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Les dérapages de l’ambition

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Après avoir séduit des milliers de lecteurs depuis la sortie, en 2013, de son premier roman, Les gens heureux lisent et boivent du café, la Française Agnès Martin-Lugand propose l’histoire d’un couple dans la quarantaine confronté aux ambitions qui dévorent tout dans un nouveau roman qui fait un tonnerre en France: J’ai toujours cette musique dans la tête.

Ses nouveaux personnages, Yanis et Véra, ont tout pour être heureux: ils sont toujours amoureux, parents de trois enfants, et vivent dans un appartement que Yanis, débrouillard, a lui-même rénové avec talent.

Le petit grain de sable se prend dans l’engrenage lorsqu’arrive Tristan, un client providentiel qui semble apprécier les compétences de Yanis plus que celles de son associé architecte, Luc, le frère de Véra.

Yanis se fâche lorsque Luc refuse d’entreprendre un chantier. Il se lance à son compte, mais l’aventure prend une tournure vraiment désagréable. Son couple et sa famille pourront-ils résister à la pression d’une spirale descendante qui semble vouloir tout aspirer sur son passage?

Roman très prenant

Romancière inspirée qui dépeint magnifiquement la vie quotidienne d’un couple et d’une petite famille, Agnès Martin-Lugand a exploré avec brio les dérapages de l’ambition dans ce roman très prenant, très ancré dans le quotidien.

«Depuis qu’il est sorti, c’est complètement fou!», dit-elle en entrevue. «Tous mes lecteurs me disent qu’ils se sont attachés à Yanis et Véra d’une façon exceptionnelle. Ils ont accroché avec ce couple et leurs trois enfants. Tous ceux qui ont des petites familles se sont identifiés dans les petites choses du quotidien que je peux raconter de la vie de famille de Yanis et Véra.»

Deux points de vue

Dans ce cinquième roman, Agnès fait parler un personnage masculin au «je» pour la première fois. «Dans l’écriture, ça a été un vrai défi. J’avais toujours raconté mes histoires d’un point de vue de femme. Et en construisant le roman, Yanis frappait très fort à la porte. Il avait envie de parler. Du coup, je me suis dit: J’ai pas le choix, il faut que j’y aille.»

«Yanis s’est mis à m’habiter autant que Véra. Et je savais que si je faisais abstraction du regard de Yanis sur sa propre histoire, il allait manquer un pan d’éléments indispensables. Je me suis lancée, ça a généré beaucoup d’excitation, beaucoup d’angoisse, et des interrogations. Et puis, comme d’habitude, le plaisir de l’écriture reprenait le pas sur ces angoisses et je m’éclatais, très clairement, à être dans la tête de Yanis!»

La vie de couple

Elle s’est passionnée pour l’exploration des forces et des faiblesses de la vie d’un couple. «J’ai eu rapidement envie de ne pas traiter de la rencontre amoureuse, contrairement à ce que j’avais fait dans mes quatre premiers romans, mais traiter du couple qui existe, qui est solide. Tout va bien pour Yanis et Véra: ils s’aiment plus fort que tout. J’avais envie de traiter du couple: comment il peut aller très bien, et comment il peut aller très mal, jusqu’au point de rupture. J’avais vraiment envie de sortir de toute la dimension séduction et approche amoureuse.»

Elle avait aussi envie de créer une cellule familiale très forte. «Du moment qu’ils sont ensemble, ils peuvent affronter le monde entier. Genre «même pas peur»! Et ils sont dans cette illusion que rien ne peut les atteindre et leur sacro-sainte communication les sauvera toujours. J’avais envie de mettre à mal ça, pour qu’ils se retrouvent après.»

  • Agnès Martin-Lugand habite Saint-Malo, en France.
  • Elle a vendu plus d’un million de livres en seulement quatre romans et fait maintenant partie des auteurs français les plus en vue.

EXTRAIT

«Le lundi matin, même si Yanis emmena les enfants à l’école comme d’habitude, ce fut un début de journée spécial. Je sursautai quand il revint à l’appartement après les avoir déposés. Il nous servit un nouveau café et s’installa avec son ordinateur portable.

- Tu commences tes recherches?

- Oui, je n’ai aucune raison d’attendre. Luc n’est pas du genre à venir me supplier de rester, et quand bien même, ma décision est prise, le cabinet, c’est fini pour moi.

- Bon... bah...

J’étais complètement gauche, je ne savais plus ce que je faisais habituellement ni où me mettre. Je restai plantée debout sans bouger, en regardant mes pieds. Il sauta de son tabouret et s’approcha de moi.

- Ne change pas tes habitudes... fais comme si je n’étais pas là. Et ne t’inquiète pas, je vais passer une très bonne journée.»

— Agnès Martin-Lugand, J’ai toujours cette musique dans la tête