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Le Canadien quitte le Forum (1996)

En 1966, le Forum de Montréal ne ressemblait guère aux amphithéâtres gigantesques qui sont devenus la norme. Voilà le bâtiment qui a connu la gloire du Cana­dien de Montréal.
Photos courtoisie des Archives municipales de Montréal En 1966, le Forum de Montréal ne ressemblait guère aux amphithéâtres gigantesques qui sont devenus la norme. Voilà le bâtiment qui a connu la gloire du Cana­dien de Montréal.

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L’Église a perdu son emprise. Il reste le hockey, mais pour combien de temps encore? La décadence du Canadien de Montréal, sa désa­cralisation, son anglicisation, bref la mort de cette institution bien-aimée a commencé le 11 mars 1996, le jour où le Canadien a dit adieu au Forum de Montréal.

Ce temple du sport, ce haut lieu symbolique de la nation, est bientôt devenu un vulgaire lieu de distraction qui s’est affublé du ridicule sobriquet de «Forum Pepsi». Mais, ne l’oublions pas, des lieux aussi glorieux que le Comis­key Park de Chicago ont fini sous le pic des démolisseurs parce qu’ils étaient devenus vétustes. Ce qui n’a pas empêché les White Sox de demeurer une grande équipe.

Au lendemain du référendum de 1995, que le Canada a dû truquer pour gagner, dilapider l’identité québécoise est devenu une obsession, et toutes les occasions étaient bonnes pour ostra­ciser le désir de vivre en français. Une guerre des drapeaux a été engagée par Ottawa, qui a multiplié les unifoliés.

En 1973, il y a un nouveau Forum... qui nous semble bien laid aujourd’hui. Vers la fin des années 1990, en agrandissant le bâtiment en accaparant une rue adjacente, le Forum aurait pu se métamorphoser encore une fois sans pour autant déménager.
Photo courtoisie des Archives municipales de Montréal
En 1973, il y a un nouveau Forum... qui nous semble bien laid aujourd’hui. Vers la fin des années 1990, en agrandissant le bâtiment en accaparant une rue adjacente, le Forum aurait pu se métamorphoser encore une fois sans pour autant déménager.

Les Nordiques de Québec avaient déménagé au Colorado l’année précédente et le Canadien avait de nouveau le monopole du hockey... Il va en profiter pour se dénationaliser. Graduellement. Chaque fois que l’équipe se vide de ses Québécois, des ti-counes s’emparent du micro pour dire: «L’important, c’est qu’ils gagnent! Moi, s’ils gagnent, ça me dérange pas, la langue qu’ils parlent.» Pourquoi nos Glorieux demeureraient-ils glorieux pour un public de provinciaux attardés sans fierté? Pourquoi respecteraient-ils des Québécois qui ne se respectent pas eux-mêmes?

Bientôt, en la personne de Saku Koivu, le Cana­dien s’est donné un capitai­ne qui ne parlait pas un mot de français, qui se foutait éperdument du Québec et pour qui nous étions une vache à traire contente de se laisser faire.

Un dernier au revoir

En 1996, au moment du déménagement du Canadien, une procession symbolique a été orga­nisée pour permettre aux fantômes du Forum de rejoindre le «Centre Molson»... Sans succès. L’ovation rendant hommage à Maurice Richard — qui a duré 16 minutes! — à l’occasion du dernier match dans l’ancien Forum s’est avérée un au revoir non seulement au Rocket, mais aux vrais Canadiens de Montréal.

Depuis qu’il était directeur général du Canadien, Bob Gainey battait tous les records de francophobie. Il est allé jusqu’à dire qu’il préférait les joueurs anglophones parce que, étant incapables de parler aux médias francophones, ils se faisaient moins décon­centrer.

Alors que la perspective d’un retour des Nordi­ques revient dans l’actualité, le Canadien a soudainement des volontés de «québécisation». Mais ce n’est que du vent! Son rôle est de liquider la nation. En février 2016, pour la toute première fois de son histoire, le Canadien a présenté un alignement intégralement composé de non francophones. C’est le rêve de Lord Durham qui se concrétise dans la LNH.

Le déménagement des Canadiens au centre-ville, une idée chère à Ronald Corey, le dernier grand DG du Canadien (après lui, ce fut le délu­ge...), a stimulé la construction d’une sorte de petit Manhattan au cœur de Montréal.