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Falardeau nous manque

Pierre Falardeau ne cherchait pas à
plaire, ou du moins, il ne voulait pas
plaire à tout prix. Chose certaine,
on ne le faisait pas taire. Il parlait
de la tête, il parlait du cœur.
Photo d'archives Pierre Falardeau ne cherchait pas à plaire, ou du moins, il ne voulait pas plaire à tout prix. Chose certaine, on ne le faisait pas taire. Il parlait de la tête, il parlait du cœur.

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C’était il y a quelques jours. Je flânais sur YouTube. En gros, je perdais mon temps sur internet, comme on le fait de temps en temps.

Puis je suis tombé sur quelques vidéos de Pierre Falardeau. Il est mort en 2009, mais personne ne l’a oublié. On lui doit quelques films-cultes du cinéma québécois. Elvis Gratton, c’est lui. Le temps des bouffons, c’est aussi lui.

On se souvient peut-être surtout de son personnage public. À la fois cultivé et débraillé, touchant et gueulard, il était passionné par l’indépendance du Québec et avait voué son existence à cette cause.

Liberté

Confession: de son vivant, il m’énervait un peu. Je l’aimais bien, mais je le trouvais quand même folklorique. Il donnait une image broche à foin aux indépendantistes.

Mais en écoutant ses vidéos, je me suis rendu compte à quel point il nous manquait. Dans une société amidonnée et cul serré, Falardeau, malgré ses coups de gueule – et grâce à ses coups de gueule – avait une parole absolument libre.

On ne le faisait pas taire, il ne cherchait pas à plaire, ou du moins, il ne cherchait pas à plaire à tout prix. Il parlait de la tête, il parlait du cœur.

Penser à Falardeau, c’est constater à quel point nous ne saurions plus quoi faire d’un tel personnage aujourd’hui.

Exister médiatiquement, dans le monde qui est le nôtre, cela consiste d’abord à se soumettre à tout moment à la rectitude politique.

Ne dis pas ceci, ne dis pas cela, et fais attention de ne piler sur les orteils de personne. Notre société se croit libre. Quelle blague!

Elle se soumet à mille petites minorités fanatiques qui veulent contrôler la parole publique. Autrefois, la censure venait du haut de la société.

Maintenant, elle vient de ceux qui s’appuient sur leur statut de victime pour dominer les médias.

Penser à Falardeau, c’est aussi se remémorer un homme qui parlait du Québec avec ses tripes. Il ne parlait pas comme un communiqué de presse écrit par une armée de conseillers en communication. Il savait ce qu’il voulait dire et le disait.

Franc-tireur

Il parlait aussi de manière imagée et savait rejoindre le commun des mortels. Il allait trop loin? Oui, c’est arrivé à quelques reprises. Son parcours n’est pas sans fautes. Mais pour reprendre une de ses formules les plus percutantes, «on va toujours trop loin pour ceux qui ne vont nulle part».

Le Québec actuel aurait terriblement besoin d’un tel franc-tireur, qui ne cherche pas la polémique pour la polémique, mais qui n’hésite pas à mener des batailles au nom des convictions qui le brûlent. Il nous faudrait plusieurs idéalistes colériques qui secouent nos certitudes.

Au moment où les figures publiques se fondent dans le consensus mou, de peur de susciter une tempête médiatique, on rêve de voir surgir des personnalités hors normes, qui portent au cœur le destin de leur peuple.

Oui, Falardeau me manque, et manque à nous tous.