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(SONDAGE) 47% des profs affirment que les notes de leurs élèves ont été modifiées sans leur accord

(SONDAGE) 47% des profs affirment que les notes de leurs élèves ont été modifiées sans leur accord
Photo d'archives, Didier Debusschère

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La manipulation des résultats des élèves québécois serait plus répandue que ce qu’on pourrait croire. Près de la moitié des enseignants interrogés dans le cadre d’un sondage ont affirmé que les notes de leurs élèves avaient déjà été modifiées sans leur accord.

«L’évaluation au Québec, c’est un grand mensonge», lance Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), un syndicat qui représente 34 000 enseignants provenant surtout de la grande région montréalaise.

En février, la FAE a réalisé une consultation auprès de 630 enseignants du primaire et du secondaire, portant sur l’évaluation des élèves. Parmi eux, 47% ont affirmé que les résultats inscrits aux bulletins de leurs élèves avaient déjà été modifiés sans leur consentement depuis la rentrée 2015. Par ailleurs, 20% d’entre eux ont aussi affirmé qu’on leur avait déjà demandé de modifier les résultats obtenus. Parmi les raisons évoquées, la principale est «pour donner une chance aux élèves» (voir encadré).

Sylvain Mallette n’est pas surpris de ces réponses. «Ça fait des années que l’on dénonce la situation. Là, on en a une démonstration claire. Il y a au Québec des directions d’écoles ou des gens dans les commissions scolaires qui tripotent les résultats des élèves. C’est ça, la réalité», affirme-t-il.

La gestion par résultat, qui est apparue dans le réseau scolaire au cours de la dernière décennie, est montrée du doigt. Chaque école doit adopter une «convention de gestion et de réussite» qui comprend des cibles à atteindre, ce qui met de la pression sur les enseignants, explique la FAE. «Il y a un système en place qui vise à gonfler artificiellement les résultats de certains élèves parce qu’on doit répondre aux cibles fixées», affirme M. Mallette.

Les compressions des dernières années dans le réseau scolaire n’ont fait qu’exacerber la situation, ajoute-t-il, puisque les services aux élèves en difficulté ont été réduits alors que les objectifs de réussite n’ont pas changé. «Tout est mis en place pour taire la vérité et pour forcer la réussite à tout prix», ajoute M. Mallette, qui réclame un «ménage» dans l’évaluation des apprentissages.

Pas normal

De son côté, la présidente de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement, Lorraine Normand-Charbonneau, affirme qu’elle n’a pas eu connaissance de ces pratiques dans les écoles.

Mme Normand-Charbonneau explique qu’il arrive à l’occasion qu’une direction d’école rencontre un enseignant pour examiner ses pratiques d’évaluation et lui demander de les revoir «s’il y a des incohérences dans le bulletin», comme un nombre d’échecs anormalement élevé dans un groupe, par exemple. Mais cette démarche est habituellement faite en collaboration avec l’enseignant et non à son insu, affirme-t-elle.

«Normalement, ce n’est pas supposé se passer comme ça. Tu es supposé rencontrer les profs» avant de faire des modifications aux notes des élèves, précise Mme Normand-Charbonneau.

Le ministre veut des vérifications

Préoccupé, le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, a affirmé de son côté jeudi à l’Assemblée nationale que «des vérifications seront faites rapidement» à ce sujet, une démarche qui s’inscrira «dans une réflexion plus large» sur l’évaluation des élèves.

«On veut qu’à terme, les enfants apprennent non pas pour se préparer à des examens, mais pour acquérir des connaissances. (...) La modification des résultats, ce n’est pas un moyen pour réussir», a-t-il affirmé, tout en se disant prêt à «poser des gestes s’il le faut».


Depuis la rentrée 2015, a-t-on déjà modifié les résultats inscrits aux bulletins de vos élèves sans votre accord?

OUI = 47%

Depuis la rentrée 2015, vous a-t-on déjà demandé de modifier les résultats (à une épreuve ou au bulletin) d’un ou de plusieurs de vos élèves?

OUI = 20%

Raisons évoquées :

  • 48% pour donner une chance aux élèves
  • 28% pour améliorer le taux de réussite/rencontrer les cibles de réussite fixées
  • 23% pour arrondir les résultats

Source : sondage interne réalisé par la Fédération autonome de l’enseignement en février 2017 auprès de 630 enseignants du primaire et du secondaire.