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Office national de l’énergie: aucun conflit d’intérêt, vous dites?

Energie Est pipeline
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L’ONE paqueté par des représentants du privé

Comme toujours, les comités et commissions gouvernementaux, supposément indépendants, tant au fédéral qu’au provincial, qui ont un rôle majeur à jouer dans l’énoncé de politiques économiques, fiscales, sociales et environnementales, sont tout le temps composés majoritairement de gens, des experts qu’ils nous disent, issus du privé. Des gens qui ont tous les talents quoi (d’où l’expression Ti-Joe Connaissant).

L’Office national de l’énergie (ONE) a, entre autres, comme mandat de donner son accord sur le transport du pétrole très polluant des sables bitumineux de l’Alberta par voie de pipelines, dont le projet Énergie Est de la multinationale TransCanada qui doit traverser au Québec 860 cours d’eau, par exemple le fleuve Saint-Laurent, pour un gros 33 emplois permanents après sa construction. Philippe Couillard trouve ça bon au nom de la solidarité canadienne. Le Klondike quoi! Création de richesse, vous dites? Le Québec doit aider l’Alberta en ces temps difficiles pour la province de l’ouest qu’ont répété les libéraux provinciaux.

Ah ben chose, l’ ONE n’est supposément pas biaisé pantoute même si : «Six des huit membres de l’ ONE proviennent des industries gazière et pétrolière» (L’Aut’journal, septembre 2016). Probablement que les deux autres sont des faire-valoir, peut-être même des universitaires? Vraiment grotesque comme niveau d’indépendance et de représentativité comme le sont d’ailleurs tous les autres comités et commissions gouvernementaux. On se moque du monde, comme dans «Harper place un ex-lobbyiste des pipelines à l’ONE» (Le Devoir, 11 août 2015). Tiens toé! Un autre qui va défendre l’intérêt public bien avant l’intérêt privé des affairistes.

Le mépris affiché par Hélène Lauzon

Alors, pour simuler un semblant de correctif démocratique, Justin Trudeau a mis en place, au mois de novembre 2016, un comité de cinq personnes afin de «moderniser» l’ONE. Pas le rendre plus neutre, mais plutôt le moderniser. La farce continue. Moderniser l’ONE comme Charest et Couillard ont modernisé le Québec en ratatinant nos instruments collectifs et nos services publics au profit du privé subventionné à l’os par des fonds publics. L’ex-ministre libéral Raymond Bachand, recyclé en lobbyiste, appelait ça la «révolution culturelle». Allô révolutionnaire! C’est du n’importe quoi!

Ledit comité de «modernisation» de l’ONE implanté par Justin est toutefois composé de trois membres sur cinq qui sont liés directement à des compagnies de l’industrie des pipelines, dont Hélène Lauzon qui, sans rire, a clamé haut et fort que malgré l’évidence, il n’y a «Aucun conflit d’intérêts, soutient la coprésidente du comité fédéral» (Le Devoir, 29 mars 2017). Elle a dit : «Le comité est bien conscient du devoir de rigueur qui lui incombe». Et l’article ajoute que «Mme Lauzon ne voit toutefois pas de problème à ce qu’elle et ses collègues aient été ou soient encore aujourd’hui liés à une industrie dont plusieurs projets dépendent directement de la réglementation appliquée par l’Office national de l’énergie (ONE)».

Ben oui, ça tombe sous le sens que même s’ils proviennent d’entreprises privées liées au secteur des pipelines ils sont capables d’être totalement indépendants de leurs employeurs et de leurs liens directs avec les firmes de pipelines comme TransCanada et Enbridge. Prononcer de telles sornettes est non seulement insultant, mais relève carrément du mépris. En nommant ces individus à ce comité, Justin Trudeau est partie prenante à ce vaudeville grotesque. Il me semble que Justin Trudeau est hypocritement aussi pire que Stephen Harper, au moins en matière environnementale.

