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Laissons la Caisse tranquille

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La Caisse de dépôt a haussé ses investissements dans le pétrole, le gaz et le charbon à plus de 16 milliards $ en 2016. Un organisme nommé «Recycle ta Caisse» trouve cela déplorable et invite la Caisse à vendre ses actions et ses obligations dans les hydrocarbures.

Ce serait dommage, car depuis le creux de 2015, certaines de ces entreprises ont généré un rendement fort intéressant (TransCanada 54 %, Enbridge 27 %, Pembina pipeline 54 %). Ce n’était certainement pas le temps de vendre, et ce ne l’est pas plus aujourd’hui.

La Caisse doit faire fructifier notre épargne pour nos vieux jours. Ses déposants comptent des fonds de pension comme celui des travailleurs de la construction, des fonctionnaires et de plusieurs milliers d’employés municipaux, entre autres. Si la Caisse obtient moins de rendements, il faudra payer plus de cotisations à la RRQ sur nos chèques de paye, ou se contenter de moins à la retraite.

Ce serait donc une bonne idée d’arrêter de lui mettre des bâtons dans les roues.

Laisser les mains libres

On paye des salaires très généreux aux gestionnaires de la Caisse afin d’attirer les meilleurs. Il faudrait peut-être leur laisser les mains libres si on veut en avoir pour notre argent, non? À quoi ça sert de payer des millions chaque année pour attirer les meilleurs gestionnaires si on est pour laisser tel ou tel groupe influencer la politique d’investissement?

D’ailleurs, il faudrait demander aux milliers de déposants s’ils sont prêts à risquer d’obtenir moins de rendement, donc une retraite peut-être moins généreuse, en échange d’une conscience environnementale apaisée. Je serais curieux de savoir combien signeraient au bas de la feuille.

Gardons aussi en tête que la Caisse doit investir beaucoup au Canada, le marché qu’elle connaît le mieux et qui est une partie importante du portefeuille de ses déposants. Et qui dit grandes entreprises du marché canadien, ou indice TSX, dit énergies et banques. On ne s’en sort pas.

Et de toute façon, si la Caisse vend ses actions d’entreprises polluantes à d’autres actionnaires, ça va changer quoi pour l’environnement? La lutte pour l’environnemental est certes une noble cause, mais ce n’est pas le rôle de la Caisse de dépôt d’aller au front.

Deux missions

N’oublions pas une chose: la Caisse a officiellement deux missions. Celle de faire fructifier les fonds de ses clients, mais aussi de contribuer au développement économique du Québec. L’une empiète nécessairement sur l’autre, et la Caisse subit régulièrement une pression pour intervenir dans certains dossiers ou pour investir plus au Québec, au détriment d’autres opportunités de placement, souvent pour des motifs nationalistes ou politiques.

La Caisse — et son rendement — n’est donc pas à l’abri du politique. Il ne faudrait pas qu’en plus, elle doive se plier à la rectitude politique.