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Qui espionne le Parlement canadien?

Une enquête est lancée pour découvrir qui a installé des appareils clandestins près de la colline Parlementaire

Lieux d’intérêt à Ottawa.
carte googlemap Lieux d’intérêt à Ottawa.

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OTTAWA | La GRC et les services secrets canadiens ont déclenché mardi une enquête pour déterminer qui se cache derrière l’utilisation d’appareils d’espionnage clandestins détectés près du Parlement canadien, à Ottawa.

«Nous sommes très impatients de découvrir la source de cette activité de surveillance», s’est inquiété le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale.

Lundi, Radio-Canada a révélé avoir décelé la présence d’appareils capables d'intercepter des données de téléphone cellulaire, en des endroits stratégiques situés en plein cœur de la capitale fédérale (voir ci-haut).

Le ministre Goodale a confirmé mardi que les outils de surveillance découverts n’appartiennent pas à des agences canadiennes «comme la GRC ou le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS)». L’utilisation de ce matériel est donc forcément illégale et malveillante, puisque seules les autorités sont autorisées à s’en servir, sous de strictes conditions légales.

Mesures de précaution

En coulisse au gouvernement, on se veut rassurant en précisant que des mesures sont en place pour transmettre les informations sensibles entre les ministères et les fonctionnaires. Ainsi, aucun renseignement sur la sécurité nationale n'est partagé par «courriel» ou par ligne téléphonique «régulière», a indiqué une source.

Le gouvernement n’a pas voulu donner plus de précisions quant aux mesures de protection prises.

Le ministre Goodale n’a pas voulu «spéculer» à savoir si le crime organisé ou un pays étranger, par exemple, est derrière l’espionnage illégal.

Le député conservateur Tony Clement ne s’est quant à lui pas gêné pour laisser entendre qu’un pays étranger pourrait être derrière les activités de surveillance clandestine, et que les élus pourraient être visés.

«Clairement, les puissances étrangères sont de plus en plus agressives dans leurs techniques d’espionnage, notamment pour capter des informations sur les députés», a-t-il affirmé.

Le porte-parole du NPD en matière de sécurité publique, Matthew Dubé est d'avis que «la vie privée des Canadiens» doit être mieux protégée, en encadrant «l’utilisation de ces technologies de surveillance», a-t-il réclamé.

Le canada en retard

Le Canada risque de devenir une risée sur la scène mondiale s’il ne s’attaque pas de front à l’espionnage, ont pour leur part réagi des observateurs.

Selon l’expert en sécurité nationale, Michel Juneau-Katsuya, le gouvernement doit réaliser que la situation a bien changé avec l’arrivée des nouvelles technologies.

Il fait valoir que le Canada a «dégarni les rangs du contre-espionnage» depuis les attentats de septembre 2001 pour investir davantage dans la lutte au terrorisme.

«Il faut maintenant remonter un peu nos effectifs dans ce domaine-là et, à cet égard, oui, on a été négligent pendant trop d’années», explique l’ex-agent du SCRS.

L’incident révélé lundi ne le surprend pas. Il confirme, selon lui, que le Canada est «l’un des pays occidentaux les plus espionnés», notamment parce qu’il partage «les secrets de nos amis» en tant que membre d’organisations internationales telles que l’OTAN, NORAD et l’ONU.

Le fondateur de la compagnie de sécurité I&I Strategy, Jean Loup Le Roux, estime aussi que la menace est «mal comprise» de façon générale dans les sociétés occidentales et que la «méconnaissance des entreprises pose un gros risque à tous les niveaux, public, gouvernemental et privé».

– Avec la collaboration de Boris Proulx et Christopher Nardi

Comment surveille-t-on votre cellulaire ?

1. Votre téléphone est en constante communication avec les antennes cellulaires à proximité. Il leur transmet votre identité numérique, appelée IMSI («International Mobile Subscriber Identity»).

2. Lorsque votre cellulaire se trouve près d’un intercepteur, son signal est automatiquement capté par la machine, qui imite une autre tour de télécommunication.

3. Ces intercepteurs peuvent être aussi petits qu’une boîte de chaussures ou aussi gros qu’un camion. Ils peuvent entrer dans un sac à dos, une voiture, ou même à bord d’un drone. Avec votre identité numérique, il est possible de suivre vos déplacements. Certains modèles sophistiqués permettent même d’écouter les conversations et de lire les textos.

4. Radio Canada a détecté la présence de ces intercepteurs dans trois zones de la ville d’Ottawa (voir carte) sur plusieurs mois, surtout en décembre et en janvier. Les journalistes ont utilisé un «CryptoPhone», appareil qui ressemble en tout point à un cellulaire régulier, mais qui émet des alertes quand il détecte de fausses antennes.

5. Ces «fausses antennes» captent vos données à 500 mètres à la ronde en ville, ou à quelques kilomètres en campagne. Le Parlement du Canada, le ministère de la Défense nationale et des ambassades se situent dans le rayon d’action des intercepteurs trouvés par Radio-Canada.

6. Ce genre de technologie fait partie du coffre à outils des agences de renseignement étrangères et de certains corps policiers canadiens, notent les experts consultés par Le Journal. Selon un spécialiste d’une agence fédérale cité de manière anonyme par Radio-Canada, un intercepteur d’origine russe a déjà été détecté par le Renseignement canadien.