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L’ennemi imprévu

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Photo Agence QMI, Simon Clark Les libéraux provinciaux de Philippe Couillard en ont gros sur le cœur envers leurs cousins fédéraux par le temps qui court.

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Nous parlons chaque jour en mal de quelqu’un. Rien n’est plus naturel. Un ennemi, un patron qui dérange, un compétiteur qu’on a dans la mire, un voisin qui dérange. C’est dans la nature humaine. Quelqu’un nous tombe sur la rate: en parler nous soulage.

Au Parti libéral du Québec, spontanément on parlait en mal des péquistes, ces adversaires au quotidien qui en plus veulent séparer le Canada! Quand la CAQ a connu des montées dans les sondages, il est arrivé aussi des semaines où François Legault se retrouvait dans le rôle du vilain visé par les commentaires sombres.

Ces jours-ci, si vous avez la chance de placoter avec des gens de l’entourage de Philippe Couillard, vous découvrirez que le nouveau vilain n’est ni le PQ ni la CAQ, encore moins le nouveau héros Gabriel Nadeau-Dubois. Le fiel spontané des gens du PLQ se dirige plutôt vers le Parti libéral du Canada.

Pourtant, ce sont des cousins libéraux à Ottawa. Des alliés naturels lors des campagnes électorales. Dans les circonscriptions, ils partagent bon nombre d’organisateurs, des militants qui aiment se décrire comme des rouges. Rouges à Ottawa, rouges à Québec et même au municipal ou pour le choix des marguillers.

Accumulation

Mais dans l’évolution des dossiers chauds, le nombre de points d’accrochage entre libéraux d’Ottawa et de Québec s’accroît. La légalisation de la marijuana est venue exacerber les tensions cette semaine. Les troubles débarquent dans la cour du gouvernement du Québec, et ce, à un moment critique dans le calendrier électoral de Philippe Couillard.

Et le calendrier électoral, c’est drôlement important au PLQ. Toute la politique budgétaire a été conçue pour ouvrir la porte aux bonnes nouvelles à la veille des élections. Il recevra avec dégoût le paquet de problèmes liés à la légalisation du cannabis en année électorale.

Il faut dire que les choses avaient commencé à s’empoisonner dans les négociations concernant le financement de la santé. Monsieur Trudeau avait promis plus d’argent, mais, une fois élu, il s’est rabattu sur une position semblable aux coupes de Stephen Harper. Le bouillant ministre Barrette a joué du coude avec son homologue fédérale.

À la fin de la partie, Québec a perdu sur toute la ligne. Le front commun des provinces a été émietté par le gouvernement Trudeau comme le fédéral sait si bien le faire. L’argent espéré par Québec n’est jamais venu. Gaétan Barrette a perdu la face. Et son gouvernement ne peut pas compter sur des transferts fédéraux plus généreux pour améliorer la santé.

Lendemains de budget

Après le budget fédéral, le gouvernement du Québec a exprimé une frustration terrible en disant ne pas voir apparaître les sommes promises pour les infrastructures. Réaction étonnante puisqu’un budget présente un cadre financier, et non une liste de projets. L’entourage de monsieur Trudeau a assez mal reçu la rebuffade de Québec qui s’ajoutait au concert des reproches.

Ce n’est pas la première querelle entre les libéraux des deux collines. Souvenez-vous de l’animosité entre Pierre E. Trudeau et Robert Bourassa.

Philippe Couillard deviendra-t-il un défenseur du Québec malgré lui?