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Dentiste gratuit pour les itinérants de Gatineau

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Photo Samuel Blais-Gauthier Hamed Ibrahim, un bénéficiaire de la Soupe populaire de Hull, entend bien profiter du service de soins dentaires gratuits.

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GATINEAU | Plusieurs itinérants de l’Outaouais s’arrachent les dents eux-mêmes lorsqu’ils ont trop mal. Face à ce fléau, un organisme communautaire leur offrira les services d’un dentiste gratuitement.

Hamed Ibrahim vient tous les midis prendre son repas à la Soupe populaire de Hull. Il sait ce qu’est souffrir de maux de dents, lui qui n’a pas vu de dentiste depuis plusieurs années.

L’été dernier, la douleur était terrible. Il dit avoir cogné à plusieurs portes de dentistes en Outaouais, mais la plupart d’entre eux n’acceptaient pas de nouveaux clients sans assurances privées. Il a finalement utilisé une méthode artisanale pour soigner son abcès: de l’eau et du sel.

M. Ibrahim est bien heureux que la Soupe populaire ait pensé à engager un dentiste pour soigner les itinérants.

«Moi, je n’aime pas les dentistes. Je n’y vais pas. En Afrique, d’où je viens, quand on a mal à une dent, on l’arrache. D’avoir un service de dentiste sur place à la Soupe va inciter les gens, qui autrement n’auraient pas consulté, à se faire soigner, comme moi», partage-t-il.

Problème répandu

«La quasi-totalité des gens qui viennent ici ont des problèmes dentaires. Il y a même des sans-abri et des gens dans le besoin qui s’arrachent des dents entre eux avec des pinces achetées au Canadian Tire», rapporte Paul Surprenant, le président du conseil d’administration de la Soupe populaire de Hull.

Sirotant un café, un bénéficiaire de la Soupe populaire, qui a requis l’anonymat, confie s’être arraché à plusieurs reprises des dents lui-même pour abréger la souffrance.

«Je n’ai pas besoin de mes dents. Tu tires d’un coup. Ça fait mal sur le coup, mais après, c’est correct. Après, ça ne fait plus mal», partage l’homme.

Certains n’ont pas le même courage, comme Patrick Lamoureux, qui raconte avoir déjà sacrifié le tiers de son budget du mois pour se faire extraire une dent dans une clinique privée, car la douleur était devenue insoutenable.

«Ça fait mal au portefeuille, croyez-moi. Mais ça faisait mal», confie-t-il.

Grâce à un octroi du gouvernement du Québec, la Soupe populaire ouvrira d’ici quelques mois son bureau de dentiste communautaire dans ses locaux pour offrir des soins de base gratuitement une journée ou deux par semaine.

«Il y a des personnes qui n’ont pas vu un dentiste depuis 25 ans. Un des défis va être d’aller vers les gens et de les accompagner pour qu’ils se procurent des soins. Ces gens-là ne veulent pas y aller d’eux-mêmes», ajoute M. Surprenant.