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Un jour, un jour, quand tu sauras...

Un jour, un jour, quand tu sauras...
Photo courtoisie

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Le 27 avril marquait le 50e anniversaire de l’ouverture officielle de l’Expo 67. Cette grande aventure célébrait l’audace québécoise et la formidable ouverture sur le monde d’une jeune nation en devenir et de sa métropole.

À voir l’air délabré du Montréal actuel à l’aube de son propre 375e, rien d’étonnant à ce que la nostalgie de l’Expo 67 lui vole autant la vedette.

À l’Assemblée nationale, ceux qui déconstruisent­­ nos acquis dans le Québec morose d’aujourd’hui ont aussi détrôné les bâtisseurs depuis longtemps. La commission Charbonneau y a ajouté la déprime de la corruption et la commission Bouchard-Taylor, tout comme la «charte des valeurs», la fausse impression d’un Québec replié sur lui-même.

Sous la férule de gouvernements bêtement comptables, l’empathie, la fierté et l’ambition collective frôlent l’hérésie. Le tout pendant que le premier ministre actuel­­ se vante d’avoir «littéralement sauvé le Québec». On dirait plutôt qu’il l’a «sauvé» de ses propres espoirs.

Nostalgie

D’où la nostalgie pour l’Expo 67. Par effet de contraste avec le présent, elle nous prend aux tripes. Ceux qui l’ont visitée­­ se replongent dans l’effervescence d’une époque où tout devenait possible. Après les années noires de l’ère Duplessis, les Québécois étaient enfin libres d’ouvrir leurs esprits et leurs cœurs à eux-mêmes et à la planète.

Rien n’aura mieux incarné­­ cette montée d’un nationalisme résolument moderne et tourné vers le monde que l’Expo 67. Pour bien recevoir la grande visite­­, nous avons rendu notre maison belle et audacieuse. Pour nos invités venus­­ de partout, une île toute nouvelle sur le Saint-Laurent les attendait.

Tous ces pavillons innovateurs, tous ces pays, ces visiteurs venus de loin, ces découvertes, ces paysages, ces coutumes et ces plats exquis­­ nous ont changés en mieux. Un jour, un jour, quand tu viendras – la superbe chanson-thème de Stéphane Venne l’exprimait avec brio.

Bâtisseurs

Pour mieux saisir l’ampleur colossale du défi, il faut absolument voir Expo67 Mission impossible. Réalisé par Guylaine Maroist, Michel Barbeau et Éric Ruel, ce documentaire magnifique raconte­­ l’histoire fascinante des vrais concepteurs et bâtisseurs de l’Expo 67. Des gens brillants, raffinés, ambitieux, rêveurs, disciplinés et fins stratèges.

Sans cette équipe soudée de Québécois francophones et anglophones déterminés à «livrer» à temps la plus grande aventure humaine du Québec moderne, l’Expo 67 serait tombée sous le couperet d’un Canada anglais jugeant le projet trop dispendieux et d’une Toronto jalouse­­ de la concurrence.

Pour les francophones de l’équipe, ce fut l’ultime confirmation que le «nés pour un p’tit pain» était chose du passé. Bref, ce documentaire devrait être obligatoire dans toutes les écoles et pour tous les élus. En attendant, de nouvelles dates de projection en salles sont à confirmer et on peut se procurer le DVD au www.productionsdelaruelle.com.

Un jour, un jour, quand tu sauras ce dont le Québec est capable quand il ose rêver grand, tu n’accepteras plus de rêver aussi petit que ceux qui te gouvernent.