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Facebook veut tout savoir

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Récemment, Facebook annonçait ses projets de développement. Le programme­­ était ambitieux et avait un petit air de science-fiction.

À tout le moins, un de ces projets faisait moins rêver que cauchemarder­­. D’ici une dizaine d’années, Facebook aimerait être capable de lire dans nos pensées.

C’est-à-dire?

Progrès?

C’est-à-dire que lorsque nous voudrons écrire une pensée sur le réseau social, nous n’aurons plus à la pianoter sur le clavier de notre ordinateur ou de notre téléphone.

Parce que d’étranges capteurs seront branchés sur les zones de notre cerveau où nos pensées prennent forme et s’arti­culent, ces pensées pourront s’écrire automatiquement.

Je devine que mille précisions techniques m’échappent, mais on aura compris ici l’essentiel: Facebook veut lire en direct dans nos cerveaux.

Je pèserai mes mots: si une telle chose arrive, ou plus exactement, le jour où une telle chose­­ arrivera, nous pourrons dire, sans crainte de nous tromper­­, que ce sera la fin de la civilisation.

L’humanité connaîtra une mue destructrice.

J’exagère? Pas vraiment.

La civilisation est fondée sur un processus de refoulement. Elle pose des digues qui contiennent nos pulsions.

Chaque jour, on pense des tas de choses inavouables.

On peste contre ses parents, un collègue nous donne envie de lui donner des baffes, on veut coucher avec la femme d’un ami, ou peut-être même avec la sœur de sa femme, et tant d’autres choses.

Puis, on garde pour soi ces pensées. On les tait. On fait tout pour que personne ne puisse y avoir accès. Et si on nous accuse de les avoir, on ira même jusqu’à les nier.

Qui a dit que la transparence était toujours désirable et souhaitable­­? Qui croit que l’être humain n’a pas besoin de sa part d’ombre?

On a toujours vanté l’homme capable de réfléchir avant de parler, et pour cela, capable de formuler une pensée réfléchie et nuancée.

Mais le progrès technologique permettra d’avoir accès à nos pensées informulées, à nos désirs­­ confus. La frontière entre la pensée et le langage sera abolie­­. Le travail de la cons­cience sera neutralisé.

L’homme se rapprochera du robot. Ou du sauvage.

Cette transparence absolue, c’est évidemment le rêve de tous les pouvoirs. Depuis la nuit des temps, si le pouvoir exige de nous des signes extérieurs de soumission, il rêve sans y parvenir de lire dans nos pensées.

Il rêve de décrypter nos pensées intimes auxquelles nous lui refusons l’accès.

Tyrannie

C’est qu’il veut savoir à quel point nous nous méfions de lui, et de quelle manière, chaque jour, nous cherchons à nous dérober­­ à son emprise.

Ce fantasme habite aussi le capitalisme qui aimerait connaître nos désirs les plus confus pour nous soumettre à la furie consommatrice.

Apparemment, la révolution technologique rendra cela possible­­.

Le mystère humain se dissi­pera un peu plus.

On devine même qu’on nous dira que la chose est désirable, parce qu’elle délivre l’homme de l’effort du langage et d’avoir à mettre en mots précis et choisis sa pensée.

Nous marchons vers une tyrannie­­ en croyant aller au paradis­­.

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