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Le Canada est dépourvu face aux «biens mal acquis»

Selon un avocat expert en corruption, la police fédérale manque d’expertise

Ibrahim Hissein Bourma, beau-frère du dictateur Idriss Déby, a acheté pour plus de 3 M$ de condos dans cette tour dans Griffintown à Montréal.
Photo Pierre-Paul Poulin Ibrahim Hissein Bourma, beau-frère du dictateur Idriss Déby, a acheté pour plus de 3 M$ de condos dans cette tour dans Griffintown à Montréal.

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Le Canada manque de ressources et d’expertise pour enquêter sur les proches de despotes africains qui investissent leurs millions dans l’immobilier au Québec, estime un avocat expert en corruption.

En France, un premier procès sur les biens mal acquis commencera le 19 juin, après une troisième tentative et dix ans d’efforts de l’association d’avocats anticorruption Sherpa. «Ces infractions sont très difficiles à prouver, dit l’avocat Paul Lalonde, associé au cabinet Dentons et président du CA de Transparency International Canada. Les procédures sont longues et complexes.»

<b>Paul Lalonde</b><br />
Avocat
Photo courtoisie
Paul Lalonde
Avocat

En principe, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) pourrait elle-même prendre l’initiative d’enquêter sur les avoirs des investisseurs proches de régimes autoritaires et corrompus au pays, sans dépôt de plainte. «Mais il y a des problèmes chroniques de ressources et d’expertise dans le domaine, dit Paul Lalonde. Dans les dernières années, la priorité a été beaucoup sur la lutte au terrorisme.»

La GRC n’a pas rappelé notre Bureau d’enquête dans le cadre de cette série de reportages sur les actifs de proches de despotes africains au Québec­­.

L’association anticorruption Sherpa, qui mène la charge, notamment contre les dirigeants congolais et gabonais en France, cherche encore la meilleure façon de les coincer ici.

«Depuis longtemps, on réfléchit à des procédures dans différents pays, et l’article que vous avez publié accélère­­ notre réflexion», dit William Bourdon, fondateur de Sherpa.

Démarches

Ibrahim Hissein Bourma
Photo courtoisie
Ibrahim Hissein Bourma

Même chose du côté des associations de ressortissants de certains pays concernés. «Quand vous avez publié, pas mal de Congolais du Canada se sont réveillés. Plusieurs se sont parlé et se sont mis d’accord pour trouver un cabinet d’avocats et préparer la plainte contre le clan Nguesso», dit Bernard Pongui, secrétaire général de la Convention de la diaspora des Congolais du Canada.

Des Tchadiens aussi veulent passer à l’action. «On aimerait porter plainte contre les Bourma», dit Ousmane Hamay, directeur­­ de l’Association des Tchadiens de l’Ontario.

Notre Bureau d’enquête a démontré que ces deux familles­­ ont investi des millions dans le marché immobilier de la grande région de Montréal et de Gatineau, généralement­­ sans hypothèque.

Chose certaine, les associations de ressortissants africains et les organisations anticorruption peuvent mettre de la pression sur la police, pour qu’elle se penche sur les actifs que détiennent les privilégiés des dictatures du continent, selon un chercheur du Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal.

«Le gouvernement ne voudrait pas avoir la réputation d’être laxiste, dit Dieng­­ Moda. Si on se rend compte qu’il y a eu d’importants détournements de fonds vers des avoirs canadiens, le gouvernement fédéral devra agir.»