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Du changement par la bande

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Femmes, hommes, jeunes, vieux, personnes trans : les bédéistes québécois se diversifient, et une nouvelle génération troque le porte-voix pour le marqueur. Le Festival de la BD met cette année de l’avant des dessinateurs engagés et drôles, qui tentent de changer le monde un phylactère à la fois.

Nous sommes à quelques jours du lancement du Festival de la BD de Montréal, et le bar Le Cheval Blanc est déjà tapissé de personnages en tous genres. Élancé et volubile, le dessinateur Siris y entre avec enthousiasme, lui qui fréquente le lieu depuis trois décennies et dessine depuis autant d’années.

Le vieux de la vieille du phylactère est entouré des jeunes dessinateurs Ariane Denommé et Yann Fily-Paré. Si une génération les sépare, leur volonté de décortiquer la société à coups de crayon s’exprime avec autant de vivacité.

Siris a longtemps couché sur papier la faune poquée qui évoluait sur sa rue Cartier : prostituées, pauvres, personnes trans marginalisées. Le tout, à l’aide de ses personnages La Poule et Baloney. Ariane Denommée s’est quand à elle penchée sur le Plan Nord et la relation paradoxalement financière et résidentielle qui nous lie à nous maisons, alors que Yan Fily-Paré lancera bientôt sa première BD numérique, créée avec sa compagne Méralie Murray-Hall, sur la mixité sociale entre sans-abris et planchistes au parc de la Paix.

Drôle, mais pas jojo

Journaliste de formation, rédacteur de profession, Yann Fily-Paré a trouvé chaussure à son pied avec la BD. «Il y a un élément humoristique dans la BD qui permet de vulgariser des sujets difficiles ou complexes d’une manière plus universelle, croit-il. Je trouve ça génial de voir des gens parler de l’autisme, des personnes trans, des relations du couple et du sexe, parce que la BD désacralise ces thématiques-là.»

Parlez-en à Siris, dont une BD sur le vélo ne comprenant pas de paroles a même été reprise par un magazine tchèque. «Je pense que l’image a un impact intéressant. J’aime observer et critiquer en même temps et je pense que ça peut faire du bien aux gens. La BD permet de se ventiler le cerveau, après, t’as peut-être moins envie de casser des choses. Je n’aurais jamais cru que des lecteurs pleureraient en lisant mes BD sur les familles dysfonctionnelles», note-t-il.

À travers la fiction, le dessin engagé et social donne un miroir à certaines personnes aux prises avec des réalités plus marginales, mais permet également aux bédéistes eux-mêmes de purger leur indignation face à la société. «Ma colère est paralysante, et créer des fictions me permet de penser à certains enjeux de manière plus intelligente. En plus, je trouve que le dessin permet de toucher le réel d’une façon moins intrusive que la photographie», souligne Ariane Denommé.

L’Internet : plateforme d’indignation

Alors que Siris devait distribuer des planches sous formes de tracts à travers des microcosmes d’initiés il y a 25 ans, de nouvelles maisons d’édition sont venues chambouler le monde de la BD québécoise au cours des dernières années. Au-delà de La Pastèque, ce sont toutefois les réseaux sociaux qui changent la donne pour les jeunes bédéistes.

«Ça favorise des structures un peu plus champ gauche. Les dessinateurs peuvent trouver un lectorat plus pointu que celui qu’ils auraient pu rejoindre il y a 30 ans. Ça fait des BDs moins consensuelles, encore plus virulentes parfois», remarque Ariane Denommé.

«Pour moi ça a été super simple : j’ai fait les dessins, je les ai mis en ligne. Je n’ai pas eu besoin de les faire approuver!», renchérit Yann Fily-Paré, sous le regard attentif de Siris.

«Il y a de plus en plus d’auteures féminines, qui abordent des sujets dont nous les gars on aurait jamais osé parler. Moi, je les trouve bons ces trentenaires-là : ils sont engagés, crus, mais construisent des super histoires. J’ai vraiment hâte de vous lire!», lance Siris, pour le plus grand plaisir de ses jeunes interlocuteurs.

  • Le Festival de la BD aura lieu du 26 au 28 mai au parc La Fontaine.

 

5 activités à faire au Festival de la BD

 

Montréal en bulles

Cette table ronde vous permettra d’en apprendre plus sur Montréal à travers sa représentation dans la bande-dessinée. Animée par Catherine Emmanuel Brunet, ce panel fort instructif comptera sur la présence de Jimmy Beaulieu, Cab, Jean-Paul Eid et Michel Viau.

  • Le 26 mai à 17h, au parc La Fontaine

 

Conversation avec Michel Rabagliati

Certainement un des bédéistes les plus connus et appréciés au Québec, Michel Rabagliati est derrière le personnage de Paul, héros des BD Paul à Québec ou encore Paul a un travail d’été. Venez en apprendre plus sur le travail teinté de nostalgie de ce dessinateur hors pair avec cette conversation animée par Mathieu Forget.

  • Le 27 mai à 13h au parc La Fontaine

 

Défi au public

Le bédéiste Stéphan Arche vous propose d’apprendre comment réaliser un personnage BD avec les mêmes formes et traits qu’un bonhomme allumette. Une belle façon de vous faire la main!

  • Le 27 mai à 14h au parc La Fontaine

 

Quiz Manga

Venez tester vos connaissances sur l’univers des mangas classiques comme Naruto,et frottez-vous à d’autres fans pour déterminer qui connaît le mieux ces œuvres iconiques, sous la supervision de Melissande Poupart-Soucy.

  • Le 28 mai à 16h, au parc La Fontaine

 

Dessin manga

La dessinatrice Stéphanie Phillibert vous enseignera comment dessiner un chibi, ce personnage aux grands yeux typique de la manga, accompagnée par l’équipe d’Ikko. Un incontournable pour les amateurs de BD japonaise!

  • Le 28 mai à 10h au parc La Fontaine