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En déficit et pour longtemps

Le budget fédéral ne prévoit aucun retour à l’équilibre des finances publiques pour au moins cinq ans

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Photo Agence QMI, MATTHEW USHERWOOD Le ministre des Finances, Bill Morneau, tient en main son budget, aux côtés du premier ministre Justin Trudeau.

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OTTAWA | Encore déficitaire, mais sans éclat: le gouvernement Trudeau a déposé un budget prudent mercredi, retenant son souffle en attendant de voir si le président américain Donald Trump réalisera certaines de ses promesses fiscales inquiétantes.

Le deuxième budget du ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, est mince en annonces concrètes. Il contraste avec celui de l’an dernier, où de grandes dépenses dans les infrastructures et pour les familles avaient été annoncées.

Déficit pour 5 ans

Le budget 2017 est écrit à l’encre rouge avec un déficit de 28,5 G$ pour cette année, incluant un coussin de 3 G$ pour parer aux imprévus. Le document indique que le déficit va continuer à se creuser au moins pendant cinq ans, pour un total cumulatif de 120 G$. C’est plus de 15 G$ de plus que les prévisions économiques de l’automne dernier.

De surcroit, le budget ne comprend pas de plan de retour à l’équilibre budgétaire. En campagne, les libéraux s’étaient engagés à de «petits» déficits de 10 G$ et d’équilibrer les finances en 2019.

Le ministre Morneau fait valoir que le gouvernement met l’accent sur la réduction du poids de la dette par rapport au PIB d’ici la fin de son mandat.

«Nous voulons être responsables avec chaque investissement. Nous savons que c’est très important d’avoir une économie qui fonctionne bien et ça veut dire que c’est nécessaire d’avoir un niveau de dette et PIB qui est en train de diminuer», a-t-il soutenu.

«Inquiétant»

N’empêche que «le fait qu’il n’y a aucune indication d’un retour à l’équilibre budgétaire bientôt est très inquiétant et certainement l’élément le plus décevant de ce budget. C’est comme si on dépensait sans compter et on se disait que nos enfants rembourseront», commente, comme plusieurs, Carl Vallée, porte-parole québécois de la Fédération canadienne des contribuables et ex-porte-parole du gouvernement Harper.

Dans son budget, le ministre Morneau garde le cap sur certaines grandes orientations, avec un peu d’argent neuf en ce qui a trait à la formation de la main-d’œuvre et à l’innovation.

Les nouvelles dépenses sont toutefois minces. Elles prévoient notamment la création d’une nouvelle prestation de 15 semaines d’assurance-emploi pour les aidants naturels et jusqu’à 40 000 places subventionnées en garderie sur trois ans.

Hausses de taxes

Le gouvernement confirme la création d’une banque d’infrastructures de 35 G$ qui servira à financer des projets d’infrastructure cette année.

Si le ministre Morneau martèle que son budget vise à améliorer le sort de la classe moyenne, il prévoit aussi certaines mesures visant à aller chercher de nouveaux revenus dans les poches des contribuables. Le crédit d’impôt pour les usagers du transport en commun sera éliminé et le prix du tabac et de l’alcool sera légèrement augmenté.

Selon les experts, le budget Morneau en est un inachevé en raison de l’incertitude entourant l’administration Trump, qui souhaite notamment réduire le taux d’imposition des entreprises.

«C’est un budget passif dans la mesure où il faut attendre d’avoir des idées claires par rapport à la politique fiscale américaine», indique l’économiste en chef de la Banque Laurentienne, Sébastien Lavoie.

– Avec la collaboration de Christopher Nardi

Le budget en quelques chiffres

Budget total 330,2 G$

Dette fédérale 665,5 G$


Déficits prévus

  • 2016-2017  23 G$
  • 2017-2018  28,5 G$
  • 2018-2019  27,4 G$
  • 2019-2020  23,4 G$
  • 2020-2021  21,7 G$
  • 2021-2022  18,8 G$