Démanteler l’ONE pour du pareil au même

Le 15 mai dernier, le comité «d’experts» provenant majoritairement de l’industrie pétrolière et gazière créée pour «réingénierer» a rendu son rapport. Il suggère, oh surprise, de démanteler l’ONE pour le remplacer par du pareil au même : «Le sabordage de l’ONE recommandé» (Le Devoir, 16 mai 2017). On change le nom de l’ONE, on nomme de nouveaux «experts» provenant toujours principalement du privé, on fait un simulacre d’écoute et de transparence et hop, le tour est joué. Ah oui, on tient aussi quelques assemblées de cuisine pour mieux embobiner le monde.

Toujours pareil, rien de changé. C’est pas moi qui le dis, c’est le ministre libéral fédéral des Ressources naturelles, Jim Carr, qui l’a mentionné : «Selon monsieur Carr, le comité "d’experts" ne recommande pas de démanteler l’Office national de l’énergie». Toujours et tout le temps, rien que de la frime et du tape-à-l’oeil. Démanteler ou pas, Jim Carr l’a confirmé : «L’examen des projets en cours, dont celui du pipeline Energie Est au Québec de TransCanada se poursuivra». On trouve un autre nom à l’ONE, accompagné d’audacieuses séances de démagogie et d’endoctrinement menées par d’autres «experts» et la plèbe ne s’apercevra de rien. Elle ne verra que du feu dans cet écran de fumée se disent les politiciens et leurs «experts. N’oublions pas que le pipeline Energie Est, qui traversera le Québec et ses terres agricoles, ses forêts et ses cours d’eau, sera le plus important en Amérique du Nord. Ah oui j'oubliais, pour vous embarquer dans leur fourberie, les «experts» du comité de modernisation de l’ONE ont lâché les mots les plus cyniques de l’intérêt national et d’acceptabilité sociale qu’il faudra, à l’avenir, tenir compte, qu’ils ont ajouté. Et dire que Philippe Couillard a largué cette perle même s'il est pour Énergie Est : «Le Québec veut rayonner en matière de climat et de droits de la personne» (Le Devoir, 12 avril 2017). C’est sournois ou je me trompe?

En 2015, on rencontre «privément» Jean «éthique» Charest

Depuis qu’il a quitté officieusement le Parti libéral du Québec, mais pas la politique, Jean Charest est dans un paquet d’affaires publiques après avoir été recruté grassement par le privé, comme le furent Clément Gignac, Sam Hamad, Lucien Bouchard et beaucoup d’autres.

Sapristi, voilà qu’en 2015, Jean Charest, devenu consultant pour TransCanada, a eu droit à une rencontre privée avec deux commissaires chargés de l’étude du projet d’Énergie Est au Québec (Lyne Mercier et Jacques Gauthier) et du président de l’ONE, Peter Watson. Ils ont prétendu qu’ils n’avaient jamais abordé le projet d’Énergie Est de TransCanada lors de leur rencontre intime... Tout simplement malsain toute cette mise en scène orchestrée par nos politiciens et le patronat pour nous imposer ce pipeline qui transportera au Québec du pétrole sale. Une telle relation incestueuse prévaut dans presque tout, pour ne pas dire dans tout.

Le grain de sel du Sénat : y manquait que ça

Bien évidemment, d’inutiles sénateurs canadiens n’ont pu s’empêcher de faire de la petite morale au monde, eux qui sont favorables aux pipelines : «Pipelines. Le Sénat juge que les citoyens sont trop émotifs» (Le Devoir, 8 décembre 2016). Ah ben, c’est juste par émotivité que la majorité des Québécois sont contre le pipeline Énergie Est. C’est bon à savoir.

Greenpeace a partiellement la solution

«Greenpeace veut suspendre Énergie Est» (Le Journal de Montréal, 11 mai 2017). Non, la solution est d’annuler le projet du pipeline Énergie Est qui doit traverser le Québec au nom de ridicules considérations économiques et environnementales et pour l’élémentaire respect des générations futures à qui on va léguer un merdier environnemental comme planète. Ah oui, faudrait aussi dissoudre le comité de modernisation de l’ONE et virer madame Hélène Lauzon pour s’être délibérément foutue de la population.