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Le premier jour...

BLOC ÉCOLE
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Quand j’étais enfant, la plupart de mes amis voulaient devenir policiers, ingénieurs, médecins. Moi, je voulais devenir professeur. À 14 ans, je détonnais. Je n’avais qu’une seule idée: transmettre du savoir, être un passeur de culture. À l’époque, je ne savais pas ce qu’était une vocation, mais avec le recul, après 18 années d’enseignement, je peux affirmer que quelque chose de plus fort que moi «m’appelait». C’est en découvrant le monde des mots, de la littérature que mon appel s’est précisé: j’enseignerais la langue française. Sa beauté, sa complexité.

Depuis le premier jour où j’ai mis les pieds dans une salle de classe, depuis le tout premier cours, je me suis toujours donné la même mission : créer de l’amour, de l’intérêt pour cette matière. Tout un mandat!

Depuis le premier jour, je veux développer chez mes étudiants trois aptitudes essentielles: la rigueur, l’esprit critique et la curiosité. Ces trois compétences dépassent le cadre de mon cours : elles sont au coeur, à mon sens, d’une vie riche et épanouie.

Depuis le premier cours, j’enseigne plus que des règles de grammaire et des types de textes. J’essaie d’être un professeur qui sème chez ceux qui lui sont confiés un goût du dépassement, un besoin de connaitre, une soif de culture. Je me fais le devoir de tout faire en mon pouvoir pour que mes étudiants aient le goût sincère et profond d’être assis devant moi. Oui, ils y sont obligés, mais je veux leur témoigner que la langue française et ses auteurs sont essentiels à nos vies! Qu’ils donnent un sens à celles-ci, qu’ils nous guident dans nos décisions, nos futures passions!

Depuis le premier cours, même si j’ai une mauvaise journée, j’essaie de tout mon être qu’ils n’en subissent pas les contrecoups. Cependant, je m’attends à la même chose de leur part. C’est un contrat entre nous. Quand la porte de la classe se ferme, nous laissons nos vies dans le corridor et nous tentons de nous élever. À notre mesure, selon nos possibilités, ici et maintenant.

Depuis le premier jour, j’expose mes élèves à mes passions: la littérature, le cinéma, la musique, le théâtre, l’écriture. Étant également auteur, je leur parle de mon expérience d’écrivain dans le but de les inciter à écrire, à oser se faire confiance et coucher sur papier leur petit monde intérieur. Je leur parle de Xavier Dolan, de Romain Gary, d’Eugène Ionesco, de Richard Desjardins.

Depuis le premier jour, je veux leur démontrer que développer une culture générale riche et diversifiée est vitale pour une meilleure compréhension du monde. Elle nous donne des références, une base de données pour mieux lire et comprendre une oeuvre, un article de journal, un documentaire.

Depuis le premier jour, ma véritable passion a toujours grandi et ce n’est pas celle que je voue au français.

Depuis le premier jour, ma véritable passion, ce sont les jeunes qui s’installent devant moi à chaque début d’année, avec leur vécu, leurs rêves, leurs doutes, leur regard rempli d’espoir.

Je suis Martin Dubé, un professeur qui rêve éveillé depuis le premier jour. Merci de prendre le temps de me lire et sachez que votre intérêt pour l’éducation est aussi important que tous les cours qui se donnent chaque jour au Québec. C’est en étant ensemble que tout prend son sens.