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Un autre mégaprocès menacé

L’arrêt Jordan pourrait venir à la rescousse de leaders du crime organisé arrêtés à l’automne 2015

Gregory Woolley
photo d’archives Gregory Woolley, ex-membre en règle d’un club-école des Hells Angels et devenu le présumé leader des gangs de rue montréalais, est détenu depuis novembre 2015.

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Accusés depuis un an et demi, des piliers de la mafia montréalaise, des Hells Angels et des gangs de rue pourront à leur tour invoquer la lenteur du système judiciaire pour tenter de s’en tirer indemnes après avoir appris, hier, qu’ils ne seront pas jugés avant 2019.

Le mégaprocès devant jury de 17 accusés de l’opération antidrogue Magot menée le 19 novembre 2015 – dont les ex-leaders allégués de la mafia Stefano Sollecito et Leonardo Rizzuto, l’influent motard André «Frisé» Sauvageau et le numéro un des gangs de rue Gregory Woolley – durera au moins six mois et ne commencera pas avant septembre 2018, à Montréal, leur a annoncé le juge Marc David.

Leonardo Rizzuto<br>
<i>Accusé</i>
Photo d'archives
Leonardo Rizzuto
Accusé

Le délai maximal de 30 mois prévu pour les juger, tel que fixé l’an dernier par la Cour suprême avec son fameux arrêt Jordan, aura déjà été atteint quatre mois avant le début du procès, soit le 20 mai 2018.

Avant de mourir

«Compte tenu de son état de santé, mon client réclame le droit d’être acquitté avant de mourir. Il n’a pas le luxe d’attendre», a tonné Me Danielle Roy, l’avocate de Stefano Sollecito.

Stefano Sollecito<br>
<i>Accusé</i>
Photo d'archives
Stefano Sollecito
Accusé

L’ex-chef intérimaire de la mafia, qui lutte contre un cancer, entend demander la permission d’être jugé seul dans un procès séparé et dans un délai plus rapproché.

Si ces accusés devaient présenter des requêtes en arrêt des procédures en plaidant l’arrêt Jordan, la Couronne pourra arguer que leurs cas font partie des exceptions prévues par le plus haut tribunal du pays en raison de la complexité de la preuve.

Pour Me Roy, réunir autant d’accusés dans un mégaprocès – où la poursuite prévoit faire entendre 200 témoins et consacrer six mois à présenter sa preuve – «ne fait aucun sens», surtout après le tollé soulevé par le fiasco judiciaire de l’opération SharQc contre les Hells.

«Si le DPCP [Directeur des poursuites criminelles et pénales] n’est pas capable de s’organiser pour tenir des procès gérables, ce n’est pas à la défense de payer pour ça. On ne voit ça nulle part ailleurs au Canada», a-t-elle déclaré.

Pas « Mom » Boucher

Maurice Boucher<br>
<i>Accusé</i>
Photo courtoisie
Maurice Boucher
Accusé

L’ex-chef des Hells Angels Maurice «Mom» Boucher, appréhendé dans le même coup de filet, connaîtra son sort plus rapidement.

Le juge David a «fortement suggéré» à la Couronne de consentir à ce que Boucher – déjà incarcéré à perpétuité depuis 2002 pour avoir ordonné les meurtres de deux gardiens de prison – subisse un procès séparé en avril 2018, pour un complot qui visait à faire tuer le caïd mafieux Raynald Desjardins en milieu carcéral.

Patience pour être jugé à Montréal

Dans toute la province, c’est à Montréal qu’un accusé doit attendre le plus longtemps avant de subir son procès, et de loin, selon des données dévoilées cette semaine par le ministère de la Justice.

Les délais à Montréal sont deux fois plus élevés que la moyenne provinciale qui était de 169 jours en 2016.

À noter que cette compilation chiffre uniquement les délais préalables à un procès tenu à la Cour du Québec et non ceux à la Cour supérieure, où se déroulent les procès devant jury.

Les plus lents

  • 335 jours d’attente en moyenne à Montréal
  • 270 jours à Salaberry-de-Valleyfield
  • 220 jours à Thetford Mines
  • 219 jours à Trois-Rivières
  • 218 jours à Saint-Jérôme
  • 203 jours à Laval

Les plus rapides

  • 17 jours à New Carlisle
  • 37 jours à Sherbrooke
  • 39 jours à Sainte-Anne-des-Monts
  • 45 jours à Québec
  • 49 jours à Chibougamau

Moyenne provinciale : 169 jours