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«J’ai dit non à Starmania et Alegria»

Après la fin de son aventure musicale, Sandra Dorion est retournée vivre en Outaouais, d’où elle est originaire. Ici, elle est photographiée dans son domicile avec son chien, Charly.
Photo Marc DesRosiers Après la fin de son aventure musicale, Sandra Dorion est retournée vivre en Outaouais, d’où elle est originaire. Ici, elle est photographiée dans son domicile avec son chien, Charly.

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Elle a chanté l’un des plus gros succès québécois des années 1980, avec Vivre dans la nuit de son groupe Nuance. Pourtant, Sandra Dorion vit aujourd’hui dans le parfait anonymat, en Outaouais. Le Journal a discuté avec l’ancienne chanteuse de 53 ans qui se plaît désormais très bien comme enseignante au primaire.

Sandra Dorion n’est pas du genre à avoir des regrets. Mais lorsqu’on discute avec l’ancienne vedette pop des années 1980, on se surprend à ­constater à quel point elle est passée à côté de certaines occasions en or.

Après la fin de son aventure musicale, Sandra Dorion est retournée vivre en Outaouais, d’où elle est originaire. Ici, elle est photographiée dans son domicile avec son chien, Charly.
Photo d'archives

Des exemples? Au début des ­années 1990, elle a reçu deux offres irrésistibles. La première consistait à remplacer Francesca Gagnon dans le spectacle Alegria, du Cirque du Soleil. La deuxième venait de Luc Plamondon, qui lui avait personnellement demandé de faire Starmania. Dans les deux cas, elle a dit non.

«C’était mon gérant qui avait dit non, précise-t-elle. Il y avait un certain contrôle qui faisait que je ne pouvais pas prendre ces décisions moi-même. J’ai des amis qui n’en reviennent pas que j’aie refusé ces offres-là! Mais je n’avais pas confiance en moi.»

Un album boudé

Aujourd’hui pleinement heureuse dans son nouveau métier d’enseignante en anglais au primaire, Sandra Dorion se surprend parfois à penser à la carrière qu’elle aurait eue si elle avait accepté ces propositions et qu’on l’avait mieux conseillée.

«J’ai quand même accompli quelque chose de grand, dit-elle. Peut-être que j’aurais pu avoir une équipe comme Céline Dion. Je ne le saurai jamais.»

Son plus grand regret aujourd’hui réside plutôt du côté de son dernier album solo, Telle quelle, qui a été un échec à sa sortie, en 2011. «J’avais quelques compagnies de disques qui étaient intéressées à le produire, dit-elle. C’était mon premier album en 20 ans. Mais mon mari et gérant préférait qu’on prenne le risque de le produire nous-mêmes.»

Résultat: l’album a été complètement boudé et Sandra Dorion n’a même pas fait un seul spectacle à la sortie du disque. «Je trouve ça vraiment ­dommage qu’il n’ait pas été entendu, car j’en suis très fière», dit-elle.

« Il n’y aura jamais de ­retrouvailles »

Après cette grande déception, elle a décidé de tourner le dos pour de bon au monde de la musique. Ne lui parlez pas d’un retour possible de Nuance sur scène. «Il n’y aura jamais de retrouvailles, dit-elle. Je suis tournée vers l’avenir.»

Après la fin de son aventure musicale, Sandra Dorion est retournée vivre en Outaouais, d’où elle est originaire. Ici, elle est photographiée dans son domicile avec son chien, Charly.
Photo courtoisie

De retour en Outaouais depuis le milieu des années 1990, Sandra Dorion a ensuite fait des­­­­­­­ études en droit. «Je pensais peut-être devenir juriste», dit-elle.

Puis est arrivée la maternité. Mère de deux filles, aujourd’hui âgées de 16 et 18 ans, Sandra Dorion a préféré passer quelques années à se concentrer sur son rôle de mère. C’est lorsque ses filles ont commencé l’école primaire que l’opportunité d’enseigner s’est présentée.

«J’ai fait un peu de suppléance en musique, dit-elle. Puis je suis allée à l’université pour faire mon bac. Et j’ai commencé à ­travailler comme enseignante en anglais langue ­seconde.»

