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Je veux profiter des moments qu’il me reste »

Denise Filiatrault a renoué avec le jeu en interprétant le personnage principal féminin du film <em>C’est le cœur qui meurt en dernier</em>.
Photo Ben Pelosse Denise Filiatrault a renoué avec le jeu en interprétant le personnage principal féminin du film C’est le cœur qui meurt en dernier.

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Denise Filiatrault s’était promis, il y a plus de 25 ans, qu’elle en avait fini avec le métier d’actrice. Mais parce qu’elle a eu un vrai coup de cœur pour le personnage principal du film C’est le cœur qui meurt en dernier, la grande dame du showbiz québécois a décidé de confronter ses peurs et de renouer avec le jeu. Et elle ne le regrette pas.

Denise Filiatrault, sa fille Sophie Lorain et le réalisateur Alexis Durand-Brault ( qui est le conjoint de Sophie ­Lorain ) ont une passion commune : le cinéma. Ils ont travaillé ensemble tous les trois pour le tournage du film C’est le cœur qui meurt en dernier.
Photo Chantal Poirier
Denise Filiatrault, sa fille Sophie Lorain et le réalisateur Alexis Durand-Brault ( qui est le conjoint de Sophie ­Lorain ) ont une passion commune : le cinéma. Ils ont travaillé ensemble tous les trois pour le tournage du film C’est le cœur qui meurt en dernier.

Le film C’est le cœur qui meurt en dernier, une adaptation cinématographique du roman de Robert Lalonde dans ­lequel elle partage la vedette avec sa fille Sophie Lorain, marque donc son grand retour devant la caméra.

Mise à part une apparition dans ­Laurence Anyways de Xavier Dolan en 2012, Denise Filiatrault n’avait pas joué de premier rôle à l’écran depuis plus de 25 ans. Depuis deux décennies, elle ­préfère se concentrer sur son travail de metteuse en scène.

Quand on lui demande pourquoi elle a décidé d’arrêter de jouer après avoir connu une si belle carrière d’actrice au petit et au grand écran dans les années 1960, 1970 et 1980, l’artiste de 85 ans répond avec la franchise qu’on lui connaît:

«Je ne joue plus depuis 25 ans parce que ça ne m’intéresse plus, lance-t-elle.

«Il faut savoir s’arrêter. On ne peut pas être et avoir été. Je ne pensais pas que quelqu’un allait me proposer de rejouer parce que j’ai tellement crié sur tous les toits à l’époque que le jeu, c’était fini pour moi. Et c’était vrai, je le pensais. Mais là, en voyant que j’avais la ­possibilité de jouer ce beau personnage, je me suis laissé tenter.»

Dans C’est le cœur qui meurt en dernier, Denise Filiatrault se glisse dans la peau d’une dame de 85 ans atteinte de la maladie d’Alzheimer qui décide de reprendre contact avec son fils de 47 ans (Gabriel Sabourin). Elle ignore toutefois que celui-ci vient d’écrire un roman ­autobiographique dans lequel il révèle de terribles secrets de famille.

Denise Filiatrault a découvert le roman C’est le cœur qui meurt en dernier avant que le réalisateur Alexis Durand Brault (le conjoint de Sophie Lorain) lui parle de son projet de l’adapter au cinéma.

«J’ai lu le livre quand il est sorti et je me suis dit: c’est dommage que je ne joue plus parce que si je jouais encore, c’est le genre de rôle que j’aurais aimé faire. Puis Alexis m’a appelé six mois plus tard pour me parler de ce rôle. C’est un personnage drôle et touchant en même temps. Elle garde des secrets terribles en elle.»

Craintes

Denise Filiatrault ne cache pas qu’elle avait certaines craintes à l’idée de ­retourner sur un plateau de tournage: «Rendu à mon âge, c’est plus difficile, admet-elle. La mémoire est un instrument qui se travaille et comme je n’avais pas joué depuis longtemps, j’avais peur d’avoir des blancs de mémoire et de ­faire attendre toute l’équipe du film à cause de cela. Quand ce genre de chose arrive, tu veux mourir de honte!»

Finalement, rien de tout cela ne s’est produit. Denise Filiatrault n’a fait attendre personne sur le plateau de tournage. Elle en a ­même surpris plusieurs avec son énergie débordante.

«J’ai encore beaucoup d’énergie, dit-elle. Sur le plateau de tournage, le réalisateur me répétait de ­marcher plus lentement parce le personnage que je jouais avait 85 ans. Je ne m’en rendais même pas compte! On a eu du fun ensemble. Si on ne peut pas rire et s’amuser en travaillant, j’aime mieux rester chez moi. Il ne faut pas se prendre trop au sérieux!»

