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Des années de peine pour des parents qui ont perdu un bébé

Ils puisent maintenant dans leur tragédie pour venir en aide à d’autres parents endeuillés

Mario Bergeron
Photo PIERRE-PAUL POulin Mario Bergeron et Annie Tremblay ont perdu leur garçon moins d’un jour après sa naissance, il y a sept ans jour pour jour. Leur fille Juliette (à droite), née le 24 avril 2007, a eu 10 ans aujour­d’hui. À gauche, leur autre fille, Rose, qui a 6 ans.

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Les parents d’un enfant mort quelques heures après sa naissance gardent encore de vives cicatrices, même sept ans plus tard. À peine sorti du deuil, le couple contribue à épauler ceux qui traversent la même épreuve.

«Le temps adoucit notre peine, mais on ne l’oubliera jamais, raconte Annie Tremblay, qui a perdu son petit Ulysse à peine une journée après sa naissance, le 24 avril 2010. Maintenant, on essaie d’aider ceux qui vivent la même chose.»

Le garçon aurait eu sept ans aujourd’hui même, une journée qui reste chargée d’émotion pour le couple malgré le passage du temps.

Au début de l’année 2010, Mme Tremblay a appris que l’enfant qu’elle portait depuis un peu plus de 16 semaines souffrait d’une hernie du diaphragme, une malformation congénitale qui peut causer de graves déficiences pulmonaires.

«Ça fait des bébés qui ne sont pas capables de respirer en venant au monde. Il faut les intuber tout de suite, raconte le père de l’enfant, Mario Bergeron. Mais les médecins nous ont dit qu’il avait de 50 à 70 % de chances d’avoir une qualité de vie. On a donc décidé de le garder.»

Quelques mois plus tard, Ulysse naissait, avec le poumon droit atrophié, un rein dysfonctionnel et plusieurs autres problèmes graves.

«Quand il est venu au monde, ç’a été une bataille pendant 21 heures et demie. Puis il a décidé de partir», se rappelle le père de 48 ans, encore ému. Il était extrêmement souffrant et on ne pouvait pas vraiment le toucher. On a seulement eu 1 ou 2 heures à la fin de sa vie pour lui donner tout notre amour.»

Trois mois après la mort du garçon, Mme Tremblay est tombée enceinte de Rose, qui a maintenant six ans.

Parents Orphelins

Le couple assure que le pire du deuil est maintenant derrière lui et qu’il parvient à tirer du positif de cette expérience malheureuse.

Le deuil périnatal est peu commun et mal connu, dit Mme Tremblay. Elle se souvient à quel point il était difficile de pouvoir partager sa peine, car peu de gens comprennent vraiment ce que c’est que de perdre un enfant.

«Tu ne peux pas vraiment aider si tu ne l’as pas vécu toi-même», dit-elle.

La comptable de profession fait, depuis près de deux ans, du bénévolat pour Parent Orphelins, un organisme qui vient en aide aux couples qui ont perdu un bébé en cours de grossesse, pendant l’accouchement ou lors de la première année de vie.

«J’ai rencontré des gens qui avaient vraiment besoin de moi. S’il y a une chose que je peux apporter à un parent, c’est l’espoir qu’un jour ça ira mieux.»

Livres pour enfant

Deux ans après la mort de son fils, M. Bergeron a pour sa part décidé de le faire revivre dans des livres pour enfants. Concepteur graphique de métier, il écrit les histoires, dessine et monte le tout.

Un premier tome a été publié en librairie l’an dernier. «Ulysse m’a fait renouer avec une vieille passion: le dessin», dit-il.

Un deuxième livre de la série Ulysse et Pénélope paraîtra à l’automne.

«Je me suis rendu compte, en faisant des campagnes de financement pour mes deux premiers livres, que beaucoup d’hommes avaient vécu la même chose que moi, explique-t-il. Ce peut être un message d’espoir pour d’autres pères qui partagent très peu leurs émotions dans ces circonstances.»

Pour le troisième tome, il compte faire un appel à tous et offrir à d’autres parents la possibilité de faire vivre leur enfant décédé dans ses histoires.

Car, pour lui, ce fut une manière de traverser le deuil et de passer à une autre étape de sa vie.

«J’ai réussi à prendre la tragédie pour la transformer en énergie positive. Ça m’a fait du bien de faire ça et maintenant je veux faire du bien autour de moi», dit-il, les yeux brillants.