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Le sport, les filles et l'école

Le sport, les filles et l'école

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Convaincu qu'il faut réagir à la dégradation des valeurs véhiculées à nos jeunes filles entre elles et sur les réseaux sociaux, j'utilise le sport comme arme la plus efficace au manque d'estime maladif de celles-ci. J'en sais quelque chose: la plupart de mes joueuses de basketball sont aussi mes élèves!

Je mentirais si je disais qu'il est toujours facile de passer autant de temps avec ces enfants qui portent les deux chapeaux. En plus de longues journées de classe où nous nous efforçons d'apprendre autrement, nous passons, depuis septembre dernier, notre lundi soir, deux midis par semaine et un nombre incalculable de parties ensemble. Il y a évidemment aussi les tournois nous amenant sur la route durant les fins de semaine.
 
Ainsi, à force de passer autant de temps avec des jeunes, on en vient à tisser des liens qui sont souvent un tremplin permettant de petits miracles en classe. Toutefois, on ne peut pas nier qu'avec toutes ces heures à vivre plus souvent des défis que des réussites, une tension peut finir par s'installer. Par exemple, nous terminons un entraînement avec un  incident entre deux joueuses, et je me retrouve le lendemain, en classe, avec un climat entre deux factions de filles rappelant la Guerre froide.
 
Mais, c'est là un prix bien peu cher à payer quand je vois à quel point la confiance gagnée dans l'adversité vécue dans un gymnase peut amener une enfant à faire plus une fois de retour dans mon local. Avec près de la moitié de mon groupe qui m'a comme enseignant et entraîneur, il est facile de faire des parallèles entre des situations vécues dans le sport et les événements au coeur de notre vie de groupe. Toutefois, il y a encore bien mieux...
 
À une époque où le culte de l'image fait plus de tort que jamais à nos jeunes filles et les amène à faire une entrée souvent tourmentée dans l'adolescence, se trouver une motivation à se rassembler plutôt que de se comparer est plus important que jamais. Déjà sur Instagram et Facebook, certaines de nos filles de 6e année sont entrées dans cette quête bien triste visant un maximum de "J'aime", un peu comme si c'était sur l'approbation des autres que l'estime d'une jeune fille se bâtissait hypocritement...
 
Ainsi, je ne peux que saluer cette opportunité qu'est le basketball pour offrir à mes élèves/joueuses l'occasion de se définir par ce qu'elles s'efforcent de faire individuellement, mais surtout collectivement. Chaque fois qu'elles entrent dans le gymnase, c'est leur petit univers basé sur le "paraître" qu'elles quittent pour chercher parfois à surmonter des années de confrontations houleuses et se donner des objectifs communs.
 
Est-ce que c'est facile? Non. Est-ce que les adultes que je côtoie quotidiennement devraient prendre exemple sur elles? Tout à fait. Peut-être d'ailleurs que le jour où nous chercherons à faire pareil en éducation et que nous cesserons de souligner ce qui nous sépare les uns des autres, nous arriverons à faire comme mes joueuses: gagner en équipe et donner à chacun de meilleurs outils pour rayonner dans son milieu...