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Énergie Est serait encore plus risqué, selon des experts

ÉNERGIE EST près de Montréal

On voit le trajet projeté du pipeline Énergie Est qui rejoint, entre autres, une rafinerie entre Montréal-Est et Repentigny.
Photo courtoisie On voit le trajet projeté du pipeline Énergie Est qui rejoint, entre autres, une rafinerie entre Montréal-Est et Repentigny.

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Les dangers d’un déversement de bitume du pipeline Énergie Est près du fleuve Saint-Laurent seraient encore pires qu’appré­hen­dé, alertent des experts en traitement de l’eau qui se basent sur un accident survenu en Saskatchewan l’été dernier.

«Le bitume dilué [que transporterait Énergie Est] ne reste pas juste en surface, il coule. Les prises d’eau ont donc beau être en profondeur, il n’y a pas de solution à ça», lance Guy Coderre, enseignant au Centre national de formation en traitement de l’eau.

Guy Coderre, Sylvie Rozon et Marc Taillon du Centre national de formation en traitement de l’eau.
Photo Hugo Duchaine
Guy Coderre, Sylvie Rozon et Marc Taillon du Centre national de formation en traitement de l’eau.

M. Coderre a présenté il y a quelques jours sa nouvelle étude au Forum sur l’environnement Americana, à Montréal. Il mesure les conséquences d’un déversement de bitume dilué survenu l’été dernier dans le nord de la Saskatchewan.

Ses constats sont alarmants. À la suite d’un bris survenu à 300 mètres d’une rivière, 100 000 litres de bitume s’y sont échappés. La rivière a été polluée sur une distance de 500 km, en dépit des tentatives qui ont été faites pour retenir le bitume.

Des particules en suspension ont été retrouvées dans toute la colonne d’eau, c’est-à-dire autant en surface qu’au fond de la rivière.

Le déversement a entraîné la fermeture de trois prises d’eau pendant 55 jours et les villes ont dû creuser de nouveaux puits pour fournir de l’eau potable aux citoyens.

Pire à Montréal

Mais Guy Coderre soutient qu’une telle solution de rechange est impossible à Montréal et pour toutes les autres villes autour du fleuve Saint-Laurent, qui n’ont aucune autre façon de s’approvisionner en eau.

Puisque le bitume déversé en Saskatchewan a parcouru 500 km, M. Coderre croit qu’un déversement dans la rivière des Outaouais, en Ontario, se rendrait jusqu’ici. Le tracé souhaité par Énergie Est longe ce plan d’eau.

Si Montréal devait fermer son approvisionnement en eau potable dans le fleuve pour éviter une contamination, elle ne disposerait que d’une réserve de 12 à 16 heures, explique-t-il.

«Si la pollution est encore présente après, ce qui est fort probable, on fait quoi?» demande-t-il.

Aucun plan B

La porte-parole de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) a assuré par courriel qu’un groupe de travail se penchera sur l’absence de plan B, portée à son attention par M. Coderre et son équipe.

Le conseiller municipal de Laval et président de la Commission de l’environnement à la CMM, Stéphane Boyer, rappelle que c’est pour cette raison que les élus se sont opposés au projet.

«On ne peut pas assumer le risque d’avoir quatre millions de personnes sans eau potable», dit-il, ajoutant que les villes doivent aussi fournir de l’eau aux services d’incendie.

Pour sa part, Tim Duboyce, de TransCanada, promoteur d’Énergie Est, assure que les pipelines sont sécuritaires et surveillés 24 h sur 24, 7 jours sur 7.

Les audiences de l’Office national de l’énergie sur ce tracé de pipeline sont actuellement suspendues.

Déversement en Saskatchewan

  • 100 000 litres de bitume dilué.
  • La pollution s’est propagée sur une distance de 500 km dans l’eau.
  • Trois prises d’eau ont dû être fermées pendant 55 jours.
  • Environ 70 000 personnes touchées.

La situation à Montréal et dans les environs

  • Les stations d’épuration Charles-de-Baillet et Atwater, qui puisent leur eau dans le Saint-Laurent, alimentent 85 % de l’île.
  • Réserves disponibles d’eau potable de 12 à 16 heures
  • Seulement trois stations d’épuration sur 26 autour du fleuve Saint-Laurent ont une prise d’eau alternative, notamment à Longueuil et Candiac.
  • Environ 4 millions d’habitants

Qu’est-ce que le bitume dilué ?

  • Surnommé «dilbit».
  • Puisque le bitume extrait des sables bitumineux de l’Alberta est trop épais et visqueux pour être acheminé par pipeline, il faut y ajouter des diluants. Il s’agit d’autres hydrocarbures, plus légers.
  • Ces composants légers vont s’évaporer dans l’air en cas de déversement, pouvant donner des maux de tête et des nausées aux premiers répondants.
  • Plutôt que de flotter comme le pétrole conventionnel, le bitume dilué va couler, ce qui le rend plus susceptible de contaminer les prises d’eau.
  • TransCanada assure pour sa part que le bitume dilué se comporte comme le pétrole conventionnel, c’est-à-dire qu’il flotte et qu’il n’est pas plus corrosif.

Source: Centre national de formation en traitement de l’eau