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Le ministre Proulx pressé d’étendre l’éducation à la sexualité

Il s’agit d’une façon de lutter contre le fléau des sextos chez les jeunes, selon plusieurs

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Photo d'archives Le ministre de l’Éducation Sébastien Proulx

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Alors que le ministre de l’Éducation se dit «extrêmement préoccupé» par le fléau des sextos chez les adolescents, plusieurs le pressent d’agir afin que l’éducation à la sexualité revienne une fois pour toute sur les bancs d’école.

Le Journal rapportait mercredi que le partage de sextos entre jeunes est devenu un véritable fléau selon plusieurs intervenants interrogés, alors que des échanges de photos nues se déroulent à la suite de rencontres faites sur la nouvelle application Yellow, le Tinder des 13-18 ans.

Interpellé à ce sujet par le Parti québécois à l’Assemblée nationale, le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, a indiqué qu’il voulait étendre les projets-pilotes sur l’éducation à la sexualité, qui se déroulent depuis deux ans dans une quinzaine d’écoles.

«Mon souhait, c’est aller de l’avant davantage avec ce qui se fait actuellement, mais il y a encore du travail à faire, notamment sur les contenus, et il y a des interrogations sur la façon de l’enseigner», a-t-il affirmé. Une décision sera prise sous peu, a-t-il indiqué.

Une rencontre à ce sujet devait avoir lieu en mars avec les acteurs du réseau de l’information, mais elle a été reportée à la mi-avril, selon nos informations.

Le contenu de ce nouveau programme – où la pornographie, les sextos et le consentement sont au menu - fait relativement consensus, mais la formule testée en projet-pilote est loin de faire l’unanimité. Il ne s’agit pas d’un nouveau cours en soi, mais plutôt de capsules d’information qui sont intégrées dans la grille-matières existante, à raison de 5 à 15 heures par année, soit une heure par mois en moyenne.

«Pire» que le statu quo

Pour la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), c’est toutefois nettement insuffisant. «C’est même pire que le statu quo, parce que ça donne l’impression que les cours d’éducation à la sexualité sont revenus et que le problème est réglé» alors que ce n’est pas le cas, affirme sa vice-présidente, Nathalie Morel. Le retour d’un cours en bonne et due forme pourrait être une solution pour lutter contre le fléau des sextos dans les écoles, estime la FAE.

Il est par ailleurs «essentiel» que les profs qui enseigneront ces nouveaux contenus soient formés pour le faire et épaulés par des professionnels, ajoute Mme Morel, qui réclame aussi davantage de psychologues, d’infirmières et de sexologues dans le réseau scolaire.

Les préoccupations sont semblables du côté de la Fédération des syndicats de l’enseignement, qui est toutefois d’accord avec la formule mise de l’avant dans les projets-pilotes, mais préoccupée par le manque de moyens mis à la disposition des écoles pour les mettre en œuvre.

À la Fédération des comités de parents du Québec, sa présidente, Corinne Payne, presse le ministre de passer en «deuxième vitesse». «Qu’est-ce que ça prend de plus pour passer à l’action?», lance-t-elle.

De leur côté, les sexologues aimeraient jouer un plus grand rôle dans l’éducation à la sexualité dans le réseau scolaire et insistent sur l’importance que ce contenu, profondément intime et délicat, soit enseigné par des «personnes compétentes» et formées pour le faire.

Lutter contre les violences sexuelles

La directrice du centre Cyber-aide souligne quant à elle qu’il n’y a pas que les sextos auxquels les ados sont confrontés et aimerait que la mobilisation en cours contre les violences sexuelles sur les campus s’étende au réseau scolaire.

«Les violences sexuelles, ça ne nous tombe pas dessus quand on arrive au cégep ou à l’université, ça commence bien plus tôt dans la vie des jeunes, lance Cathy Tétreault. De voir que l’action se passe en haut, sur les campus, plutôt au secondaire, c’est préoccupant.»

L’école secondaire Vanier n’a jamais abandonné l’éducation à la sexualité

À l’école secondaire Vanier, comme dans d’autres établissements du réseau scolaire, l’éducation à la sexualité n’a pas disparu de la grille-matières avec la réforme.

Dans cette école de Québec, tous les élèves de première et deuxième secondaire de même que la grande majorité des élèves de cinquième secondaire ont un cours obligatoire d’éducation à la sexualité, une heure par semaine.

«C’est un choix qu’on a fait comme école. Les élèves adorent ça, ils en redemandent», affirme Nathalie Ringuette, enseignante et sexologue de formation qui a conçu un des cours enseignés dans cette école secondaire. Les jeunes rencontrés dans sa classe le confirment. Le même cours est aussi offert dans d’autres écoles secondaires de la commission scolaire de la Capitale.

Ailleurs dans la province, d’autres jeunes réclament le retour des cours d’éducation à la sexualité. «Ce serait une bonne idée, on ferait moins de choses stupides», lance Mathis Boisvert, un élève de l’école secondaire Louis-Philippe-Paré, à Châteauguay. Cet élève fait partie du groupe Action-Prévention, un comité parascolaire qui fait de la sensibilisation contre les violences sexuelles chez les adolescents, une initiative rare au Québec soutenue par le Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) de Châteauguay.

Seulement 8 sexologues dans les écoles du Québec

  • 8 sexologues dans les écoles du Québec sur un total de 645 membres de l’Ordre des sexologues du Québec
  • Des sexologues se rendent toutefois dans des écoles, à l’occasion, pour donner des conférences ou des ateliers.
  • La commission scolaire Kamouraska-Rivière-du-Loup fait figure d’exception puisqu’elle embauche une sexologue à temps plein pour ses écoles primaires et secondaires.