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Printemps agité pour un ministre de l’Éducation

Période des questions
Photo d'archives

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Dans la tête de plusieurs politiciens, le ministère de l’Éducation est assimilé à un panier de crabes, ce qui explique leurs réticences à y être nommés ministre. Sébastien Proulx s’en était bien tiré depuis sa nomination cependant, les soubresauts printaniers risquent de lui faire espérer une autre fonction avec le grand chamboulement pressenti de la part du premier ministre lors de son prochain remaniement ministériel.

Sébastien Proulx était entré en trombe au ministère en écartant promptement le projet de loi controversé de son prédécesseur sur la disparition des commissions scolaires, en annonçant une grande consultation en vue de la future politique sur la réussite éducative et en se logeant à l’enseigne de l’innovation. Ses initiatives l’ont mené à un forum national réunissant les principaux acteurs en éducation afin de mesurer la réceptivité à l’égard des propositions qu’ils mettaient de l’avant et les éventuels impacts de celles-ci.

La plupart des intervenants prévoyaient le dépôt d’une politique globale sur la réussite éducative au printemps, toutefois, ils ont dû se contenter, jusqu’à présent, d’annonces à la pièce d’initiatives du ministre qui n’ont pas toujours l’heur de plaire. Sa volonté d’introduire un cours d’économie, en secondaire 5, se bute à des recours juridiques parce qu’il n’aurait pas respecté ses propres règlements dans le processus de modification au régime pédagogique. Les sommes allouées à quelques vedettes, pour présumément élaborer l’école de rêve, n’ont guère eu meilleur écho surtout après quelques déclarations maladroites de ces récipiendaires de la générosité du ministre. Nous pouvons aussi y ajouter le mini débat soulevé sur le financement public des écoles privées, l’épisode du gonflage de notes et les tribulations sur l’éducation sexuelle à l’école. À ce rythme, le printemps risque de ne pas être très ensoleillé pour le ministre.

Le temps avançant, il deviendra plus laborieux pour le ministre de mettre de l’avant des idées audacieuses dans une éventuelle politique nationale de l’éducation, car les considérations électoralistes prendront le dessus. Des politiciens qui veulent être réélus n’ont aucun intérêt à proposer des mesures qui soulèveraient la dissension et leur feraient perdre quelques points au scrutin. C’est précisément cette conjecture qui avait mobilisé une faction importante de la société civile pour une véritable politique nationale de l’éducation afin de l’extirper des aléas de la petite politique, mais il semble que ce ne sera pas demain la veille.

Il existe un fossé entre l’importance qu’on dit accorder à l’éducation et celle qu’on y accorde vraiment. Les politiciens ont appris à soigner les apparences et à nous servir des discours la main sur le cœur pour affirmer que notre avenir passe par elle, cela ne les empêche toutefois pas de faire du surplace depuis plus de deux décennies avec des ministres à durée de vie éphémère qui ne font que répondre aux urgences du moment sans plus de vision.
Dure constat pour un chroniqueur convaincu que l’éducation est une responsabilité nationale, mais qui voit ses gouvernants jongler maladroitement avec ce qui est le plus chère à une nation, soit l’avenir de ses enfants. Dany Turcotte avait raison de dire, à « Tout le monde en parle » avec la carte qu’il a remis au ministre Proulx, qu’il ne voulait pas s’attacher à lui parce qu’il ne restera pas, comme ses prédécesseurs, très longtemps au ministère.