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On a cousu sa main dans son ventre pour la reconstruire

Il a passé près d’un mois dans cet état pour que ses tissus se régénèrent

David Doonan
Photo Antoine Lacroix David Doonan a subi un grave accident de travail, lors duquel les os de sa main droite ont été broyés entre deux rouleaux servant à écraser du plastique.

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Pendant près d’un mois, David Doonan a dû vivre avec sa main droite greffée à l’intérieur de son abdomen à la suite d’un accident de travail.

La technique inusitée a été utilisée sur l’homme de Dunham, en Montérégie, en mai 2016, pour que les tissus se régénèrent autour des os de sa main qui a été gravement broyée entre deux rouleaux servant à écraser du plastique.

«Ç’a été les pires trois semaines de ma vie, raconte David Doonan. L’inconfort, les odeurs qui se dégageaient de là, tous les liquides qui en sortaient... c’était terrible. J’avais l’impression d’être prisonnier de mon propre corps.»

En espérant pouvoir reconstruire sa main un jour, la Dre Dominique Tremblay, du Centre d’expertise en réimplantation du CHUM (CEVARMU), a décidé de littéralement coudre la main sous la peau du ventre de l’homme de 44 ans afin que les vaisseaux sanguins puissent se reconstruire.

«L’important, à ce stade, c’était que ça guérisse. Après trois semaines, ça avait assez guéri pour former une boule de chair autour de mes doigts. C’était mon petit miracle», poursuit le père de deux enfants.

Reconstruire sa main

Depuis l’accident de travail, David Doonan a subi quatre opérations afin de préparer la chirurgie de reconstruction.

«Je veux vraiment que cette opération puisse m’aider dans la vie de tous les jours. Présentement, même une tâche banale comme m’habiller est une épreuve», souligne-t-il, précisant que sa future main ressemblera à une pince.

M. Doonan doit également combattre les effets psychologiques de sa blessure.

«J’ai presque été en dépression et je souffre d’un trouble de l’adaptation. Il y a beaucoup de hauts et de bas. Je vois plusieurs professionnels pour m’aider. Mais le gym est vraiment ce qui m’a redonné un regain de vie», croit-il. Le père de famille espère pouvoir recommencer à travailler bientôt. «Les spécialistes affirment que je ne suis pas prêt et c’est vrai. J’ai encore beaucoup de choses à régler.»

Ses enfants

Les deux enfants de David Doonan sont fiers de la réadaptation de leur père. Selon eux, il réussit à s’améliorer un peu plus chaque jour.

«Il est inspirant, croit sa fille Élizabeth, âgée de 16 ans. Il réussit à voir la vie de façon tellement positive, c’est impressionnant. Même si ce n’est pas toujours facile.»

Gabriel, 14 ans, estime que le drame a resserré les liens familiaux.

«J’avais peur qu’il ne puisse plus rien faire pour toujours. Mais il réussit à se dépasser. On voit qu’il fait beaucoup d’efforts pour nous», lance le jeune homme.

Interventions majeures

100 à 150

  • Au Québec, c’est le nombre annuel de cas d’amputation et de dévascularisation d’un membre supérieur pratiqué au Centre d’expertise en réimplantation du CHUM.

En 2014-2015

  • 90 % des cas sont des hommes
  • 81 % des cas proviennent de l’extérieur de Montréal
  • 98 % des cas retournent à la maison
  • 31 % des cas sont indemnisés par la CNESST

Source: Site web du CHU Montréal

Procédure rarement employée

La procédure médicale utilisée pour sauver la main de David Doonan n’est que rarement employée par les médecins, révèle la docteure qui l’a opéré, Dominique Tremblay.

«Je dois faire ça une ou deux fois par année. Des cas comme celui de M. Doonan ne sont pas fréquents et il n’y a que certaines circonstances qui permettent d’insérer la main dans l’abdomen. C’est toujours du cas par cas. Parfois, les tissus sont trop abîmés. Sinon la microchirurgie est plus adaptée à la situation», explique la Dre Tremblay, qui est spécialisée dans les opérations de la main.

Elle souligne que c’est une technique utilisée depuis longtemps, mais peu connue du grand public.

Unique au Canada

La Dre Tremblay exerce au Centre d’expertise en réimplantation du CHUM (CEVARMU).

Chirurgiens plasticiens spécialisés en microchirurgie de la main, infirmières, ergothérapeutes ayant une expertise en plastie de la main, travailleurs sociaux, psychologues sont réunis sous un même toit pour venir en aide aux patients.

«Avec un tel centre, qui est unique au Canada, on peut dire que la population n’a pas à s’inquiéter si un accident survient», estime la spécialiste.

Opération en mai

David Doonan subira une dernière opération d’ici la fin du mois de mai, où la Dre Tremblay tentera de reconstruire partiellement sa main droite.

«Ses doigts sont présentement collés. La chirurgie consiste à venir séparer tout ça pour en faire une main», conclut Dominique Tremblay. 

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