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Le groupe qui a propulsé le hip-hop québécois il y a 20 ans

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En 1997, le nom de Dubmatique était sur toutes les lèvres. Véritables pionniers du hip-hop francophone québécois, les musiciens ont connu un énorme succès avec leur premier album, La force de comprendre. Après des années de gloire, Jérôme-Philippe Bélinga (Disoul) et Ousmane Traoré (OTMC) ont presque totalement disparu des projecteurs, allant respectivement travailler chez Fedex et en restauration. Aujourd’hui pères de famille, les rappeurs mènent des vies rangées, loin de la scène. À l’occasion du 20e anniversaire de leurs débuts sur disque, Le Journal les a retrouvés.

Dans un restaurant d’Outremont, où on les a ­rencontrés, Jérôme-Philippe et Ousmane sont très volubiles. La raison est simple: ils n’ont pas fait ­d’entrevue en profondeur avec un média depuis des années. Même s’ils accusent la quarantaine (Jérôme a 44 ans, Ousmane, 43), les deux amis rappeurs ont assez peu changé.

Où ont-ils passé les dernières années? leur ­demande-t-on d’entrée de jeu. «J’ai fait un peu de tout, répond Ousmane, qui est père de trois enfants de 7, 12 et 16 ans. J’ai aidé à la rénovation, j’ai ­travaillé sur des meubles et je suis présentement ­aide-cuisinier dans un restaurant [il préfère taire le nom de l’établissement montréalais].»

«Mes trois enfants vont à l’école artistique FACE, poursuit-il. Ma plus vieille me parle parfois de la ­musique hip-hop en pensant me montrer des choses! (rires)»

Photo courtoisie, Dubmatique

De son côté, Jérôme-Philippe travaille depuis plus de cinq ans pour la compagnie de livraison Fedex à Coteau-du-Lac. «J’habite à Salaberry-de-Valleyfield, dit ce père d’une fillette qui aura cinq ans en mai. C’est un meilleur cadre de vie pour moi, là-bas. C’est une bouffée d’air. [...] Quand ton enfant te demande ce qu’il y a pour souper, ça te ramè­ne les pieds sur terre.»

Décidément, leur vie rangée actuelle est fort ­différente de celle qu’ils ont menée à la fin des ­années 1990. «La musique, c’était toute notre vie, avant. Mais maintenant, elle fait partie de notre vie», mentionne Ousmane.

S’évader dans les spectacles

Dans la jeune vingtaine au moment de la sortie de La force de comprendre, Jérôme et Ousmane, qui formaient alors un trio avec Alain Benabdallah, alias DJ Choice [il a quitté le groupe après le deuxième ­album], avaient vu les portes du show-business ­s’ouvrir grandes devant eux. Ce premier album s’était écoulé à 125 000 exemplaires.

Les invitations à faire la fête étaient alors ­nombreuses, mais les jeunes musiciens tenaient tout de même à garder la tête froide.

«Nous avons toujours voulu rester professionnels, dit Ousmane. Oui, nous acceptions les invitations à ­l’occasion, mais nous ne voulions pas donner une ­image de jeunes fous qui ont du succès. Nous étions vraiment rangés dans ce sens-là. Le moyen pour nous de nous évader, c’étaient les specta­cles, les tournées.»

«Quand ça a commencé, avant qu’on ne voie vraiment les premiers dollars de la musique, on prenait encore le métro, poursuit Ousmane. Dans le temps, il y avait des affiches, dans le métro. Et on y voyait: “Cette semaine, le numéro 1 du palmarès des ventes est Dubmatique!” (rires)»

Photo courtoisie, Dubmatique

Meilleur album rock alternatif

Le succès de La force de comprendre avait un peu pris les membres de Dubmatique par surprise. Car quelques mois avant la sortie de l’album, personne ne voulait s’engager avec eux.

«À l’époque, le hip-hop francophone québécois était dans l’underground, dit Ousmane. Il n’y avait aucune compagnie de disques qui voulait se risquer à mettre 100 000 $. On ne pouvait pas non plus avoir de ­subvention avec MusicAction, car la catégorie hip-hop n’existait pas!»

Photo courtoisie, Dubmatique

Le disque Dubmatique était tellement «étrange», pour l’industrie de l’époque, qu’il avait reçu le Félix du... meilleur album rock alternatif de l’année!

Un mois avant la sortie du disque, Dubmatique a senti que le vent allait tourner lorsqu’il a été invité à faire la première partie de la tournée québécoise des ­Backstreet Boys.

«On était prêts, même si on n’avait jamais joué devant 16 000 personnes avant ça, mentionne Jérôme-Philippe. Pendant les six années précédentes, il y avait eu beaucoup de découragement. C’était presque un chemin de croix. Mais quand on a eu cette première partie, on a senti que les astres s’alignaient, que les choses allaient se passer. Et ç’a été un moment tournant.»

Souligner les 20 ans

En 2009, après cinq ans d’absence, Dubmatique a tenté un retour avec son quatrième album, Trait d’union. Le disque n’a pas connu le succès espéré. «On a réalisé que le métier de la musique n’était pas forcément quelque chose qui pourrait durer toute notre vie», ­indique Ousmane. L’année suivante, les ­rappeurs prenaient des chemins différents.

Avec le vingtième anniversaire de La force de comprendre cette année, Jérôme et ­Ousmane ont l’intention de revenir et de proposer quelques concerts cet été.

«On veut faire un happening, un genre de ­fête, dit Ousmane. Les FrancoFolies? C’est sûr qu’ils vont recevoir un appel de nous. On veut aller vers notre public. Nous avons assez de matière pour faire un spectacle de deux heures.»

Photo Ben Pelosse

Pour ce qui est d’écrire de nouvelles chansons, Jérôme-Philippe et Ousmane devraient s’y mettre prochainement. «L’écri­ture, c’est un effort journalier, dit Ousmane. L’inspiration, on ne la commande pas. Mais Jérôme et moi, on a des choses à dire.»

Dubmatique est-il encore pertinent en 2017? «C’est au public de décider, répond Jérô­me. On a toujours été la voix du public, des gens qui n’avaient pas de tribune. Mais tant qu’il y aura des problèmes [dans la société], il y aura des rappeurs. C’est notre boulot de dénoncer les choses.»

DUBMATIQUE EN VRAC

  • Groupe formé en 1992. Il était originalement composé de Jérôme-Philippe Bélinga (Disoul), Ousmane Traoré (OTMC) et Alain Benabdallah (DJ Choice).
  • Le trio fait une tournée de plus de 150 spectacles à travers la province.
  • Le 30 avril 1997, le groupe lance son premier album, La force de comprendre. Porté par les succès Soul Pleureur, La force de comprendre et Plus rien n’est pareil, le disque s’écoule à plus de 125 000 exemplaires.
  • Au Gala de l’ADISQ, cette même année, Dubmatique remporte le Félix de l’Album rock alternatif de l’année. Il n’existe alors pas de ­catégorie hip-hop au gala.
  • En 1998, Dubmatique est sacré Groupe de l’année à l’ADISQ.
  • Dubmatique lance son deuxième album homonyme en 1999. Le disque s’écoule à 35 000 exemplaires en une semaine. Deux ans plus tard paraît le ­troisième opus du groupe, Influences. DJ Choice n’y participe pas. L’album comprend notamment la collaboration d’Éric Lapointe et Corneille.
  • Après avoir travaillé à des projets solos, OTMC et Disoul se réunissent pour sortir un quatrième album de Dubmatique, Trait d’union, en 2009.
  • Après quelques spectacles, le groupe met fin à ses activités, en 2010.