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Couillard humilié par Trudeau

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Contrairement à ce qu’on lit depuis une semaine, Philippe Couillard n’a pas demandé qu’on enclenche de nouvelles discussions constitutionnelles entre le Canada et le Québec.

Dans le document que vient de publier son gouvernement, Québécois, notre façon d’être Canadiens, il s’occupe surtout à vanter l’identité canadienne des Québécois et à chanter la gloire du fédéralisme.

La Constitution? Certes, le Québec ne l’a pas signée. Oui, c’est un peu embêtant. Mais non, rien n’est urgent.

Le gouvernement Couillard ne demande pas d’ouvrir la Constitution demain ni après-demain.

Constitution

Il demande seulement de recommencer une conversation politique, sans objectif précis, qui pourrait mener, peut-être un jour, à une discussion constitutionnelle au terme de laquelle le Québec signerait la Constitution.

Mais il n’y a aucun échéancier. De même, il n’y aura aucune conséquence à dire non à une telle conversation. Philippe Couillard se contentera de dire «tant pis» et ne s’en sentira pas moins fièrement canadien. C’est un fédéraliste inconditionnel.

Hey bien! Même ça, c’était encore trop pour Justin Trudeau.

Après avoir fermé la porte une première fois à la simple possibilité d’un jour de parler de Constitution, il en a rajouté hier en disant que la question constitutionnelle n’était qu’une distraction.

Peut-être son père s’est-il retourné dans sa tombe, lui qui a voué son existence à la réforme constitutionnelle et qui croyait sa Constitution si importante qu’il n’a pas hésité à l’enfoncer dans la gorge des Québécois et à diminuer les pouvoirs de l’Assemblée nationale.

Les Québécois se prenaient pour un des peuples fondateurs du Canada? Pierre Elliot Trudeau leur a imposé une Constitution qui disait le contraire. Ils n’étaient plus qu’une minorité ethnique parmi d’autres.

Depuis 35 ans, ils sont soumis à une Constitution qui nie leur existence nationale. On en paie le prix aujourd’hui. Quand ils veulent défendre leur langue et, plus largement, leur identité, ils doivent le faire dans les limites étouffantes prescrites par la Constitution canadienne.

La Constitution d’un peuple a une influence majeure sur sa vie, faut-il le rappeler?

Revenons à l’actualité. Philippe Couillard sort humilié de cet exercice. Il n’avait rien demandé.

Mais ce rien était encore exagéré.

Trudeau lui dit qu’il s’en fiche et le ramène à l’ordre à la manière d’un gamin qui s’obstine à parler de son cerf-volant quand les grandes personnes sont au travail.

Les provinces anglaises bâillent. Elles n’acceptent même pas de faire semblant de l’écouter. Faire semblant, ce serait encore trop. Mépriser le Québec est une vieille habitude chez elles.

Déchéance

On a beau ne pas entretenir une tendresse particulière pour Philippe Couillard, il ne méritait pas cette humiliation.

Son document méritait d’être lu sérieusement et non pas d’être jeté à la poubelle.

Mais tout cela ne provoque même pas un remous au Québec. Comme si ces débats se tenaient pour les Québécois dans une autre galaxie.

Ils sont domestiqués, fatigués, vaincus. Ils vivent hors de l’histoire. Ils cultivent l’indifférence politique.

Lentement, ils se laissent assimiler, dissoudre, déconstruire. Après la Révolution tranquille, c’est la déchéance tranquille.