/misc
Navigation

Salaire minimum : le diktat des «experts»

GEN-MANIFESTATION-TRAVAILLEURS
Photo d'archives

Coup d'oeil sur cet article

Désinformation et propagande

Ah ben, dernièrement dans La Presse du 30 avril 2017, des «experts» soigneusement sélectionnés par une journaliste en toute subjectivité se sont prononcés : faut que le salaire minimum reste minimum. Les Esso, Hilton, Burger King, Air Canada, etc. n’ont supposément pas les moyens de payer plus que le minimum aux travailleurs ordinaires, mais ils en ont pour rémunérer leurs patrons à coups de millions. Bonne fête des Travailleurs (1er mai) quand même aux sujets exploités, même si je suis en retard.

Mais qui sont ces « experts »?

Mais toujours des universitaires subjugués comme Pierre Fortin, qui s’est aussi autoproclamé de lucide ou le fiscaliste Luc Godbout. En prime, dans le très «pédagogique» article de La Presse, on a aussi droit au très songé conseil du Fraser Institute, un organisme patronal de recherche branché. Chanceux que nous sommes. Tous du ben bon monde qui ont toujours le même point de vue que le patronat. Les grands esprits se rencontrent toujours ou presque, n’est-ce pas? S’ils pensent toujours comme le patronat, pourquoi donc la journaliste Vicky Fragasso-Marquis de La Presse Canadienne n’a-t-elle pas questionné directement les dirigeants des Chambres de commerce afin d’éliminer les intermédiaires afin de faire plus simple, que vous me demandez? Et bien faire appel à des universitaires choisis comme il le faut, ça donne un semblant de vernis scientifique à ça dégage un simulacre d’indépendance.

Salaire minimum à 15$: les «experts» semblent réticents

La journaliste interviewa seulement deux, dos, two, etc. pseudo-experts, dont elle devait connaitre a priori leurs opinions, et l’article s’intitule : «Les experts». Pas quelques experts, mais LES experts. Cé fort! Sur quelles bases ont été choisis ces deux «experts» qui font vraiment la paire? Pourquoi ne pas en avoir choisi au moins un qui pense différemment? Les deux experts ont à plusieurs occasions pondu les mêmes opinions sur le salaire minimum dans le passé. Où est donc la nouvelle? Pour moi, c’est du réchauffé. Pourquoi pas interviewer mon ex-collègue de l’UQAM, Louis Gill, pourtant docteur en économie à la prestigieuse université américaine Stanford en Californie? Je le sais bien, pour plusieurs, il a une mauvaise attitude puisqu’il est pro-travailleur et non pro-patronal. Ce n’est pas le profil, le prototype d’universitaire qui intéresse des journalistes.

L’IRIS à gauche et le Fraser Institute n’est pas à droite!

Vraiment rigolo le reportage de la journaliste qui cite l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) en lui accordant qu’un bref paragraphe, tous les autres étant consacrés à nos deux experts en tout. Ben oui, ils sont experts en tout ou presque : privatiser Hydro et la SAQ qu’ils ont recommandé et aussi abolir l’impôt sur le revenu et le remplacer par des taxes à la consommation et des tarifs de services publics; taxer même les aliments; augmenter les frais de scolarité; persévérer courageusement dans les mesures d’austérité, etc. Toutes des mesures vraiment progressistes au bénéfice du monde ordinaire et qui réduiront radicalement les odieuses inégalités économiques, je suppose? Ça fait plus de vingt ans qu’ils répètent la même cassette.

Alors, la journaliste aguerrie de la Presse Canadienne mentionne que l’IRIS est un «groupe de réflexion plus à gauche de l’échiquier politique» tandis que, pour elle, le Fraser Institute est seulement un «groupe de réflexion beaucoup plus conservateur». Le Fraser Institute n’est pas à droite, mais seulement conservateur. Vous pigez? Pierre Fortin et Luc Godbout ne sont pas à droite, ils sont clairvoyants et pragmatiques. Ils ne sont ni à gauche, ni à droite, ils sont scientifiques, même quand ils disent que le salaire minimum à 15$ l’heure va favoriser le décrochage scolaire massif. On va alors vider les universités et les cégeps. Même sans aucune donnée empirique pour valider leurs fantasmes, c’est toujours scientifiques leurs patentes et pas du tout alarmistes, ni moralistes.

Les bombes atomiques

Au mois d’octobre 2016, l’universitaire Pierre Fortin l’a dit : «Le salaire minimum à 15$ une bombe atomique». Quant au Conseil du patronat, il a affirmé que cela «nuirait plus qu’il n’aiderait» (Le Journal de Montréal, 11 novembre 2016). En 2014, monsieur Fortin, dans un autre de ses sketchs de la série que je classifie «à souère, on fait peur au monde», avait aussi signalé que : «La dette publique : une bombe atomique» (Le Journal de Montréal, 11 février 2004). Au Québec, on a plus de bombes atomiques qu’en Corée du Nord! Quoi faire pour s’en débarrasser avant que le Québec saute au complet et disparaisse de la «map»? J’ai vraiment la trouille. En terminant, je m’en voudrais de ne pas remercier la journaliste Vicky Fragasso-Marquis de la Presse Canadienne pour son excellent article très critique qui a apporté un éclairage tout à fait nouveau et instructif sur le salaire minimum. En passant, toujours concernant notre dette publique, Pierre Fortin a dit que le Québec était à feu et à sang. Ayoye! Naturellement, les deux scientifiques Pierre et Luc ne trouvent absolument aucun avantage à hausser le salaire minimum à 15$ l’heure. Rien que des inconvénients.

À republier, le monde en redemande

L’article de la journaliste de la Presse Canadienne publié dans La Presse du 30 avril 2017 est tellement brillant que je lui recommande, sans aucune arrière-pensée négative, de le conserver précieusement afin de le publier à nouveau dans quelques mois avec quelques minimes retouches cosmétiques. Peut-être sous le titre : «Les experts-spécialistes contre-attaquent». Comme les gens ont tendance à oublier vite, il est crucial de relancer souvent le message afin, qu’à la longue, ça leur rentre dans la tête.