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The Wall sans The Wall, c’est pas The Wall

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Samedi soir, je suis allée voir Another Brick in the Wall, la version opéra de l’album concept The Wall.

Mais, imaginez ma surprise, je n’y ai pas entendu The Wall!

Quelqu’un avait pris les paroles des chansons, avait tassé la musique géniale de Roger Waters et l’avait remplacée par une suite de notes qui n’avaient rien à voir avec l’original. Une autre musique!

Au secours! Il y a vraiment un compositeur qui a pensé qu’il pouvait faire mieux que Waters? Ce qu’on nous a présenté samedi soir, c’est une «patente» qui ne ressemblait en rien au chef-d’œuvre de Pink Floyd.

CHÉRIE, ON A RÉTRÉCI THE WALL!

Quand The Wall est sorti, en 1979, je l’ai tellement écouté que les sillons de mon 33 tours étaient usés. Le film The Wall d’Alan Parker a été l’œuvre coup-de-poing de mes 17 ans.

Si tu choisis de t’attaquer à l’un des 100 meilleurs albums de tous les temps, tu es mieux de te lever de bonne heure.

Pourtant, samedi soir, je devais me fier aux surtitres avec les paroles pour savoir quelle chanson était en train d’être massacrée. Tiens, ça dit: «Out there in the cold/Getting lone­ly, getting old.» Donc la bouillie musicale qu’on entend doit être Hey You. Sur scène, on voit un tableau noir et des chaises d’écoliers: hmmm, ils doivent être en train d’assassiner Another Brick in The Wall: «We don’t need no education.»

Ils ont même trouvé le moyen de bousiller Comfortably Numb, une des plus belles chansons de l’album. Sacrilège!

MAIS QUELLE DÉCEPTION !

Et que dire de la direction artistique... Dominic Champagne a déjà été plus original dans ses choix. Quand la mère arrive avec un bébé dans les bras, on voit sur grand écran des tonnes de biberons. Méchant flash!

Quand une chanson parle de la guerre, oui mesdames et messieurs, on voit sur grand écran des... soldats avec des fusils.

Et quand l’orchestre est en train de massacrer la chanson Run like Hell, on voit cinq personnes qui courent sur place. Je suis partie à rire!

Comme me l’a fait remarquer un ami musicien, ça ressemblait à un mauvais vidéoclip des années 1980 pour la chanson J’t’aime comme un fou de Charlebois: «M’as-tu vu courir dans ta rue?»

À la fin du spectacle, mon voisin de siège, un jeune blogueur musical, m’a lancé: «Ça me donne juste envie de rentrer chez moi pour réécouter The Wall au complet et me rappeler à quel point c’est bon.»

UN HOMMAGE RATÉ

Ce spectacle est un hommage à The Wall? C’est comme si, pour saluer Picasso, on avait refait Les demoiselles d’Avignon, mais pour que ce ne soit plus un tableau cubiste.

Julien Bilodeau, qui a composé la musique de cette «paten­te», a déclaré qu’il avait «respecté le texte intégral à 99 %». Mais The Wall, ce n’est pas un texte, c’est de la musique géniale sur des textes!

«Les vrais connaisseurs de l’œuvre vont reconnaître plein d’affaires», avait-il ajouté.

Oui, en effet, il y a un mur.

Mais pour le reste, The Wall est méconnaissable.