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France: la présidentielle pour les nuls

France: la présidentielle pour les nuls
Philippe Melbourne Dufour

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C’est bien beau les séries éliminatoires et les frasques de Trump, mais saviez-vous que, de l’autre côté de l’océan Atlantique, la première manche d’une élection présidentielle très importante pour la France, l’Europe et même le monde?

En France, l’élection présidentielle se déroule en deux étapes. Le premier tour sert en quelque sorte de séries éliminatoires pour les électeurs qui devront sélectionner 2 candidats parmi les 11 aspirants au trône républicain. Par la suite, les deux candidats choisis s'affronteront en duel sur tous les plateaux de télé du pays en vue du second tour de cette élection prévu dans trois semaines, le 7 mai prochain. Un scrutin qui s'annonce déjà comme historique. Pourquoi ? En voici les principales raisons.

Déclin des partis traditionnels

En dépit de grands projets de réformes économiques et politiques, la droite (Les Républicains) n'arrive pas à se mobiliser derrière son candidat, l'ancien premier ministre François Fillon (2007-2012), soupçonné d'avoir payé à même les fonds publics, des salaires à sa femme et ses enfants, pour des emplois à peine réels. Même s'il passait au second tour, ce qui est encore probable, il aura la mission presqu'impossible de faire oublier ses déboires, en moins de trois semaines.

La gauche (Parti Socialiste) peine à se remettre de l'impopularité record du président sortant, François Hollande. Malgré un programme costaud, le candidat Benoît Hamon n'a pas non plus réussi à susciter l'intérêt des foules, tétanisé par un manque de soutien des ténors d'un parti socialiste complètement désorienté par le grand vent populiste soufflant sur la France et l'Europe.

Les présidentielles de l'anti système

Aujourd'hui, il semble que le regain d'intérêt pour la question politique vient des extrêmes. D'abord, à gauche avec Jean-Luc Mélenchon,  qui tel un prophète radical, se présente sous forme d'hologramme dans plusieurs villes en même temps. Ce Bernie Sanders  - version hard -  a réussi à rallier une partie des déçus du parti socialiste tout en dépoussiérant de vieilles idées communistes d'une autre époque.

A l'autre extrême, la chef héritière du xénophobe et anti-européen parti Front National fondé par son papa, Marine Le Pen, a poursuivi son ascension avec une confiance inébranlable. Si elle a réussi à dé-diaboliser l'image de son parti en misant sur le patriotisme plutôt que sur le racisme, Marine Le Pen se revendique volontiers des Trump, Poutine et autres politiciens ouvertement populistes. Et fait craindre le pire : avec elle au pouvoir, les analystes prévoient déjà la fin de la démocratie en France, et le démantèlement de l'Europe. Marine Le Pen promet de quitter l'Union Européenne et de rétablir ce bon vieux franc. Tout en reprenant le contrôle de ses frontières.

Un autre extrême se profile aussi, au centre cette fois ci, en la personne d'Emmanuel Macron.  Ancien ministre des finances sous François Hollande et pur produit du monde des banques et de la finance, ce jeune homme de moins de 40 ans a su saisir l'opportunité historique qui s'offrait à lui en fondant non pas un parti, mais un mouvement, En marche. Les mots sont importants ici puisqu'Emmanuel Macron, favori des sondages, se met de l'avant comme le candidat de l'alternative, même des partis. A l'extrême centre, puisqu'il reste fondamentalement  pro-européen, démocrate, tout aussi libéral que socialiste, à droite comme à gauche, près des élites tout en mettant de l'avant ses origines modestes.  Une image propre, mais insaisissable pour nombre d'électeurs français, habitués à mettre les politiciens dans des cases. D'ailleurs, Macron surfe dangereusement sur ce flou pour espérer récolter le vote des indécis.

Ne pas sous-estimer l'abstention

Si l'histoire récente (2002) a démontré que l'abstention au premier tour pouvait permettre a des candidats aussi colorés que Jean-Marie Le Pen d’accéder au second tour des présidentielles, les électeurs français semblent l'avoir déjà oublié et sont sur le point d'exprimer leur grande indécision en restant tout bonnement chez eux ce dimanche. Un inquiétant sondage estime à plus de 30% le taux d'abstention pour ce premier tour qui pourtant s'annonce comme un imprévisible coup de poker au pays des droits de l'homme.

Un vote décisif

Cette élection en est une d'image et de surface, à l'instar des dernières élections américaines où Donald Trump aura réussi en multipliant les coups d’éclat à dominer l'espace médiatique et numérique -  et a se faire élire.

Comme pour les USA, les enjeux de l’élection française sont profonds et bien réels.  A l'origine même de du projet européen avec l'Allemagne, la France en est un joueur clé. Une sortie de la France, et c'est la mort du plus grand projet démocratique du siècle, avec d’énormes conséquences sur l'équilibre mondial (politique, économique et militaire) de plus en plus mis à l'épreuve ces derniers temps.