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Jean-Marc Légercombat des générations

D’enfants-rois à citoyens-rois

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Illustration Johanna Reynaud

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Voici la deuxième chronique écrite à quatre mains, sous forme d‘une discussion entre un baby-boomer (le sondeur Jean-Marc Léger âgé de 55 ans) et son fils, un millénium (l’étudiant en journalisme Philippe Léger âgé de 22 ans). 

JML: Philippe, as-tu déjà entendu les clichés sur les milléniaux? Pour certains, ta génération serait plus créative, audacieuse, ambitieuse et ouverte sur le monde. Pour d’autres, vous seriez égocentriques, narcissiques, paresseux, fuyant vos responsabilités et anti-tout: antiautorité, antisystème et antimensonge. Le meilleur et le pire en même temps.

PL: Vous avez de la difficulté à nous comprendre. Vous, les baby-boomers, vous répétez toujours que c’était mieux «dans le bon vieux temps». Ce n’est pas pour rien que le slogan de Trump «Make America great again» a eu du succès auprès des plus âgés. Mais le fossé entre les générations est de plus en plus profond en raison des nouvelles technologies.

JML: Nous, les baby-boomers, avons de la difficulté à vous suivre. Tout change de plus en plus vite. L’apparition de Google en 1998, Facebook en 2004, Twitter en 2006, l’iPhone en 2007, Instagram en 2010 et Snapchat en 2011 accélèrent le mouvement. Et nous n’avons encore rien vu. Il y a 10 ans, personne n’utilisait les réseaux sociaux. Où serons-nous dans 10 ans? What’s next?

PL: La quasi-totalité (94 %) des milléniaux sont à l’aise avec les nouvelles technologies et recherchent continuellement les nouveautés. Tu veux vraiment savoir what’s next? Ce qui nous allume maintenant, c’est la réalité amplifiée avec l’intelligence artificielle et la réalité virtuelle dans notre quotidien. Nous recherchons des applications et des jeux numériques qui nous font vivre de nouvelles expériences. Le monde numérique, c’est un peu notre «Make my reality great again»!

JML: Je vais te surprendre: 80 % des baby-boomers sont aussi à l’aise avec les technologies. Mais on ne les utilise pas de la même façon ni pour les mêmes raisons. Par exemple, vous êtes toujours sur votre mobile à texter ou à surfer sur les médias sociaux. Vous en avez du temps à perdre! 

PL: Du temps à perdre? Non, on les utilise d’une autre façon. Vous, les baby-boomers, vous utilisez les réseaux sociaux pour vous divertir. Nous, les milléniaux, nous les utilisons comme outil de travail, de consommation et d’information. C’est très différent. Par exemple, 79 % des milléniaux suivent maintenant les nouvelles sur Facebook.  Nous sommes plus informés que vous.

JML: C’est vrai que vous êtes plus informés, mais pas nécessairement mieux informés. Vous connaissez tous les faits divers, les vidéos cocasses et les nouvelles sportives. Mais cela demeure superficiel et on ne peut pas capter votre attention très longtemps.

PL: Pour avoir notre attention encore faut-il être intéressant! Mais c’est vrai qu’il n’y a pas que de bons côtés. J’ai accès à l’information en temps réel. Mon fil Facebook contient plus de nouvelles que tous vos bulletins de nouvelles réunis et plus de médias que ton forfait télé. Mais, nous sommes aussi exposés au phénomène des Fake news quand 54 % de ma génération fait confiance à ce qui se trouve sur Facebook. C’est difficile de faire la différence entre le vrai et le faux.

JML: Et les chiffres le confirment, 41 % des milléniaux se sont déjà fait prendre par une fausse nouvelle.  Sans compter ceux qui ne le savent même pas. Non seulement vous partagez des faussetés, mais cela ne vous dérange pas.

PL: C’est littéralement notre manière de nous informer qui a changé. Nous filtrons l’information qu’on juge pertinente et nous ne nous intéressons qu’aux médias qui pensent comme nous et qui nous ressemblent. D’ailleurs, 59 % des milléniaux sont abonnés à des médias d’information sur Facebook, comparativement à 17 % des baby-boomers. L’information vient maintenant à nous, plus besoin d’aller la chercher.

JML: Voilà ce qui est inquiétant. Parce que c’est maintenant Facebook, avec ses algorith­mes mystérieux, qui choisit les nouvelles pour vous et qui guide vos décisions. Vous êtes intoxiqués d’information par des gens qui pensent comme vous et vous n’avez pas accès à ceux qui pensent autrement. Les jeunes vivent de plus en plus dans des mondes parallèles.

PL: C’est un vrai danger. Sauf que les réseaux sociaux ont une autre utilité: devenir un outil de mobilisation. Participer à une manifestation, soutenir une cause, dénoncer une entreprise ou critiquer un produit se fait plus rapidement et plus efficacement. C’est de plus en plus difficile de nous contrôler, et c’est tant mieux.

JML: Vous êtes passés d’enfants-rois à consommateurs-rois et vous pouvez maintenant devenir des citoyens-rois. Nous, les baby-boomers, n’avons pas réussi à changer le monde, mais vous, les milléniaux, vous êtes capables de le faire. Par votre poids démographi­que et par votre habileté technologique, vous avez le pouvoir de changer le monde. Jusqu’où irez-vous?

Le son d’âge

Au cours de la dernière semaine avez-vous, en totalité ou en partie... ?

  MILLÉNIAUX BABY-BOOMERS
Suivi une nouvelle sur Facebook 79 %

44 %

Écouté un bulletin de nouvelles à la télé  63 % 88 %
Écouté un bulletin de nouvelles à la radio 57 % 54 %
Lu un journal quotidien 50 % 63 %

Est-ce que consulter votre appareil mobile ( téléphone, iPad ) est... ?

  MILLÉNIAUX BABY-BOOMERS
La première chose que vous faites le matin 64 %

28 %

La dernière chose que vous faites avant de vous endormir78 78 % 25 %

*Sondage réalisé sur internet du 17 au 20 avril auprès de 1013 personnes

Le saviez-vous ?

  • Il y aura plus de milléniaux que de baby-boomers d’ici trois ans au Québec.
  • La majorité des milléniaux écoutent encore les bulletins de télévision, de radio et lisent les nouvelles du Journal, mais souvent à partir de leur Facebook.
  • 41 % des milléniaux avouent s’être fait prendre par une fausse nouvelle («Fake news») sur Facebook.