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Pourquoi les Suisses tripent sur le Québec

Pourquoi les Suisses tripent sur le Québec
Photo courtoisie

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Le Québec est vraiment rendu in, en Europe.

Et je veux pas vous faire chier, mais pendant que vous vous faisiez ensevelir sous la tempête du siècle, moi, je me baladais en Suisse sous le soleil, en tournée avec le NoShow (un spectacle imprévisible qui n’est jamais le même d’un soir à l’autre).

Voilà ce qu’on entend après le spectacle, quand les Suisses nous entourent avec leurs faces allumées :

– Vous êtes extraordinaires, les Québécois! Vous avez une liberté!

– C’est trop bien de sortir du théâtre « normal ». Vous êtes tellement créatifs, les Québécois...

– Vous avez de la chance, au Québec. Vous n’avez pas une lourde tradition théâtrale à respecter. C’est rafraîchissant pour nous, tout ça...

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Dans leurs yeux, une sincère admiration, et une curiosité, aussi. Ils sont en train de préciser en direct leur image mentale du Québec, en dehors du cliché sirop d’érable/neige/orignaux. Et, gros bonus, ils cessent enfin de nous appeler « les Canadiens ».

C’est vrai qu’il y a, dans ce show-là, cette espèce de désinvolture nord-américaine devant la création : je le fais parce que ça me tente, je le fais comme ça me tente. Le NoShow, qui en est à sa quatrième tournée en Europe – et c’est loin d’être fini – n’aurait pas pu exister sans cette atmosphère de péter les cadres.

Le plus beau, c’est que 14% seulement de cette tournée en Suisse a été financée par les fonds publics de chez nous. Le reste, c’est la Suisse qui sort son portefeuille. La Suisse qui engage des Québécois. La Suisse qui nous crée de la job, qui vient chercher chez nous ce qu’ils n’ont pas chez eux. En plus de participer à faire de la maudite bonne pub pour le pays. Si plus de bons shows québécois voyageaient en Europe, aurait-on encore autant besoin de s’acheter des pages dans les journaux européens pour attirer les travailleurs qualifiés?

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En Suisse, on reste toujours poli et on suit les règles. Les automobilistes s’arrêtent aux passages piétonniers pour laisser traverser les piétons, qui les remercient aussitôt d’un geste de la main. Parfois, la rectitude va un peu loin : un technicien de la troupe (salut, Renaud) s’est plaint à l’hôtel de s’être fait donner une chambre adaptée pour handicapés. La dame au comptoir ne l’a pas laissé finir sa phrase : « Personne à mobilité réduite, monsieur ».

Après un mois en Suisse, donc, je pense à nous et je nous trouve un petit quelque chose de sauvage. Cette improvisation dans les rapports sociaux. Ce climat imprévisible qui nous fait nous lever certains matins, ouvrir les rideaux et dire tout haut : « Quoi?? C’est une JOKE. ». Ces routes que ne croisent aucun village sur des centaines de kilomètres. La possibilité de se perdre, d’être en dehors du cadre, et d’y trouver son compte.

C’est peut-être le territoire qui déteint sur nous et qui fait de nous ce que nous sommes. Je ne sais pas. Mais cette liberté dans notre façon d’être, les Suisses la saisissent et l’aiment. Jusque dans nos productions théâtrales, on a quelque chose du coureur des bois qui s’en fout de la métropole, qui s’en fout des règles, qui s’en fout de tout ce qu’on lui a appris si ça ne lui sert pas dans l’immédiat, dans le plus juteux de la vie.

Une part de nous qui commence tout de suite à feeler un peu croche lorsque tout est trop normé, prévisible et plate.

Oui, le Québec a quelque chose à apporter au reste du monde. Quelque chose de l’être qui se libère et qui donne aux autres l’envie de faire pareil.

Le Québec devrait d’ailleurs investir davantage dans la liberté. Il ferait un bon coup, c’est sûr.

*Le NoShow est une production de Nous sommes ici et du Théâtre DuBunker, idée et mise en scène d’Alexandre Fecteau, texte collectif. Il a remporté deux prix du Conseil des arts du Québec : Oeuvre de l’année (Capitale-Nationale) 2015, et meilleure tournée internationale 2016. Après une cinquantaine de dates en Europe, il sera au Festival d’Avignon tout le mois de juillet. Entre autres.

 

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