Denise Filiatrault admet qu’elle a ressenti une certaine pression en acceptant ce rôle. Mais en ­même temps, elle est consciente que sa carrière ne se joue pas sur cette performance.

«Il y a une image que j’ai laissée quand je jouais et que certaines personnes aimaient. Je ne voulais pas trahir cette image. Je suis ­orgueilleuse et ça me ferait plaisir que les gens aiment ce que j’ai fait dans le film. Mais s’ils n’aiment pas cela, ma vie va continuer pour le peu de temps qu’il me reste. Il faut être lucide. Je ne vais pas me péter la tête sur les murs parce que les gens n’ont pas aimé ça. Je veux profiter des moments qu’il me reste.»

Le cinéma comme passion commune

Si la famille est le sujet principal du film C’est le cœur qui meurt en dernier, le tournage s’est aussi déroulé dans un contexte très familial. En plus de mettre en vedette Denise Filiatrault et sa fille Sophie Lorain dans le même rôle à des âges différents, le film a été réalisé par Alexis Durand-Brault, qui est le conjoint de Sophie Lorain.

 

Sophie Lorain joue le personnage de la mère quand elle était plus jeune.
Photo courtoisie
Sophie Lorain joue le personnage de la mère quand elle était plus jeune.

En entrevue, Alexis Durand-Brault (La petite reine, Ma fille, mon ange) ­assure que cette réunion de famille s’est faite de façon naturelle.

«Dès que j’ai lu le roman de Robert ­Lalonde (dont est tiré le film), j’ai pensé à Denise pour le rôle de la mère», ­explique le cinéaste.

«J’ai été chanceux parce que le rôle l’intéressait. Denise n’était pas obligée de sortir de chez elle à 85 ans pour aller tourner un film. Mais elle l’a fait parce que ça lui tentait. Après, c’était naturel pour moi de penser à Sophie pour jouer le personnage de la mère plus jeune. Je ne me sers pas de Denise et de Sophie pour faire un coup de pub ou pour ­flasher. Elles ont la même physionomie et le même âge que le personnage aux deux époques qu’on raconte dans le film.»

Denise Filiatrault, Sophie Lorain et Alexis Durand-Brault ont plusieurs passions communes, dont le cinéma, la télévision et la mise en scène. Les trois ont d’ailleurs déjà réalisé des films, et Denise Filiatrault travaille encore ­régulièrement comme metteure en ­scène pour le théâtre.

Durand-Brault avait-il peur d’avoir plusieurs patrons différents sur son plateau de tournage?

«C’est sûr que c’est intimidant au début, répond-il. Mais quand tu travailles avec des gens qui ont du talent, il faut juste que tu parles avec ton cœur et le reste vient tout seul. J’avais déjà travaillé plusieurs fois avec Sophie (pour la ­série Au secours de Béatrice, ­notamment) alors je savais à quoi m’attendre.»

«Sophie et Denise viennent du même arbre. Elles sont pas mal pareilles. Quand elles voient que la personne qui travaille avec elles sait où elle s’en va, ça se passe bien. Ce sont des travaillantes. Elles ne supportent pas la paresse. Si tu tombes dans la paresse, tu vas te faire planter, c’est sûr. Elles viennent de la même école et elles ont la même énergie»

Telle mère, telle fille

Même si elles jouent dans le film le même personnage à des âges ­différents, Sophie Lorain et Denise ­Filiatrault n’ont pas senti le besoin de se consulter avant de tourner leurs scènes respectives.

«Je tournais mes scènes en dernier et j’aurais pu regarder ce qu’avait fait ­Denise avant moi pour m’inspirer», ­indique Sophie Lorain.

Le réalisateur Alexis Durand-Brault donne des directives à Denise Filiatrault sur le plateau de tournage du film C’est le cœur qui meurt en dernier.
Photo courtoisie
Le réalisateur Alexis Durand-Brault donne des directives à Denise Filiatrault sur le plateau de tournage du film C’est le cœur qui meurt en dernier.

«Mais Denise m’a déconseillé de le ­faire, avec raison. Elle m’a dit: n’essaie pas de m’imiter et je n’essaierai pas de t’imiter. Parce que la femme qu’on est à 80 ans n’est plus la femme qu’on était à 40 ou à 20 ans. La vie nous transforme et nous change physiquement et ­psychologiquement. On ne bouge plus de la même façon et on ne réagit plus de la même façon.»

