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Jouer avec le feu

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L’Histoire se souviendra de ce chef d’État comme un des responsables d’une guerre que personne n’avait vue venir même si tous les signes avant-coureurs étaient réunis depuis longtemps: course aux armements, valse d’alliances stratégiques et le début de la fin d’un empire détesté.

Selon ses contemporains, il avait l’habitude d’écrire de brèves notes, souvent incendiaires, à tout un chacun. Imprévisible, nul ne savait quand il insulterait un allié.

Il changeait d’idée constamment, refusait de reconnaître qu’il pouvait avoir tort.

Il prétendait tout savoir et aimait donner des leçons. Il ne tolérait pas qu’on le contredise. Il acceptait mal le point de vue des autres.

Son meilleur ami disait de lui «qu’il jugeait toutes les choses et tous les hommes strictement à partir de sa propre perspective».

Il était paresseux et incapable de se concentrer. Les membres de son gouvernement se demandaient s’il aimait son rôle de chef d’État. Il consacrait beaucoup de temps à ses activités sportives et à des soirées «entre hommes» où la vulgarité était de mise.

Il aimait se moquer des infirmes en faisant des mimiques. Il se trouvait très drôle.

Il serrait les mains des hommes si fort que plusieurs essayaient d’éviter d’avoir à le faire.

Un ambassadeur qui le connaissait bien a dit de lui «qu’il lui manquait un boulon», opinion partagée par plusieurs de ses proches collaborateurs.

Qui est-ce?

Facile, direz-vous. C’est Donald Trump.

Erreur sur la personne

Non, ce n’est pas Donald Trump, mais l’empereur Guillaume II, qui a régné sur l’Allemagne de 1888 à 1918, selon la description de l’historienne canadienne Margaret McMillan dans The War That Ended Peace.

Les causes de la Première Guerre mondiale sont complexes et contestées, mais la course à l’armement lancée par Guillaume II pour doter l’Allemagne d’une marine de guerre comparable à celle de la Grande-Bretagne ne pouvait qu’empoisonner les relations entre la vieille et la nouvelle puissance européenne expansionniste.

Une fois armée jusqu’aux dents, l’Allemagne a vu dans un conflit régional entre la Serbie et l’empire austro-hongrois, qui ne la regardait nullement, l’ouverture tant attendue pour s’imposer en tant que joueur incontournable.

Le 1er août 1914, l’Allemagne déclarait la guerre à la Russie, qui s’était portée à la défense de la Serbie, et à la France. Par le jeu des alliances, l’Europe au complet s’est embrasée. Et le monde a suivi.

Quatre ans plus tard, le Vieux Continent n’était plus qu’un champ de ruines recouvert de 17 millions de cadavres.

Dont 3598 soldats canadiens morts à Vimy, en France, lors d’une bataille héroïque dont c’est le 100e anniversaire aujourd’hui.

Une victoire inutile qui a néanmoins couvert le Canada de gloire et créé un sentiment de fierté au Canada anglais et l’envie de s’émanciper de la mère patrie britannique.

Et maintenant ?

C’est la troisième fois que j’écris sur la guerre depuis autant de semaines. Des questions s’imposent. Le président américain est-il pleinement conscient des conséquences possibles de ses actes? La Syrie serait-elle la Serbie de 2017?

Même si Trump et Poutine ne veulent pas la guerre, rien ne garantit qu’un conflit n’éclatera pas.

Il arrive qu’un lion qui ne voulait que rugir doive tuer pour demeurer le roi.