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Chronique nuancée sur Québec solidaire

DM debat solidaire-01
Photo d'archives

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Difficile d’être nuancé à propos de Québec solidaire. Pourtant, il faudrait, dans le débat politique, savoir appliquer la prescription de ­Verlaine : «Car nous voulons la Nuance encore / Pas la Couleur, rien que la nuance !»

On me répondra que la politique est un combat; que dans un combat, il faut choisir son camp. Le défendre. C’est en grande partie vrai.

Mais en journalisme et en chronique, permettez d’être un peu poète, au sens de Verlaine! On peut tenter de réfléchir à une personnalité politique, un parti, en gardant la tête froide.

Soldats

Remarquez, ce n’est pas toujours facile avec les lecteurs-militants de QS. Toute nuance aux apparences critiques sera interprétée par eux comme une attaque. Le militant réclame la plupart du temps des articles au ton «fellatoire» (si vous me permettez un néologisme).

Le phénomène est observable dans tous les partis, bien sûr. Les mots ­militants et militaires ont la même ­racine. Il y a chez le militant quelque chose de «soldatesque» (si vous me permettez un mot du jour). Sur Twitter, il se mue souvent en «troll»!

Plus le parti est jeune et bénéficiant habituellement de peu de couverture médiatique, plus les soldats risquent d’être agressifs.

Il fallait lire militants et sympathisants de QS hier se déchaîner contre le journal Le Devoir, qui a publié ­récemment quelques textes très critiques de la décision du congrès de QS de refuser la convergence électorale offerte par le PQ. Théories du complot délirantes, appels au désabonnement, etc. «Un déséquilibre semble être apparu dans Le Devoir», dénonçait le professeur de philosophie de l’Université de Montréal Michel Seymour sur Facebook, déclenchant, au bas de son message, une surenchère de propos violents contre la prétendue ­«trahison» du journal de la rue Berri.

À l’Assemblée nationale, on souriait devant cette difficulté «QSienne» à l’égard de la critique. «Si je devais rejeter tous les journaux pas "fins" avec nous, je ne lirais plus rien!», dit-on en substance dans les trois autres partis.

«Nader» québécois

Lors de la fondation de QS, Françoise David trouvait exaspérantes les comparaisons entre son parti et Ralph Nader, ce chef du Parti vert qui, en se présentant aux élections présidentielles américaines de 2000, avait ­objectivement favorisé l’élection de George W. Bush.

Plus de 10 ans après la fondation de QS, ne peut-on pas admettre que sa présence a vraiment nui aux chances d’avoir une alternance politique? En même temps, ne doit-on pas admettre que la présence de QS a été, dans un bon nombre de dossiers — lutte à la collusion et la corruption, critique de l’aide à l’industrie minière, etc. — grandement profitable à nos débats politiques?

Ce serait être nuancé. Est-ce encore possible dans nos débats?