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Donald Trump est un président en formation

Malgré des décrets signés à la chaîne, l’homme à la tête des États-Unis n’a presque rien accompli

Donald Trump est un président en formation
Photo AFP

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Donald Trump est toujours en train d’apprendre à faire son travail et n’a rien accompli de concret au cours de ses 100 premiers jours à la Maison-Blanche, estiment des analystes qui comparent sa présidence à un cheval à bascule.

Sur la chaîne CNN, le journaliste spécialisé en politique étrangère américaine Fareed Zakaria a eu des mots durs pour le nouveau président dès le mois de février en disant qu’il dirigeait les États-Unis comme un cheval berçant, qui fait du va-et-vient, mais n’avance pas.

«Il ne faut pas confondre le mouvement et le progrès», a-t-il dit, ajoutant que Trump n’avait «pratiquement rien fait» jusqu’à présent.

Selon le titulaire de la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM, Frédérick Gagnon, cette comparaison est toujours valide deux mois plus tard.

«Oui, on voit du mouvement. Il s’exprime sur Twitter, il annonce des choses, il a signé plusieurs décrets présidentiels... mais pour l’instant, il a très peu de grandes réalisations à son actif», explique-t-il.

De son côté, la Maison-Blanche a dressé un bilan avantageux des 100 derniers jours avec la signature de 30 décrets, une baisse de l’immigration clandestine ainsi que 38 coups de fil passés à des dirigeants étrangers.

Cependant, les grands chantiers annoncés par Trump lors de sa campagne, comme la réforme de l’assurance maladie, la révision de la fiscalité et le renforcement du contrôle de l’immigration, ne sont encore que des projets, souligne M. Gagnon.

Le politologue à l’Université Concordia Graham Dodds rappelle que les nombreux décrets signés par le président en début de parcours sont d’abord et avant tout symboliques.

«Mais la nomination du juge républicain Neil Gorsuch à la Cour suprême début avril a été une belle victoire pour lui. C’était l’une de ses promesses majeures», dit le professeur.

Apprentissage

Sans expérience politique, Trump est encore en train d’apprendre les rouages de son métier, insiste toutefois Frédérick Gagnon.

«Il constate finalement qu’un président n’est pas tout puissant. Qu’on ne gouverne pas le pays comme on dirige une entreprise, que c’est un peu plus compliqué, dit-il. La preuve, c’est qu’il n’a rien réalisé sur le plan législatif.»

Alors que les électeurs déchantent et que la popularité du président est en chute libre, il tente de «reprendre son souffle» en multipliant les actions à l’étranger qui font consensus aux États-Unis, comme les bombardements en Syrie et en Afghanistan, et la menace de nouvelles sanctions contre la Corée du Nord, pense M. Gagnon.

Malgré tout, Donald Trump a jusqu’à maintenant démontré sa forte capacité à diriger l’attention publique et médiatique là où il le souhaite.

«Il est arrivé dans les 100 premiers jours à monopoliser la discussion et à attirer les gens vers les enjeux dont il veut parler. Maintenant, il doit montrer qu’il peut agir», dit le chercheur.

Impact aux états-unis

L’importance des 100 premiers jours

La marque des 100 jours est particulièrement importante pour un président américain, soutiennent nombre d’observateurs politiques. Il s’agit d’une période où un nouveau dirigeant est au sommet de sa popularité et où il a le plus de chance de faire passer ses projets au Congrès, explique le politologue de l’Université Concordia, Graham Dodds. L’ancien président Franklin D. Roosevelt, qui a rapidement mis sur pied le New Deal pour sortir les États-Unis de la grande dépression en 1933, est à l’origine de cette échéance que certains considèrent toutefois comme peu significative.

Un avenir difficile

La suite des choses s’annonce difficile pour Donald Trump, estime Frédérickck Gagnon, car à partir de janvier 2018, tous les membres de son parti, majoritaires au Congrès, tomberont en période électorale. «Une fois en mode électoral, les membres du Congrès ne seront pas très tentés d’appuyer le président si sa popularité diminue, ni tentés d’aller de l’avant avec des grandes réformes qui risquent d’être controversées.» Plus on avance dans le temps, plus ce sera difficile pour Trump d’aller de l’avant dans ses grands projets. «À moins d’un événement majeur qui pourrait changer la donne», ajoute M. Gagnon.

Cinq choses qui ont changé

Outre ses grands projets législatifs, Trump a signé 28 lois depuis son entrée en fonction. Bien qu’elles soient passées inaperçues, elles pourraient avoir un grand impact, notamment sur l’environnement.