Aujourd’hui, elle a une tâche pleine dans deux écoles primaires de Gatineau, École de l’Amérique-Française et École internationale du Mont-Bleu. «J’enseigne à 400 élèves», dit-elle.

Les enfants connaissent-ils son passé de ­chanteuse pop? «Au début, il y a quelques parents d’élèves qui me reconnaissaient. Puis certains m’ont vue récemment au Banquier. Ils sont allés voir mes vidéos sur YouTube. Ils trouvent ça cool!»

Récemment séparée après un mariage de 27 ans, Sandra Dorion affirme vivre «au jour le jour» depuis sa séparation. «J’aime la vie et j’adore ce que je fais. Je trouve ça passionnant!»

«Vivre dans la nuit, je l’ai chantée à mon mariage!»

Même si Nuance a connu quelques succès dans les années 1980, un titre sort du lot: Vivre dans la nuit. Encore aujourd’hui, la chanson tourne à l’occasion­­­ à la radio et elle est un succès incontestable dans les karaokés.

Dans les années 1980, Nuance a connu un énorme succès dans les palmarès.
Photo d'archives
Dans les années 1980, Nuance a connu un énorme succès dans les palmarès.

«Cette chanson-là est dans les annales. Je crois que c’est une chanson qui va rester. Je l’ai même chantée à mon mariage!» dit Sandra Dorion. La chanteuse restera toujours associée à ce morceau, même si elle indique, en riant, que la pièce se retrouve dans un karaoké en France sous le nom de... Marjo! “C’est-tu assez chien?» lance-t-elle.

« On n’a jamais roulé sur l’or »

Vivre dans la nuit avait d’abord été créée comme une berceuse que le batteur de Nuance voulait faire à son fils. «Le claviériste et moi-même l’avions reprise pour la modifier.» À l’époque, les radios avaient ­demandé au groupe de changer la ligne de guitare par une ligne de saxophone. «On ne verrait plus ça aujourd’hui!» dit Sandra Dorion.

En spectacle avec Nuance, en février 1987.
Photo d'archives, Luc Belisle
En spectacle avec Nuance, en février 1987.

La chanson a rapidement propulsé la carrière de Nuance. Mais malgré tout, Sandra Dorion mentionne que le groupe n’a jamais roulé sur l’or. «Ce n’était pas à l’échelle de Céline Dion, dit-elle. On ne vivait pas dans les plus beaux hôtels. On roulait en camion Éconoline, avec des matelas à ­l’arrière sur lesquels on dormait. On se faisait notre propre bouffe pour économiser. Il y avait cinq membres dans le groupe, en plus de onze personnes dans l’équipe. L’or se faisait rare!»

Sandra Dorion en 10 points

♦Elle est née à ­Aylmer, en ­Outaouais, en 1963.

♦En 1983, avec son groupe Énergie, elle arrive au deuxième rang d’un concours amateur. Parmi les autres participants, on retrouve le groupe Nuance, qui remporte la ­première place.

♦L’année suivante, Nuance perd son chanteur. Sandra Dorion se joint au groupe.

♦En quelques mois, le groupe enregistre les chansons Amour sans romance et Vivre dans la nuit.

♦Le groupe signe un contrat avec la compagnie de disques Isba, en 1985.

♦L’album Vivre dans la nuit s’écoule à plus de 80 000 exemplaires. Nuance reçoit les Félix de Découverte de l’année en 1986, du 45 tours le plus vendu et Groupe francophone de l’année, en 1987.

♦Après Vivre dans la nuit, Nuance place trois autres chansons au sommet du palmarès: Libre, Sans être aimée, Et moi qui croyais.

♦En 1988 paraît l’album Journal intime. Sandra Dorion quitte Nuance l’année suivante.

♦En 1990, elle épouse le gérant et producteur de Nuance, Daniel Séguin.

♦En 2011, après avoir quitté le milieu de la musique pour ­l’enseignement, ­Sandra Dorion ­revient sur disque avec ­l’album solo Telle quelle.