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Il vit sans argent depuis 2 ans

L’homme qui a grandi dans le luxe dort chez les gens et n’utilise plus de savon

Lors d’un récent passage à Saint-Hyacinthe, Gabriel Luneau a pris le temps de serrer contre lui cette jeune volaille.
Photo magalie lapointe Lors d’un récent passage à Saint-Hyacinthe, Gabriel Luneau a pris le temps de serrer contre lui cette jeune volaille.

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Un homme de 22 ans qui a vécu sa jeunesse et son adolescence dans le luxe a décidé de vivre presque sans argent afin d’être plus heureux.

Gabriel Luneau n’était pas heureux dans sa vie de cégépien, appelé à toujours consommer plus. Au bord de la dépression en février 2015 en raison du gaspillage qu’il constatait chaque jour, il a décidé de changer de vie et d’abandonner ses études en production télévisuelle au Cégep de Jonquière.

Depuis, l’homme originaire de Val-d’Or se promène au Québec avec son sac à dos, une tente, sa caméra, son portable, un cahier, des crayons, des vêtements et une bouteille d’eau, des articles qu’il possédait avant de cesser d’utiliser l’argent.

Il dort chez les gens qui acceptent de lui prêter un sofa et il fait du covoiturage pour se déplacer. En échange, il rend service à ses hôtes et publie des vidéos sur YouTube pour sensibiliser les gens au gaspillage.

Il assure n’avoir jamais manqué de rien.

Il dit simplement utiliser le gaspillage généré par la société de consommation. Au lieu de s’acheter une voiture, il fait de l’auto-stop et prend le siège libre. Pour se loger, il occupe un divan libre ou une chambre d’amis plutôt que de louer son propre appartement.

En fait, Gabriel Luneau dit avoir dépensé moins de 500 $ par année depuis deux ans, essentiellement à l’épicerie, en graines à germer, pour fabriquer sa propre nourriture, et en transport en commun lorsqu’il est à Montréal.

Pas de papier de toilette

Pour survivre, l’homme a dû apprendre à consommer uniquement l’essentiel en diminuant ses portions aux repas. L’été, il se nourrit grâce au jardinage, alors que l’hiver, il fouille dans les poubelles des épiceries.

«Je n’utilise jamais de papier de toilette, je prends de l’eau. Du papier de toilette, ça étale alors que de l’eau, ça lave. Je n’ai pas de papier mouchoir non plus, j’ai mon coton», a lancé le youtubeur qui est suivi par 14 000 personnes.

Gabriel Luneau n’achète jamais de shampoing, ni de savon, ni d’antisudorifique. L’hiver, il prend sa douche environ une fois par semaine et n’utilise que de l’eau. L’été, il se baigne dans les lacs. «Les gens me disent que je sens bon, je ne pue pas. Et si quelqu’un dégage des odeurs d’aisselles, le citron fait un super travail pour enlever les odeurs.»

Enfance dans le luxe

Le jeune Abitibien a pourtant eu une jeunesse très aisée. Mais le film Into the Wild a changé sa façon de penser. «J’ai grandi dans le luxe, j’avais beaucoup, j’étais égoïste, je voulais tout pour moi. Les choses que j’accumulais, je les gardais pour moi seul, j’étais avare.»

Il affirme que sa nouvelle vie déborde de partages, d’amour, de fraternité et de reconnaissance. «Je ne suis peut-être pas riche financièrement, mais je suis riche d’aventures, de souvenirs, de bonheur, de connaissances, de compétences et de temps.»

Il rend service pour rembourser ses hôtes

Pour ne pas vivre aux crochets des autres et pour se rendre utile, Gabriel Luneau rend service aux gens trop occupés par leur travail en faisant ce qu’ils n’ont pas le temps de faire, comme visiter leurs grands-parents.

«Je jardine, je fais du ménage, la vaisselle, des tâches ménagères, des travaux d’entretien, je m’occupe des gens. Bref, j’aide où les gens en ont besoin, c’est du donnant donnant», explique-t-il.

Par exemple, il a occupé cet hiver la chambre d’une amie qui était au Maroc. En échange, il a pris soin de la mère adoptive de celle-ci, plutôt âgée.

Mieux que l’école

Il dit n’avoir jamais autant appris que depuis qu’il a lâché l’école. Il sait maintenant comment se débrouiller seul en forêt et être autonome.

Il s’implique aussi dans plusieurs causes sociales, surtout celles qui défendent le territoire ou l’environnement. «Maintenant, si je veux me construire une serre, je peux en fabriquer une moi-même à l’aide de morceaux de bois et de toiles que les fermiers jettent», a-t-il ajouté.

L’ancien étudiant estime qu’il serait cependant difficile de vivre sans argent et d’être autosuffisant sans l’aide d’autres personnes.

C’est pourquoi il souhaite pouvoir bientôt construire un écovillage avec une communauté qui partage les mêmes valeurs environnementales que lui.

«J’ai ressenti l’urgence de transmettre mes idées et de donner espoir aux gens. Je ne voulais pas attendre à 40 ans», a-t-il dit.

Lui qui étudiait pour devenir réalisateur a décidé de changer le monde par ses actions, mais aussi par internet avec ses vidéos.

Avenir

Comme beaucoup de gens, Gabriel Luneau a des rêves. Il souhaite avoir des enfants ou travailler avec eux. Il chérit aussi celui de construire un écovillage.

«Je rêve de créer une communauté avec des gens et en même temps de prouver que ça se fait, de vivre sans argent et d’être riche.»