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La réforme arrive à l’éducation des adultes

Inquiets, les enseignants tirent la sonnette d’alarme

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Sans tambour ni trompette, la réforme arrive à l’éducation des adultes. Inquiets, les syndicats d’enseignants tirent la sonnette d’alarme et réclament son report tant que d’importants correctifs ne sont pas apportés.

«C’est inapplicable au niveau pratique. Ça va engendrer des problèmes majeurs, autant au niveau des enseignants que des élèves», tranche Sylvie Théberge, vice-présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE), lors d’une entrevue avec Le Journal.

La réforme des programmes à l’éducation des adultes, basée sur l’approche par compétences, est inspirée de la réforme scolaire qui est implantée dans les écoles primaires et secondaires depuis les années 2000. Au cours des dernières années, les nouveaux programmes ont été graduellement implantés au premier cycle de l’éducation des adultes, soit en première et en deuxième secondaire, de façon volontaire. Ils sont obligatoires depuis l’automne dernier.

Pour le deuxième cycle du secondaire, les nouveaux cours devront être enseignés à partir de l’automne 2017 afin que l’implantation soit complétée en juin 2018, peut-on lire dans une correspondance transmise aux commissions scolaires et obtenue par Le Journal.

Alors que les enseignants ont eu plusieurs années pour se familiariser avec les nouveaux contenus au premier cycle, ils devront maintenant faire la même chose pour le deuxième cycle du secondaire en seulement un an, déplore Mme Théberge. «Ça va se vivre très difficilement, les conditions minimales ne sont pas au rendez-vous», affirme-t-elle.

Sylvie Desranleau, qui enseigne dans un centre d’éducation aux adultes, est elle aussi inquiète. «Le matériel n’est pas prêt, les examens ne sont pas prêts et on nous demande de le faire quand même. Ça n’a pas de bon sens!» lance-t-elle.

Une recette semblable

La FSE s’inquiète par ailleurs du contenu de ces nouveaux programmes, basés sur des «situations d’apprentissages complexes» qui peuvent prendre plusieurs jours à réaliser, comme ceux que l’on retrouve au secondaire.

Or les élèves qui viennent à l’éducation des adultes sont à la recherche d’un modèle différent de ce qui n’a pas fonctionné pour eux au secondaire, souligne Mme Théberge.

Ce modèle est aussi plus difficile à mettre en œuvre à l’éducation des adultes, où l’enseignement se fait de façon individualisée, dans des classes où les élèves peuvent s’inscrire ou abandonner à tout moment dans l’année scolaire, ajoute-t-elle.

Dans une lettre transmise récemment au ministre de l’Éducation Sébastien Proulx, la FSE lui demande de ne pas imposer la réforme «tant que le ministère n’aura pas pris la pleine mesure du problème et apporté les changements requis».

Pour faciliter la transition, les syndicats d’enseignants réclament l’ajout de journées pédagogiques, inexistantes pour une majorité d’enseignants précaires, du matériel adéquat ainsi que davantage de services pour les jeunes en difficulté, de plus en plus nombreux à l’éducation des adultes, selon la FSE.

Une réforme nécessaire, selon le ministère de l’Éducation

La réforme de l’éducation des adultes est nécessaire afin d’arrimer cette formation au contenu offert dans les écoles secondaires, plaide le ministère de l’Éducation.

La révision de ces programmes, basée sur l’approche par compétences, «est nécessaire pour assurer aux jeunes adultes qui poursuivent leur cheminement scolaire en formation générale des adultes une continuité dans leurs apprentissages», indique Bryan St-Louis, porte-parole du ministère.

Par ailleurs, les correctifs apportés à la réforme au secteur jeune, qui a fait couler beaucoup d’encre, ont été pris en compte dans les nouveaux programmes du secteur des adultes, précise M. St-Louis.

Les nouveaux programmes au premier cycle sont maintenant implantés à 80 %, précise-t-il, à la suite d’une politique qui a été adoptée en 2002.

En rendant obligatoire l’implantation des programmes de deuxième cycle d’ici juin 2018, le ministère de l’Éducation a voulu envoyer «un signal fort» aux maisons d’édition afin que le matériel pédagogique soit prêt à temps. «Avec les nombreuses ressources dont elles disposent, les maisons d’édition seront en mesure de répondre dans les temps aux besoins des enseignants», précise M. St-Louis. Concernant les épreuves ministérielles, 89 % d’entre elles ont déjà été distribuées aux centres d’éducation des adultes, indique le ministère.