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Ils ne veulent plus de subventions

Des collectes de fonds et les établissements visités par les artistes financent la fondation

Ils ne veulent plus de subventions
Photo Pierre-Paul Poulin

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Encore profondément marquée par les critiques qui ont suivi l’annonce d’une subvention pour l’embauche de clowns en CHSLD, la Fondation Jovia ne veut plus rien savoir de l’aide du gouvernement.

Le concept des clowns thérapeutiques auprès des personnes âgées gagne pourtant en popularité depuis quelques années.

Mais en 2009, l’annonce de la ministre Marguerite Blais de financer à hauteur de 293 000 $ sur quatre ans le programme Dr Clown pour divertir les aînés en CHSLD avait créé un tollé.

Le gouvernement avait été accusé d’infantiliser les personnes âgées. L’opposition avait fustigé la ministre, sommée de s’occuper des dossiers plus importants comme la formation d’employés. Pauline Marois, alors chef du Parti québécois, avait qualifié ce financement d’«inacceptable».

Des chroniqueurs avaient aussi jugé l’idée «méprisante», «aberrante» et «infantilisante» à l’époque. «La clientèle des CHSLD n'est pas celle des garderies, peut-on lui épargner les thérapies gnangnan?» demandait-on.

«Même le Parti rhinocéros n’est pas allé aussi loin», critiquait un autre.

« Cauchemar »

L’histoire avait ébranlé plusieurs artistes thérapeutiques.

«Ça me révoltait que les gens ne comprennent pas ce qu’on faisait, c’était un vrai cauchemar», affirme l’artiste Laura Lacoste alias Joséphine, qui travaillait pour l’organisme Dr Clown, aujourd’hui devenu la Fondation Jovia.

Du jour au lendemain, il était mal vu de faire venir les clowns en CHSLD où ils étaient pourtant présents depuis 2002.

«Après, ça a été plus difficile d’aller chercher des clients, reconnaît Martin Goyette, directeur général de la Fondation. Encore aujourd’hui, on subit les contrecoups, on doit s’expliquer, dire aux gens d’aller au-delà des caricatures. Il y a encore des préjugés et des réticences.»

L’organisme a même changé son image de marque en prenant le nom de Fondation Jovia. Dr Clown fait partie de la Fondation, mais est maintenant un programme consacré aux enfants hospitalisés seulement.

«Mais ce n’est pas facile, car le nom “Fondation Jovia” est encore peu connu alors que Dr Clown a une connotation plus simple pour les clients», ajoute M. Goyette.

Et surtout, la Fondation n’a plus demandé d’aide du gouvernement.

Aujourd’hui, les établissements visités paient environ 50 % du coût, à même leur budget de loisir, et Jovia finance le reste grâce aux activités de collecte de fonds.

Défi quotidien

«La subvention n’a pas été une bonne chose sur le coup pour nous, alors ce n’est pas dans nos priorités de refaire l’expérience, on ne veut pas revivre ce qu’on a vécu en 2009», explique M. Goyette.

Le directeur reconnaît que ce modèle d’affaires représente un défi au quotidien.

«Dans les prochaines années, on veut devenir plus efficace pour lever des fonds, dit-il. C’est certain que ce n’est pas facile, mais on est stable, on a même augmenté de 30 % le nombre de visites l’an dernier.»

Les regrets de Marguerite Blais

<b>Marguerite Blais</b></br>
<i>Ancienne ministre</i>
Photo courtoisie
Marguerite Blais
Ancienne ministre

Marguerite Blais se souvient très bien de ce matin de mai 2009. Un média venait de publier un article en première page à propos d’une subvention gouvernementale de 293 000 $ sur quatre ans à l’organisme Dr Clown pour contrer la solitude.

En arrivant à l’Assemblée nationale, la ministre responsable des Aînés a croisé un journaliste qui lui a dit: «Aujourd’hui, ça va être ta fête!» «Ça voulait dire que je faisais le sujet du jour», explique Mme Blais au téléphone.

Toute la journée, les partis d’opposition ont critiqué la décision. «Les gens disaient qu’on payait des clowns plutôt que d’acheter des couches», se souvient-elle.

« Un peu de peine »

La ministre a multiplié les entrevues pour tenter de justifier la subvention, en vain. «Le mal avait été fait», soupire Mme Blais.

«Quand on commence à faire de la politique, on n’a pas toute l’expérience nécessaire et peut-être que je n’ai pas été en mesure de bien défendre le projet. Le mot “clown” résonne drôlement chez beaucoup de personnes [...] Personne n’a vu que c’était un outil de communication, souligne l’ancienne ministre. Ça m’a fait un peu de peine, pas pour moi, mais pour l’organisme, qui n’a pas mérité ça.»

Il y a d’autres priorités, croit le PQ

Près de huit ans après la controverse, le Parti québécois est encore d’avis qu’un financement gouvernemental des clowns en CHSLD serait inapproprié dans le contexte actuel.

«Les besoins de base sont la priorité, dit Dave Turcotte, responsable des enjeux touchant les CHSLD pour l’opposition officielle. Il y a la question de la qualité des repas qui sont même chronométrés [...] il y a les culottes d’incontinence où on attend qu’elles soient pleines pour les changer, ça nécessite de grands investissements pour l’alimentation, les soins de santé et le personnel.»

« Discutable »

Le député insiste pour dire que le PQ n’est pas «contre» les clowns thérapeutiques, et autres loisirs pour améliorer la qualité de vie des résidents.

«Mais quand on ne répond pas aux besoins de base, on trouve ça plus discutable, dit-il. Est-ce que le gouvernement doit investir en priorité là-dedans? On croit que non. Je pense qu’il y a effectivement d’autres sources de financement pour ce genre d’initiative.»

Marie-Pier Richard, l'attachée de presse au cabinet de la ministre responsable des Aînés, confirme qu'aucun financement pour le programme de clowns thérapeutiques n’est à l’ordre du jour. «Et on ne commentera pas une demande de financement hypothétique», a-t-elle dit.

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