Pour Alexis Durand-Brault, Denise Filiatrault et Sophie Lorain ont plusieurs points en commun qu’il voulait faire ressortir à l’écran en les filmant.

«Elles ont un sens de l’humour ­toujours proche de la tristesse, ­observe-t-il. Elles ont cela dans les yeux. Elles ont l’air tough, mais elles sont vraiment comiques.»

Secrets de famille

Même si l’histoire ne vient pas de lui, Alexis Durand-Brault estime avoir réalisé son film le plus ­personnel à ce jour avec C’est le cœur qui meurt en dernier.

En lisant le roman autobiographique de Robert Lalonde, le cinéaste dit avoir retrouvé certains souvenirs de son ­enfance.

«Je n’ai pas vécu la même chose que Robert, mais j’ai reconnu des choses qui m’ont rappelé mon enfance dans son histoire», explique Alexis Durand-Brault.

Denise Filiatrault a renoué avec le jeu en interprétant le personnage principal féminin du film <em>C’est le cœur qui meurt en dernier</em>.
Photo Chantal Poirier

«J’ai donc mis beaucoup d’éléments personnels dans ce film. J’y ai mis de mes propres souvenirs, et il y a un peu de ma grand-mère dans le personnage aussi. Ma grand-mère avait aussi ­beaucoup d’humour et un langage très coloré.»

C’est le cœur qui meurt en dernier ­raconte l’histoire d’une dame de 85 ans (Denise Filiatrault) atteinte de la ­maladie d’Alzheimer qui reprend contact avec son fils de 47 ans (Gabriel Sabourin), à qui elle n’avait pas parlé depuis des années. Elle ignore toutefois que ce fils devenu écrivain vient de ­publier un roman dans lequel il révèle de troublants vieux secrets de famille.

Raconté sous l’angle du personnage du fils, le film comprend plusieurs retours en arrière, pendant l’adolescence du fils, dans les années 1970. Dans ces scènes d’époque, le rôle de la mère est assuré par Sophie Lorain.

«Pour moi, Robert a un peu écrit Les Belles-sœurs à sa façon avec cette ­histoire, indique Alexis Durand-Brault. Le personnage de la mère ressemble beaucoup aux femmes du Québec de cette époque. Dans les familles de cette époque, il y avait souvent ce genre de secrets. Des choses qu’on sait, mais qu’on ne dit pas et qu’on préfère cacher, de crainte d’avoir honte. Mais en ­revanche, le salon était toujours beau et tout était bien placé dans la maison. C’était une perfection qui cachait ­beaucoup de choses.

«Ce que j’aime aussi dans cette histoire, c’est qu’il y a un moment dans la vie où tu deviens le parent de tes parents. Je trouvais ça touchant. Pendant longtemps, on idolâtre nos parents avant de les trouver un peu pénibles à un certain moment de notre vie. Puis, plus tard, tu t’aperçois que ce n’est pas simple de voir ses parents vieillir. Je pense que tu ­deviens vraiment un adulte le jour où tu acceptes cela.»

Anecdotes de tournage

Filiatrault : un phénomène

Pendant le tournage de C’est le cœur qui meurt en dernier, Alexis Durand-Brault a pu constater à quel point Denise ­Filiatrault pouvait fasciner les gens qui travaillaient sur son plateau.

Denise Filiatrault dans une scène du film.
Photo courtoisie
Denise Filiatrault dans une scène du film.

«Quand les acteurs avaient une scène avec Denise, je peux vous dire qu’ils s’étaient bien préparés et qu’ils avaient appris leur texte, relate-t-il en riant. Tout le monde sur le plateau avait hâte de voir la bibitte jouer! Il y a plein de jeunes qui ne l’avaient même jamais vu jouer. Quand elle est arrivée sur le plateau habillée en petite vieille pour le rôle, tout le monde la regardait avec fascination.»

Une scène de patin périlleuse

Pour une scène du film, Denise Filiatrault devait patiner sur la patinoire du Canal Rideau, à ­Ottawa. Or, elle n’avait pas chaussé de patins ­depuis des années.

 

«J’ai patiné jusqu’à l’âge de 60 ans et j’en ai fait pendant toute ma jeunesse, alors j’étais persuadée que ça reviendrait tout de suite, raconte-t-elle. Mais ç’a été plus difficile que je pensais. La glace était épouvantable. J’avais peur de tomber et de me péter la tête.»


Le film C’est le cœur qui meurt en dernier prend l’affiche le 14 avril.