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Une comptable troque son tailleur pour des bottes de fermière

Changement de vie pour Maude Péloquin qui a appris à conduire les tracteurs en plus de réparer certaines machines agricoles défectueuses.
Photo Caroline Lepage Changement de vie pour Maude Péloquin qui a appris à conduire les tracteurs en plus de réparer certaines machines agricoles défectueuses.

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SAINTE-VICTOIRE-DE-SOREL | Une comptable agréée qui avait peur des animaux dans sa jeunesse a quitté son emploi pour travailler à la ferme familiale, fondée il y a huit générations.

Après sept ans comme comptable, Maude Péloquin, 28 ans, a décidé de faire le grand saut il y a un an à la suite d’un incendie survenu à la ferme de Sainte-Victoire-de-Sorel.

Lorsque le feu s’est déclaré, un samedi matin, elle était en train de terminer un dossier de comptabilité urgent. Elle l’a mis de côté pour donner un coup de main à la ferme familiale. De retour chez elle, elle devait achever les états financiers, mais le cœur n’y était plus.

«Assise devant l’écran, j’ai compris que ma place était à la ferme», se souvient-elle.

Recommencer à zéro

La comptable agréée, qui aimait pourtant son travail et l’équipe de son cabinet, a remis sa démission le printemps dernier. Son désir de prêter main-forte à son père et son frère était plus fort, même si cela impliquait qu’elle ne gagne plus que le tiers de son ancien salaire.

«Ma priorité, c’était ma famille», lance celle qui attend son premier enfant.

Passionnée de basketball, Mme Péloquin n’avait jamais travaillé sur la terre durant sa jeunesse, en raison de ses nombreuses compétitions et des entraînements. Elle avait même peur des animaux durant sa jeunesse. Ses parents ne l’ont jamais obligée à travailler à la ferme.

Elle avait donc tout à apprendre, il y a un an, lorsqu’elle a fait la transition.

«Au bureau, j’étais rendue autonome avec mes dossiers. Là, je recommence au bas de l’échelle. J’apprends quelque chose chaque jour», dit-elle.

Une de ses premières tâches a été de nourrir les quelque 290 veaux de l’étable au quotidien. Ensuite, elle a appris à conduire les tracteurs pour aider à la culture des 630 hectares de maïs, de soya et de blé.

«Quand les voisins m’ont vue, ils étaient surpris. Ils ne sont pas habitués de voir une fille en tracteur», blague-t-elle.

La nouvelle agricultrice réussit à réparer certains bris de machinerie agricole et veut maintenant obtenir son permis pour conduire les «10 roues».

Pour la première fois ce printemps, Mme Péloquin a participé à la période très intense des semences. Pendant deux semaines, son frère et elle semaient du maïs et du soya. Son père les aidait aux champs pendant que sa mère préparait les lunchs.

«On mangeait dans le tracteur. On n’avait pas de temps à perdre», illustre-t-elle.

À la fin de l’opération, cette universitaire était épuisée, mais tellement fière.

«Mon père aussi était émotif», exprime celle qui s’estime chanceuse d’assurer la relève avec son frère.

Habituée à la pression, la comptable composera avec celle de sa nouvelle profession.

Comptabilité

«Le stress, en agriculture, est que notre revenu dépend de dame Nature», explique-t-elle.

Or, la nature fait souvent bien les choses. La future maman accouchera de son garçon en septembre, au cœur de la saison des récoltes. Son mari prendra alors son congé de paternité pour la remplacer à la ferme.

«On ne pouvait pas avoir un meilleur timing!» s’exclame-t-elle.

Mme Péloquin continuera de se servir de ses connaissances en comptabilité puisqu’elle sera responsable de la comptabilité à la ferme. Auparavant, sa mère assumait cette tâche avec brio.

La piqûre du jardinage

Après avoir vécu dans un condo, Maude Péloquin habite maintenant dans une maison de campagne où elle cultive un immense jardin.
 
Maude a mis une croix sur le condo où elle habitait, à Saint-Hyacinthe, pour retourner dans la municipalité rurale où elle a grandi, Sainte-Victoire-de-Sorel.
 
Quand elle a emménagé, avec son conjoint, dans une propriété de la ferme située le long des champs agricoles, elle a aménagé un très grand jardin.
 
Elle a eu la piqûre.
 
«J’avais le temps de m’en occuper, l’été dernier, quand c’était plus tranquille à la ferme», explique-t-elle.
 
Sans études ni expérience comme maraîchère, elle demandait conseil aux spécialistes en agriculture qui les aidaient à la ferme.
 
Sa première récolte a été un succès, si bien qu’elle ne savait plus à qui offrir tous ses légumes.
 
M me Péloquin compte maintenant développer la culture de légumes à la ferme et ajouter un kiosque au bord de la rue.
 
«On essaie. On est à la base du projet», expose-t-elle.
 
Propre patron
 
Le jardinage s’intègre parfaitement dans sa nouvelle vie et son nouvel environnement.
 
«C’est le fun, être dehors. Je ne suis pas assise devant mon ordi huit heures par jour», lance-t-elle.