous-mêmes, on décide où et comment on va atterrir. C’est une job qui sort de l’ordinaire, on ne sait jamais­­ où on va aller le lendemain.

Comment vous sentez-vous quand vous vous dirigez vers un incendie?

J’ai hâte et je suis excité. Quand la pagette sonne, on embarque dans l’avion et ils nous donnent­­ les coordonnées en vol. Certains feux sont vraiment impressionnants à voir. Les arbres ont l’air de cure-dents. Les flammes montent à 3000 pieds d’altitude et la fumée grimpe à 30 000 pieds. À 2 km du feu, on peut sentir la chaleur. Lorsque je combats les incendies, je n’ai tellement pas l’impression de travailler, c’est un plaisir de pouvoir faire ça.

Est-ce qu’il y a des risques pour votre sécurité?

C’est plus risqué que de faire du «airline­­», car on vole à basse altitude et on n’a pas beaucoup de temps de réaction. On prend l’eau dans le lac et on la verse sur le feu, alors on ne peut pas monter bien haut. On pourrait frapper une roche qu’on n’a pas vue et l’avion pourrait se briser et couler. On se déplace aussi près de lignes électriques, la visibilité est souvent réduite­­. Ça demande plus d’attention. Et on sait que 90 % des accidents d’avion se produisent au décollage et à l’atterrissage, et nous, on fait ça toutes les trois minutes, pas toutes les cinq ou six heures, comme les avions de ligne.

Vous ne devez pas être souvent à la maison?

En 2016, j’ai passé moins de trois semai­nes à la maison. J’ai une femme et quatre enfants, et je m’ennuie souvent d’eux. En Antarctique, il y a des con­trats de six mois. Mon plus jeune a un an et quand je suis revenu après trois mois de travail, il ne m’a pas reconnu. Il ne voulait pas que je le prenne, ça a pris deux ou trois jours avant de l’approcher. Mais parfois, je les emmène deux ou trois semaines avec moi. Mes enfants ont sept, cinq, trois et un an, et ils ont tous déjà embarqué dans un avion.

Pourquoi continuer de faire ce métier?

Pour l’adrénaline et pour la beauté des paysages. La forme des lacs et des montagnes, ça coupe le souffle. Je vois des animaux comme des caribous, des bisons, des ours, etc. J’ai fait du tourisme aux îles Maldives, en Asie, et là-bas, j’ai survolé plus de 1000 îles. La mer est impressionnante, les coraux, les couleurs, c’est incroyable, et ça vaut le coup.

 

En bref

  • 55 heures de vol pour aller en Antarctique
  • 8500 heures de vol (à vie)
  • 2 125 000 kilomètres parcourus
  • 250 km/h de vitesse moyenne de vol
  • 60 heures de vol maximum par semaine (40 s’il y a des passagers)
  • 100 000 $: Salaire annuel moyen pour un emploi similaire
  • 8 jours: Voyage le plus long pour aller du pôle Nord au pôle Sud