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Gestion de crise 101 pour humoristes

Le gérant de Mike Ward et Guillaume Wagner a vécu plusieurs tempêtes sur le web

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Les réseaux sociaux ont complètement changé la donne pour les humoristes qui aiment déranger. Mike Ward, Jean-François Mercier et Guillaume Wagner ont récemment dû gérer des crises sur le web pour des blagues qui avaient été mal reçues.

Il y a quelques années, une blague controversée d’un humoriste faisait rarement des vagues en dehors des salles de spectacles. Ce n’est plus le cas depuis l’arrivée des réseaux sociaux. Plusieurs comiques ont vécu, parfois malgré eux, «le côté sombre» de ce nouvel outil technologique, en étant impliqués dans diverses polémiques.

S’il en est un qui connaît la gestion de crise sur les réseaux sociaux, c’est bien Michel Grenier, le gérant de Mike Ward et Guillaume Wagner. Dans les dernières années, ses protégés ont souvent été mêlés à des controverses de tous genres. Et avec les réseaux sociaux, une petite blague mal interprétée peut rapidement devenir un scandale national.

«Le mieux pour un artiste dans un moment de crise, c’est de ne pas commenter, dit Michel Grenier. Sinon, tu alimentes quelque chose. Il faut laisser le temps passer. Chaque fois que tu en remets, tu propages cette nouvelle-là. Plus tu brasses de la merde, plus ça sent mauvais.»

Accès direct à l’artiste

Avec les réseaux sociaux, les détracteurs ont aussi un accès direct à l’artiste qu’ils veulent insulter. «Il y a 25 ans, si j’haïssais telle personne, je pouvais peut-être envoyer une lettre au Journal de Montréal, dit le gérant. Aujourd’hui, je peux l’écrire sur Instagram, Twitter, Facebook...»

Dans la dernière année, en raison de son procès face à Jérémy Gabriel, Mike Ward a reçu sa part d’insultes sur les réseaux sociaux. Et son gérant lui a dit d’essayer de s’en détacher le plus possible. «Mais c’est difficile de se couper de tout, convient-il. Moi-même, je recevais des appels toutes les nuits, des menaces de mort.»

«Ce que je dis à mes artistes, c’est que peu importe, ils ne peuvent pas changer l’idée des gens. Quand tu as une opinion, elle est cristallisée. Il faut donc les laisser aller dans leurs croyances.»

Michel Grenier laisse l’entière liberté à ses artistes d’écrire ce qu’ils veulent sur les réseaux sociaux. «J’ai confiance en leur intelligence, dit-il. La seule chose que je leur suggère, c’est de faire leurs crises pendant les séries du Canadien!»

Deux controverses qui se sont enflammées sur le web

Mike Ward

Photo d'archives

En 2015, l’humoriste a été poursuivi par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse à propos de blagues sur Jérémy Gabriel, un jeune homme atteint du Syndrome de Treacher Collins qui avait déjà chanté pour le pape Benoît XVI.

Le numéro en question se trouvait dans le spectacle Mike Ward s’eXpose, que l’humoriste avait tourné de 2010 à 2013. Durant le procès, l’humoriste a affirmé avoir reçu de nombreux messages de haine sur les réseaux sociaux.

L’an dernier, Mike Ward était condamné à payer 35 000 $ à Jérémy Gabriel et 7000 $ à la mère de ce dernier. L’avocat de Ward, Julius Grey, a décidé de porter la cause en appel.

Guillaume Wagner
Photo d'archives

À l’automne 2012, Guillaume Wagner se retrouvait dans une petite tourmente pour un gag qu’il avait fait à propos de Marie-Élaine Thibert.

Après que la blague, qui riait notamment du physique de la chanteuse, se fut retrouvée dans les médias, Marie-Élaine Thibert avait répondu à l’humoriste en disant avoir été blessée par ses propos.

Devant le tollé, Guillaume Wagner avait présenté ses excuses et décidé de retirer la blague de son spectacle Cinglant.

Les deux artistes avaient par la suite fait la paix en août 2014 lors d’une vidéo pour le Ice Bucket Challenge.

Quatre messages qui ont mal tourné

Jean-François Mercier

Photo d'archives

En juillet 2015, l’humoriste avait choqué plusieurs personnes avec une blague écrite sur sa page Facebook.

