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Ne tirez pas sur le transport en commun!

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Photo Agence QMI, Simon Clark Dire que le ministre responsable de la région de la Capitale-Nationale, François Blais, n’a pas le don de rendre un projet emballant est un euphémisme.

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Halte aux grands projets de transports en commun? On dirait que c’est le slogan du printemps 2017.

À Montréal, après l’enthousiasme des débuts, le Réseau électrique métropolitain fait face à une demande d’injonction. À Québec, l’opposition au projet de Service rapide par bus (SRB) est féroce: toutes les radios parlées ont décidé cette semaine de se liguer contre lui.

La responsabilité des défenseurs du SRB est évidente. Imbu de son pouvoir absolu, le maire Régis Labeaume n’échange plus avec personne sur quoi que ce soit. Ses multiples revirements de veste sur la question du transport à Québec n’ont pas aidé le dossier.

Au gouvernement du Québec, le ministre des Transports, Laurent Lessard, se montre la plupart du temps abscons (permettez un mot du jour). Sinon, ses arguments sont bizarres. Pourquoi le SRB? «Quand je [roule vers] Montréal, puis que je me fais dépasser par le train, je me dis ah! peut-être que j’aurais dû l’utiliser.» Drôle d’exemple...

Quant au ministre responsable de la Capitale-Nationale, François Blais, dire qu’il n’a pas le don de rendre un projet emballant est un euphémisme.

Double rejet

Dommage. Le REM et le SRB ne sont pas parfaits; mais ne pas les réaliser aggravera des problèmes — la congestion au premier chef — que leurs adversaires déplorent pourtant.

À Québec, le rejet du SRB se double d’une haine de tout transport en commun. Pourtant, le parc automobile y explose.

De 2007 à 2016, il a crû de 17,5 %, soit 13,4 % de plus qu’ailleurs au Québec, nous apprenait Le Journal: 777 000 véhicules immatriculés, un record.

Nulle surprise que les problèmes de congestion augmentent.

«Pas sûr qu’on ait besoin d’un meilleur système de transport en commun à Québec», m’écrivait-on récemment. L’explosion du nombre de voitures est pourtant un des nombreux indices clairs que le transport en commun est déficient à Québec.

Si on pouvait aller plus facilement travailler ou se divertir en autobus, achèterait-on autant d’autos?

L’ami chroniqueur retraité Michel Hébert m’a déjà confié avoir fait le test: partir de son cher Beauport pour se rendre au travail sur la colline parlementaire en autobus lui avait pris une éternité. En voiture? 10, 15 minutes.

Je lui rappelle souvent sa chronique de 2009 sur Copenhague où, écrivait-il, «les bus sont nombreux, propres et spacieux». Si le transport en commun était aussi bien à Québec, affirmait-il, «j’aurais pas de bagnole. Une location pour la pêche et les vacances, c’est tout [...] J’ai eu le sentiment de découvrir la civilisation». Justement! À quand la «civilisation» à Québec? Le SRB nous en rapproche-t-il? Un peu, certainement.

Américains

Copenhague? «On n’est pas en Europe, ici!» répondront plusieurs, dont l’animateur Jérôme Landry.

Pourtant, de nombreuses villes bien américaines font reculer la culture autoroutière et optent pour une amélioration du transport collectif.

Nul besoin de citer San Francisco, avec son vieux tramway magnifiquement fonctionnel, devenu attrait touristique. Portland en Oregon a quelque 600 000 âmes et possède un streetcar moderne qui, annonçait-on le mois dernier, bat des records de fréquentation: 16 000 utilisateurs quotidiens; 10 % d’augmentation par rapport à l’an passé (voir portlandstreetcar.org). Il y a tant d’autres villes sur ce continent (Toronto, Boston, etc.) qui, tout en étant loin d’interdire les voitures, réussissent à offrir aux individus d’autres choix que l’auto solo.

À Québec, on pourrait très bien être nord-américains dans ce sens-là aussi.