  • En Alaska, il est maintenant légal de chasser un ours en hibernation et de tirer un loup à partir d’un hélicoptère.
  • Les compagnies minières, gazières et pétrolières n’ont plus à dévoiler les sommes payées à des gouvernements étrangers. Obama avait instauré cette loi en espérant décourager la corruption.
  • Une loi protégeant les cours d’eau, qui interdisait notamment aux compagnies minières d’y déverser des produits toxiques, a été abolie.
  • Trump a fait invalider une loi instaurée par Barack Obama qui interdisait la vente d’armes à feu à des personnes atteintes de certaines maladies mentales.
  • Les entreprises informatiques n’ont plus besoin de votre consentement pour vendre vos données de navigation.

Politique anti-immigration

  • Le 27 janvier, Trump a signé un premier décret migratoire pour empêcher les ressortissants de sept pays musulmans d’entrer aux États-Unis, y compris les détenteurs de visas et papiers d’immigration en règle, et de tous les réfugiés.
  • Il souhaite aussi expulser les immigrants illégaux du pays. Une décision qui pourrait avoir un impact sur près de 11 millions de personnes vivant aux États-Unis.
  • Le décret migratoire est bloqué en quelques jours par un juge fédéral de Seattle, James Robart.
  • L’administration Trump revient avec une version remaniée le 15 mars, ramenant le nombre de pays à six et excluant les détenteurs de papiers en règle.
  • Un juge fédéral de Hawaï, Derrick Watson, le bloque à son tour, y voyant des «preuves significatives et irréfutables d’animosité religieuse».
  • Mardi, un juge américain a décidé de suspendre en grande partie l'application d'un autre décret présidentiel visant à priver de financements fédéraux les collectivités opposées à sa politique anti-immigration.

Baisses d’impôts à venir ?

  • La Maison-Blanche a présenté mercredi une réforme fiscale décrite comme «l’une des plus importantes» de l’histoire américaine.

15 %

Elle prévoit une baisse du taux d’imposition de 35 % à 15 % pour les entreprises.

35 %

Elle veut réduire de 7 à 3 les tranches d’imposition pour les ménages, avec un taux maximal de 35 %.

  • Elle compte permettre aux entreprises de rapatrier leurs liquidités détenues à l’étranger en ne payant qu’une fois l’impôt sur cette opération.
  • Cette réforme est loin de faire l’unanimité, même chez les républicains, en raison du déficit budgétaire qu’elle risque de causer.

Échec de la réforme de la santé

  • Le jour même de son entrée à la Maison-Blanche en janvier, Trump a signé un décret contre la loi sur l’assurance maladie «Obamacare», qu’il avait promis d’abroger durant sa campagne.
  • Début mars, les républicains ont dévoilé l’American Health Care Act, pour remplacer l’assurance maladie instaurée par Barack Obama.
  • Le 13 mars, le Bureau du budget du Congrès, un organisme non partisan, évalue que le nombre de personnes sans assurance médicale augmentera de 24 millions d’ici 2026 si le plan républicain est adopté.
  • Critiqué autant par les démocrates que par les républicains, le président a retiré son projet à quelques minutes d'un vote décisif à la Chambre des représentants le 25 mars dernier, évitant ainsi une cuisante défaite.

Ce qu’il avait dit en campagne électorale

Moins de trois semaines avant son élection, Trump s’est rendu à Gettysburg, en Pennsylvanie, où il a dévoilé un plan d’action pour ses 100 premiers jours à la Maison-Blanche. Le «Contrat de Donald Trump avec les électeurs américains» proposait plusieurs mesures qui, pour la plupart, n’ont pas encore vu le jour. Voici un extrait de son discours ce jour-là: «Le 8 novembre, les Américains vont voter pour ce plan de 100 jours pour retrouver la prospérité, pour assurer la sécurité de nos communautés et rendre notre gouvernement plus honnête. Ceci est mon engagement envers vous.»

Tweet de Trump le 21 avril

«Peu importe tout ce que j’ai accompli durant cette échéance ridicule des 100 jours, et il y en a beaucoup (incluant la Cour suprême), les médias vont me descendre!»

42 %

Cote de popularité de Donald Trump, selon un sondage ABC/The Washington Post paru la semaine dernière, soit le plus bas pourcentage depuis 1945 pour un président américain au cours des 100 premiers jours de présidence. Barack Obama avait l’appui de 69 % des électeurs en 2009 après trois mois à la Maison-Blanche.