«S’habiller sexy et se déhancher de manière suggestive dans une discothèque pour ensuite se plaindre des regards insistants des hommes, c’est un peu comme manger de la crème glacée dans un village éthiopien et de dire: “Coudonc calice, pas moyen de manger un cornet icitte sans se faire regarder!”», avait-il écrit.

Plusieurs lui avaient reproché d’encourager la culture du viol avec une telle blague. Devant le tollé, Jean-François Mercier s’était montré surpris d’avoir choqué des gens et avait dit qu’il ne s’excuserait pas pour sa blague. Il avait aussi signifié qu’il se tiendrait loin de Facebook «pour un temps».

François Massicotte
Photo d'archives

En novembre 2015, François Massicotte a causé une petite controverse à cause d’un tweet envoyé à Mike Ward que certains ont jugé déplacé.

Pendant la diffusion de l’émission Le Banquier, à laquelle il avait participé, l’humoriste avait écrit à la blague qu’il espérait être à côté d’une beauté lors de l’émission, mais il s’était plutôt retrouvé en compagnie de Michelle Blanc.

Des internautes l’avaient alors traité de transphobe, dégueulasse et macho.

Devant la polémique, l’humoriste avait présenté ses excuses en disant qu’il n’avait pas voulu blesser personne avec son message.

Laurent Paquin
Photo d'archives

En janvier dernier, Laurent Paquin a dû se défendre sur Facebook après avoir reçu plusieurs commentaires à la suite d’un gag sur Donald Trump.

«Pour Trump, un golden shower, c'est une compagne de salissage», avait-il écrit.

«Rire de quelqu’un avec de fausses rumeurs... Première fois que tu me déçois, Laurent», avait écrit un internaute.

«Les gens qui pètent une coche à cause d’un gag sur Trump... Vous allez trouver l’année difficile», avait répondu l’humoriste.

Mariana Mazza
Photo d'archives

En septembre dernier, lors du gala des Gémeaux, Mariana Mazza a écrit un message qui a suscité l’indignation de certaines personnes sur Instagram.

L’humoriste a publié la photo d’une spectatrice du gala en disant que la transgenre Caitlyn Jenner était présente dans la salle.

Certains internautes ont trouvé la comparaison de mauvais goût. «Ce n’est pas ta meilleure. Je croyais que ton humour s’élevait à plus que ça», a écrit une personne.

Former les futurs humoristes à éteindre les feux

Depuis quelques années, l’École nationale de l’humour (ÉNH) propose à ses élèves une formation sur les réseaux sociaux. Dans le cours, donné par Dave-Éric Ouellet (MC Gilles), il y a un volet sur la gestion de crise.

«J’ai commencé à donner le cours pendant l’histoire entre Guillaume Wagner et Marie-Élaine Thibert, dit-il. Je me suis demandé de quelle façon on pouvait gérer cela sur les réseaux sociaux, pour ne pas que le feu se répande. J’ai basé un cours sur notre expérience à nous. La règle de base, c’est de se tourner les doigts sept fois avant de tweeter.»

Dans ce cours, MC Gilles regarde avec les élèves des situations où les humoristes «l’ont échappé». «On parle du cas de Mike Ward avec le petit Jérémy ainsi que Jean-François Mercier avec le cornet de crème glacée.»

«Je leur explique aussi comment gérer les «trolls» et les gens qui t’haïssent. Avec les réseaux sociaux, il ne faut pas que tu ailles uniquement dans la promotion.»

Présence primordiale en ligne

Le professeur montre aux humoristes de demain les différences entre les réseaux sociaux. «Ils doivent trouver leur réseau où ils sont le plus à l’aise, dit-il. J’ai une humoriste qui se servait de Pinterest parce que c’était très utile pour elle.»

Pour les futurs comiques, une présence en ligne est primordiale. «Aujourd’hui, si un producteur a besoin d’un humoriste, il faut que son porte-folio soit trouvable rapidement. S’il tombe sur une vidéo YouTube, il faut que dès le départ, ça punche.»

«Un humoriste qui ne voudrait pas être sur le web, ça me ferait tomber en bas de ma chaise, dit Stéphane Pelichet, alias Petit Petit Gamin, qui a aussi enseigné les réseaux sociaux à l’ÉNH, l’automne dernier. Pour un humoriste, le web sert autant à faire la promotion de ta carrière que de te surpasser créativement.»