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Le massacre des Irlandais (1843)

Le coloré tenancier de bar irlandais Charles McKiernan, surnommé́ Joe Beef, é́tait un personnage plus grand que nature. Non seulement il a soutenu les gré́vistes du canal de Lachine en leur offrant de la nourriture gratuite, mais il aimait̀ également faire manger les dé́munis et lever des fonds auprè̀s de sa clientè̀le plus argentée pour financer les hô̂pitaux. Excentrique, il avait des singes et un ours. À̀ sa mort, en 1889, plus de 5000 personnes participent au cortè̀ge funèbre. 
Photo courtoisie Le coloré tenancier de bar irlandais Charles McKiernan, surnommé́ Joe Beef, é́tait un personnage plus grand que nature. Non seulement il a soutenu les gré́vistes du canal de Lachine en leur offrant de la nourriture gratuite, mais il aimait̀ également faire manger les dé́munis et lever des fonds auprè̀s de sa clientè̀le plus argentée pour financer les hô̂pitaux. Excentrique, il avait des singes et un ours. À̀ sa mort, en 1889, plus de 5000 personnes participent au cortè̀ge funèbre. 

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Si je vous parle du massacre des Irlandais de juin 1843, vous allez penser que je fais allusion à un chapitre de l’histoire de l’Irlande. Eh bien, non, je vous parle bien d’un événement survenu chez nous: dans toute l’histoire de Montréal et de sa région, c’est l’épisode le plus sanglant impliquant une armée qui ouvre le feu sur des grévistes.

L’événement a lieu un peu après l’Acte d’Union de 1840. Dans la foulée des travaux d’aménagement du canal de Lachine, on creuse près de 18 kilomètres de canal à Beauharnois près de Saint-Timothée. Est-ce parce que le chantier est en dehors de la ville que le propriétaire de la compagnie se permet de maltraiter à ce point ses ouvriers? Car non seulement ceux-ci se voient obligés de faire beaucoup plus que leurs heures normales sans paie supplémentaire, mais ils ne reçoivent pas même le salaire minimal auquel ils avaient droit. Pire: le propriétaire, qui tient ces gens captifs, les oblige à acheter dans ses magasins des biens de piètre qualité à des prix exorbitants. Et quand les ouvriers s’avisent de rouspéter, il les met en lock-out pour les réduire à la famine... Ceux-ci se soulèvent et menacent de tout détruire. C’est alors que l’armée doit intervenir.

Jusqu’à 18 morts

Officiellement, le bilan est de six morts. Mais tout le monde sait que c’est faux! Il y a pu avoir jusqu’à 18 morts. Des gens qui mouraient de faim tués par des soldats! Imaginez la colère générale! Comment, aux portes de Montréal, un massacre de ce genre? Un tel drame n’aura lieu chez nous qu’une fois. Voilà en quoi il fut marquant. Après cet affrontement entre l’armée et des ouvriers désarmés, les gouvernants se disent: «Plus jamais ça!» Une commission d’enquête décortique les événements et recueille les versions de toutes les parties impliquées. Pourquoi se souvient-on si peu de cet événement honteux de notre histoire? En partie parce que toutes les victimes ou presque étaient des ouvriers irlandais et que ceux-ci n’iront jamais jusqu’à contester l’ordre établi au point de risquer de donner du pouvoir aux Canadiens... On craint par-dessus tout la domination française, la French Domination. Cependant, un des plus grands noms du mouvement syndical du canal de Lachine, Joe Beef, se rendra célèbre en aidant les grévistes après la Confédération. Parce que les premiers grands conflits de travail industriels au Canada impliquent des Anglais, des Écossais et des Irlandais, tout notre vocabulaire en est teinté aujourd’hui encore: scab et lock-out, par exemple, proviennent de ces querelles qui se faisaient en anglais. Quant à Joe Beef, tombé dans un relatif oubli, son nom est revenu à l’avant-scène lorsque des chefs cuisiniers l’ont donné à leur restaurant du quartier de la Petite-Bourgogne, l’un des mieux cotés au Canada, même si les prix ne sont pas forcément abordables. Voilà une mutation typique de tous ces quartiers entourant le canal de Lachine qui se sont embourgeoisés à la vitesse de l’éclair. En 1993, pour commémorer le bain de sang oublié des Irlandais de Beauharnois, un monument a été érigé en souvenir des victimes de ce massacre. En 2009, la plaque de bronze dudit monument a été volée. Décidément, on dirait qu’on ne veut pas se souvenir de cette tuerie. On ne trouve pas de remède à l’amnésie.

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