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Train en marche pour une fusion avec Siemens

Une division de la firme québécoise en pourparlers avec le géant européen

Un train de la gamme Desiro de Siemens lors d’une foire internationale consacrée aux transports, à Berlin, en 2012.
Photo AFP Un train de la gamme Desiro de Siemens lors d’une foire internationale consacrée aux transports, à Berlin, en 2012.

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Un nouveau géant mondial du train pourrait voir le jour d’ici quelques mois si les rumeurs voulant que Bombardier et Siemens fusionnent leurs activités ferroviaires pour mieux concurrencer la Chine se confirment.

Bombardier Transport et l’Allemande Siemens créeraient ainsi une nouvelle coentreprise dont le chiffre d’affaires dépasserait les 10,6 milliards $ US (ou 14 milliards canadiens), affirme l’agence Bloomberg, citant des sources confidentielles. Les discussions seraient si avancées qu’elles pourraient aboutir d’ici le milieu de l’année.

À la recherche de capitaux pour financer sa division aéronautique, le groupe Bombardier avait vendu l’an dernier une participation de 30 % dans Bombardier Transport à la Caisse de dépôt et placement du Québec, en échange de 1,5 milliard $. L’investisseur institutionnel n’a pas réagi aux rumeurs de fusion, mardi, tout comme Bombardier et Siemens. La division Transport est actuellement évaluée à 5 milliards $.

Proposition « intéressante »

Mais de l’avis du professeur de management de HEC Montréal Louis Hébert, il y a fort à parier que la Caisse est au fait des discussions. «C’est intéressant pour elle comme proposition d’affaires, car la Caisse juge peut-être qu’il est temps de consolider les acteurs de l’industrie ferroviaire.»

Cette fusion permettrait d’injecter de nouveaux capitaux dans les autres programmes de Bombardier comme la C Series, ajoute-t-il. Cela ferait aussi en sorte que l’entreprise demeure compétitive dans une industrie bouleversée par l’arrivée de nouveaux joueurs chinois.

Analyste financier chez Desjardins, Benoit Poirier partage ce point de vue. «[Bombardier] pourrait rivaliser plus efficacement avec ses concurrents chinois, qui prennent de l’expansion à l’étranger», écrit-il dans une note. Il s’agit d’une façon de «maximiser la valeur pour les actionnaires», selon lui.

Autres rumeurs

Ces rumeurs font suite à d’autres, il y a quelques semaines, voulant que la Française Alstom et Bombardier tentent un rapprochement. Une possible transaction devrait obtenir l’aval des autorités réglementaires européennes, et de la Caisse.

Alimenté par les rumeurs, le titre de Bombardier (BBD.B) a connu sa meilleure séance en 20 jours à la Bourse de Toronto, bondissant de 6,76 % (ou 15 cents), à 2,37 $. L’action de Siemens a elle aussi crû modestement de 0,35 %, tandis que celle d’Alstom chutait de 3 %.

BOMBARDIER TRANSPORT EN BREF

  • 60 sites de production et d’ingénierie dans 28 pays
  • Plus de 100 000 voitures de train et locomotives en circulation
  • 37 000 employés
  • Division évaluée à 5 milliards $ US
  • La Caisse de dépôt détient une participation de 30 % depuis 2016

Une consolidation « inévitable », selon un expert en management

C’était écrit dans le ciel que Bombardier chercherait tôt ou tard à trouver un partenaire stratégique ou financier pour assurer l’essor de sa Division Transport, assure le professeur de management Louis Hébert, expert des questions de fusion-acquisition à HEC Montréal.

Les rumeurs d’acquisition de la division ferroviaire de Bombardier vous étonnent-elles ?

«Pas vraiment, parce que depuis des années une consolidation de l’industrie ferroviaire mondiale est en cours. Alors qu’autrefois chaque pays avait son producteur national, le marché s’est regrou­pé d’abord en Europe, puis à l’échelle internationale. Bombardier a pendant longtemps dominé l’industrie, en procédant elle aussi à des acquisitions, mais ça a beaucoup changé avec la montée des Chinois.»

Quels sont les impacts de l’arrivée de ces nouveaux joueurs chinois ?

«L’élément déclencheur a été la construction d’un réseau de trains à grande vitesse en Chine. Pour participer à la construction, les entreprises étrangères ont dû accepter de transférer leurs technologies à des alliés chinois. Aujourd’hui, le résultat est une énorme pression chez les autres joueurs afin de se consolider, pour continuer la croissance et maintenir un rapport de force.»

C’est ce qui semble être en train de se produire ici ?

«Oui, parce qu’on sait que Bombardier cherchait à maximiser la valeur de ses activités ferroviaires. Elle cherche des partenaires depuis l’arrivée d’Alain Bellemare [PDG depuis 2015]. Ils ont considéré vendre en tout ou en partie la division. Ils sont aussi allés chercher des capitaux à la Caisse de dépôt et placement. Siemens, un concurrent, pourrait s’avérer tout un partenaire stratégique.»

Et qu’est-ce que représente le ferroviaire pour Bombardier?

«Bombardier Transport est une activité très “liquide” pour le groupe, en ce sens qu’elle génère beaucoup de flux de trésorerie. Cela dit, son taux de rentabilité n’est pas excessivement élevé, contrairement à l’aéronautique, où la rentabilité est importante. Il est clair pour moi que la direction de l’entreprise voit son avenir dans l’aéronautique, ce qui explique aussi pourquoi on veut ainsi aller chercher du capital.»