/entertainment/stage
Navigation

«L'obsession française» pour l'identité mise en scène par l'Irano-Québecois Mani Soleymanlou

FRANCE-CULTURE-THEATRE-PORTRAIT
AFP Mani Soleymanlou

Coup d'oeil sur cet article

PARIS | C'est un vent frais venu du Québec: Mani Soleymanlou, né en Iran, dynamite les clichés sur l'identité en trois pièces pleines de verve, Un, Deux et Trois où il pointe l'Obsession française pour le débat identitaire. 

La trilogie est présentée en quatre heures de marathon au Théâtre National de Chaillot (18 au 22 avril) puis au Tarmac (25 au 29 avril), après un passage au TGP de Saint-Denis en mars.

Chez lui, à Montréal, Mani Soleymanlou est connu comme «l'autre homme du Moyen-Orient qui fait du théâtre au Québec», par analogie avec le Libanais Wajdi Mouawad, aujourd'hui directeur du théâtre de La Colline à Paris.

Sauf que lui est d'origine iranienne. Ce qui ne pose aucun problème lorsque enfant il grandit à Toronto entouré de Canadiens de toutes les origines, mais émerge brutalement comme une question à son arrivée à l’École nationale de Théâtre à Montréal, dans un Québec «où ce questionnement est très présent, à cause du débat sur l'indépendance, de la protection de la langue, du fait qu'il y a sept millions de francophones» dans un océan d'anglophones. 

«On me pointait du doigt en disant: ah, mais c'est quoi l'Iran, t'es arabe? Tu parles quelle langue?»,raconte-t-il.

Dans Un, créé en 2011, Mani Soleymanlou s'efforce de répondre à la question avec beaucoup de drôlerie. 

On y apprend que sa famille a quitté le pays après la révolution qui a démis le «riche méchant Shah» (à ne pas confondre avec le chat, mime-t-il en miaulant), qu'on y parle persan mais avec des mots français comme «pamplemousse et bigoudis» et que curieusement, lorsque la famille y retourne en vacances, elle affiche une mine sinistre dès l'atterrissage tandis que sa mère se couvre de tissu noir de la tête au pied.

Le solo, initialement une commande d'un soir du Théâtre de Quat'Sous alors dirigé par Wajdi Mouawad a eu un tel succès qu'il l'a joué près de 200 fois. Mani Soleymanlou décide alors de se confronter dans Deux à un Québecois «de souche», Emmanuel Schwartz, qui se révèle aussi peu blanc et catholique que lui. Il en conclut que la «souche» et les «racines» valent surtout pour leur valeur botanique mais apportent peu à la compréhension de l'individu.

Charles Martel et le récit national

Après Un et Deux, il étend la question à ... 36 dans Trois. Sur scène, 36 chaises sur lesquelles sont assises des «personnes de la diversité», comme on dit.

Depuis un an, des comédiens et élèves de théâtre français répètent avec Mani Soleymanlou la version française de Trois, initialement montée au Québec.

Dés le début, la révolte gronde: un acteur interpelle le metteur en scène sur le placement: «les blancs d'un coté, les bronzés de l'autre», les noirs bien en vue devant, pas trop d'arabes tout de même, un asiatique un peu caché, etc..

Tout est calculé pour faire réfléchir et rire. Comme ce quiz impromptu auquel le public est invité à répondre.

À la question «qui arrêta les Arabes à Poitiers en 732», la salle répond «Charles Martel» comme un seul homme, preuve que le «récit national» se porte bien.

Pour Mani Soleymanlou, plus encore que le Québec, la France a développé «une obsession» sur l'identité. «On voit bien que les politiques tapent là-dessus, c'est instrumentalisé. Nationalisme, communautés, communautarisme, ces mots reviennent dans arrêt dans le débat public».

«Pour moi c'est de la poudre aux yeux, ça cache autre chose. Au lieu de se poser de vraies questions, on se demande si le burkini c'est bien ou pas bien».

Cet admirateur de la France de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme (signée en 1948 au Palais de Chaillot où sont jouées les pièces) «rêve toujours que la France puisse donner l'exemple. J'ai l'impression qui si ça venait de la France, ce serait entendu», dit-il.