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Il était une fois La Ronde

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Orlando possède son Disneyland. Paris peut s’enorgueillir de son Parc Astérix. Montréal s’est donné La Ronde. Pour les 50 ans de son inauguration, l’auteur et bédéiste Tristan Demers raconte l’évolution du célèbre parc de l’île Sainte-Hélène dans un album-souvenir aux accents de douce nostalgie.

Si l’Expo 67 constitue le moment où le Québec s’est ouvert sur le monde, La Ronde en a été le joyau, avance Tristan Demers. «Au lendemain de l’exposition universelle, le parc d’attractions a pu voler de ses propres ailes. Les pavillons ­tombaient les uns après les ­autres, mais La Ronde s’est réinventée.»

Emmène-moi à La Ronde retrace l’histoire de ce parc destiné à divertir les visiteurs de l’exposition universelle qui arrivait à grands pas. «C’était l’époque où le Québec entrait dans la modernité. Le parc Belmont était ­ouvert depuis les années 1920, mais montrait déjà des signes de désuétude. La société de l’Expo voulait un espace de calibre mondial aux accents éducatifs à mi-chemin entre les jardins de Tivoli à Copenhague et Disneyland en Californie.»

<b><i>Emmène-nous à La Ronde —  50 ans de plaisirs forains</i></b><br>
Tristan Demers<br>
Les Éditions de l’Homme<br>
176 pages<br>
Photo courotoisie
Emmène-nous à La Ronde — 50 ans de plaisirs forains
Tristan Demers
Les Éditions de l’Homme
176 pages

Coup de pouce de l’oncle Walt

Tristan Demers, à qui l’on doit également ­Tintin et le Québec, a eu accès à plus de 4000 pages d’archives pour la rédaction de son ouvrage. L’auteur admet avoir été très surpris de l’ampleur de la collaboration de Disney avec l’équipe de l’Expo pour la conception de La Ronde. «Walt Disney était tellement emballé par le projet qu’il a dépêché des membres de sa garde rapprochée pour se rendre à Montréal, explique-t-il. À son ouverture, La Ronde ­rappelait beaucoup le parc californien avec son safari d’animaux et son Fort Edmonton, ­référence ­directe à Frontierland.»

Témoignages d’une grande époque

Pour Tristan Demers, La Ronde était non ­seulement un lieu rassembleur où les «7 à 77 ans» pouvaient s’amuser, mais aussi un espace de bouillonnement social et culturel. «À l’Agora ­extérieure, les jeunes participaient aux débats animés par Gilles Gougeon, tandis que, quelques années plus tard, durant l’époque disco, ­Michel Girouard présentait les grands noms de la ­chanson au Jardin des Étoiles», illustre l’auteur qui a rencontré les deux hommes dans le cadre de son livre. «Gilles Gougeon, très formel, m’a raconté son expérience ave­­­c toute la rigueur journalistique qu’on lui connaît. Quelques heures plus tard, j’interviewais le flamboyant Michel Girouard, son chien sous le bras, qui partageait ses anecdotes de coulisses. En une seule journée, j’avais eu ­devant moi toute la complexité de La Ronde des premières années, à la fois “blé entier” et ­“givré”», se remémore-t-il en riant.

Aujourd’hui, l’auteur constate que La Ronde (NDLR propriété de Six Flags depuis 2001) n’est plus le même lieu «fait de surprises» qu’il a connu durant sa jeunesse. «Beaucoup de petits manèges et d’espaces d’animation ont fait place aux sensations fortes pour attirer la clientèle des adolescents. C’est un choix qui, sans être le mien, reflète une certaine culture d’entreprise. En même temps, les gens ne consomment plus du divertissement de la même façon qu’auparavant. La Ronde s’est adaptée parce que le ­Québec a changé.»

La Ronde en 5 moments marquants

1. 1er juin 1967 : En avant-première nord-américaine, les haut-parleurs de La Ronde diffusent les chansons du mythique album des Beatles, Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band. Une ambiance quasi religieuse règne dans le parc.

2. 14 juin 1975 : Les dames entrent gratuitement à La Ronde dans le cadre de la «Journée de la femme». Au Jardin des étoiles, un spectacle et des projections de ­documentaires féministes figurent à la programmation. Le parc d’attractions est à l’image de son époque.

3. 1981 : Les foules se déplacent pour l’inauguration du Super Manège, des montagnes russes en forme de tire-bouchon. Pour la première fois, La Ronde joue la carte des sensations fortes. Cette année-là, un ­Américain de 23 ans y passera 218 heures en continu!

4. 31 mai 1985 : Organisation du premier Festival ­international de feux d’artifice de Montréal. La presse et le public encensent l’événement vu par des milliers de curieux.

5. Printemps 2001 : Alors que La Ronde aurait besoin d’investissements majeurs pour se moderniser, la Ville de Montréal vend son parc à la société ­américaine Six Flags. Une nouvelle ère commence.

La Ronde de Tristan Demers en 5 souvenirs

Tristan Demers
Photo courtoisie
Tristan Demers

1. Le Moulin de la sorcière : L’aspect «carton-pâte» de ce manège m’a toujours fait rire. Étrangement, je n’aime pas les maisons hantées qui font vraiment peur avec des clowns maléfiques [...]. J’y allais pour le côté kitsch.

2. La Pitoune : La descente à la toute fin du trajet était un moment fort de chaque visite. C’est une attraction qu’on peut apprécier même en tant que spectateur. Je me plaçais tout près de l’arrivée pour être ­éclaboussé. Idéal pendant une canicule.

3. Le Téléphérique : Cette ­attraction offrait une ­magnifique vue sur Montréal. Après une longue journée à se promener dans le parc, j’aimais l’emprunter pour survoler le lac des Dauphins.

4. La nourriture : Plus jeune, mon budget allait à l’achat de barbe à papa bleue, de petits beignets au miel servis dans des cornets et au moins deux pommes de tire... Encore aujourd’hui, j’ai de la difficulté à résister quand j’en vois!

5. Le Monde des petits : Quand j’avais 7 ans, j’adorais la glissade dans laquelle on descendait dans une poche ­de patates. Cela reflétait une ­certaine époque où les enfants trouvaient leur amusement dans des choses simples. Mais aujourd’hui, quel parent accepterait de payer 48,99 $ pour que son jeune fasse un tel jeu?

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