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Pourquoi on n’aime pas les musulmans

Pourquoi on n’aime pas les musulmans

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Depuis 2001, la guerre mondiale contre la terreur livrée par les États-Unis et ses alliés a causé la mort d’au moins 1,3 million de personnes, probablement beaucoup plus. En très grande majorité des musulmans.

On nous démontre régulièrement, images-choc à l’appui, que cette guerre est nécessaire. De graves dangers nous guettent! Des attentats horribles que des fous d’Allah sont en train de fomenter. En première page, on nous montre des mares de sang. En page 2, on nous parle de vies envolées qui auraient pu être la nôtre.

On ne nous dit jamais que le nombre d’attentats terroristes dans les pays occidentaux est en baisse constante depuis les années 70. Selon le criminologue et chercheur en terrorisme Stéphane Leman-Langlois, de l’Université Laval, les actes terroristes dans le monde occidental sont, de nos jours, aussi proches de zéro qu’on peut l’espérer.

Les années 70 et 80 en Europe ont été surnommées les « années de plomb » à cause des attentats qui y étaient perpétrés, beaucoup plus nombreux qu’aujourd’hui. La plupart de ces attentats étaient commis par des mouvements laïcs. C’est ainsi que jusqu’à la fin des années 80, personne n’associait le terrorisme avec l’islam. Non; les méchants, c’étaient les communistes. Jusque dans les films. Les espions russes. Le boxeur soviétique Ivan Drago, redoutable adversaire de Rocky... Sting chantait, dans sa toune « Russians » :

In Europe and America there's a growing feeling of hysteria
Conditioned to respond to all the threats
In the rhetorical speeches of the Soviets
Mister Krushchev said, 'We will bury you'

etc.

Toujours est-il que la menace de terrorisme islamiste est amplifiée par les médias au point qu’on a l’impression de quelque chose de sauvagement inédit. Et comme pour le soviétique des années 70, ces mêmes médias en profitent pour transformer le musulman ordinaire (22% de l’humanité) en gros méchant de film d’action à la psychologie super-simple : il déteste la femme, il décapite le monde et il mérite de mourir. Ça, ça fait vendre des journaux, ça fait cliquer.

Et pendant que le bon peuple se fait son cinéma, personne ne s’arrête pour se demander s’il est normal d’engloutir chaque année des dizaines de milliards de dollars dans la guerre, alors que nos systèmes de santé et d’éducation crèvent la dalle et que la menace de dangers beaucoup plus réels grimpe sans cesse en intensité. La bombe à retardement du fossé grandissant entre riches et pauvres fait un tonitruant TIC-TAC-TIC-TAC. Le climat se détraque, des espèces et des habitats essentiels à l’équilibre écologique de notre planète partent en fumée. Les réfugiés climatiques se multiplient et, avec eux, les conflits pour les ressources.

La guerre, comme elle l’a si souvent fait dans l’histoire, fait diversion... Avez-vous déjà lu « Les manipulateurs sont parmi nous », le best-seller de la psychothérapeute Isabelle Nazare-Aga? Ça dit que le truc numéro un des manipulateurs pour ne pas régler un problème dont ils sont la cause, c’est d’amener la discussion ailleurs. Ils peuvent faire ça 50 fois dans une même conversation. Ça rend leur interlocuteur à la fois fou de rage et complètement déboussolé.

C’est peut-être ce qui est en train de nous arriver.

 

There's no such thing as a winnable war
It's a lie we don't believe anymore
We share the same biology
Regardless of ideology
What might save us, me and you
Is if the Russians love their children too

 

Sources :

«  Body Count : Casualty Figures after 10 years of the ’War on Terror’», publié par les organisations Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (IPPNW, prix Nobel de la paix en 1985), Physicians for Social Responsibility et Physicians for Global Survival.

Stéphane Leman-Langlois, criminologue, professeur à l'Université Laval et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la surveillance et la construction sociale du risque