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Tout miser sur la peinture

À 33 ans, il a laissé tomber l’informatique pour devenir artiste-peintre à temps plein

L’artiste-peintre Louis-Bernard St-Jean a dévoilé le 5 mai sa toute dernière création, intitulée <i>Magic Carpet Ride</i> en l’honneur d’une chanson du groupe rock Steppenwolf. Le dévoilement a eu lieu à la galerie Youn sur le boulevard Saint-Laurent, à Montréal.
Photo Benoît Philie L’artiste-peintre Louis-Bernard St-Jean a dévoilé le 5 mai sa toute dernière création, intitulée Magic Carpet Ride en l’honneur d’une chanson du groupe rock Steppenwolf. Le dévoilement a eu lieu à la galerie Youn sur le boulevard Saint-Laurent, à Montréal.

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Lassé de la routine et du travail de bureau, un informaticien montréalais a quitté sa carrière sur un coup de tête à 33 ans pour apprendre le métier d’artiste-peintre et en faire son gagne-pain.

«C’était un saut dans le vide, un risque énorme, dit d’emblée Louis-Bernard St-Jean, qui a maintenant 37 ans. Et je peux encore me casser la gueule. La peinture, c’est un marathon étalé sur plusieurs années.»

La première fois qu’il a montré une de ses toiles à sa mère, elle aussi artiste-peintre, elle lui a dit: «On dirait que le chat est rentré dans la chambre et a barbouillé la toile avec sa queue pleine de peinture», raconte-t-il avec un rictus.

«Je n’avais aucune idée de ce que je faisais, comment j’allais le faire, je ne connaissais absolument rien de l’art en général ni du marché de l’art, raconte-t-il. Mais je savais que je voulais peindre».

Ses parents ont toujours trempé dans le milieu, mais M. St-Jean n’avait jamais eu l’intention de suivre leurs traces.

«Ils m’ont familiarisé avec ce monde-là quand j’étais jeune. Mais sans plus», raconte l’artiste. C’est pourquoi il a décidé de recommencer à la base en quittant son emploi d’informaticien. Il a suivi une formation en lancement d’entreprise, demandé du soutien artistique dans différents organismes, il a appris à gérer son site web, à photographier ses œuvres, et à développer son image de marque et sa présence sur les médias sociaux. Il a aussi dû développer son style.

«J’ai tellement appris en cinq ans. Je gagne ma vie juste avec la peinture», dit-il.

Le grand saut

Sans formation spécifique, le peintre a travaillé en restauration pendant de nombreuses années au cours de sa vingtaine avant de retourner étudier l’informatique au collège Dawson, vers 30 ans.

Peu de temps après, il décrochait son premier emploi comme consultant chez SAP, où il gagnait un très bon salaire.

«J’avais enfin trouvé un domaine que j’aimais et, pour la première fois de ma vie, j’avais un salaire fixe hebdomadaire», dit-il.

Mais cette vie lui laissait un sentiment de vide et une certaine frustration.

«J’avais l’impression de ne pas avoir trouvé ma voie, dit-il. J’avais un besoin quasi maladif de vouloir me dépasser, de faire quelque chose de plus grand que moi.»

L’illumination

Puis un jour est venue «l’illumination».

«Je cherchais un tableau pour décorer mon appartement, puis je n’arrivais pas à trouver quelque chose que j’aimais. Il n’y avait rien d’assez texturé à mon goût, raconte-t-il. Puis boom. Ç’a été comme une révélation. J’ai réalisé que je pouvais la créer moi-même, cette toile, et que j’en ferais éventuellement une carrière».

Pendant un temps, il a partagé sa vie entre le travail et l’apprentissage de son nouveau métier jusqu’au jour où il s’est décidé à se consacrer complètement à la peinture, avec l’appui important de sa conjointe, Annie, qui l’a épaulé dès le départ.

Même si sa vie est beaucoup plus «stressante» et «incertaine» aujourd’hui, Louis-Bernard Saint-Jean se dit comblé et certainement plus heureux qu’avant.

Son travail

  • Valeur des toiles, selon les formats : de 250 $ à 10 000 $
  • Nombre de toiles vendues au Canada, aux États-Unis (notamment à Chicago et à Los Angeles) en France et en Allemagne depuis le début de sa carrière : 70
  • Investissement en matériel brut (peinture et toile seulement) pour la création d’une toile : de 80 à 1700 $
  • Nombre d’années d’expérience en peinture : 
  • Nombre d’œuvres à sa collection : 130
  • Nombre d’expositions à son actif, notamment à Montréal et à Toronto : 28
  • Quantité de peinture à l’huile utilisée pour la création de ses plus grandes toiles : 8 litres
  • Temps nécessaire pour que la peinture sèche complètement sur une toile : 24 mois
  • Commission versée à une galerie professionnelle pour la vente d’une œuvre : 50%

Son style

Louis-Bernard Saint-Jean s’inspire de la nature, de ses voyages et de la musique pour créer des œuvres abstraites et texturées. Il utilise un couteau à peindre pour sculpter les épaisses couches de peinture à l’huile. Le résultat final crée un effet d’optique et l’œuvre prend des aspects différents selon l’angle de l’observateur.

Comme démarrer une entreprise

La création d’une toile peut ne prendre que quelques heures pour Louis-Bernard St-Jean, mais le gros du travail reste dans la vente de l’œuvre.

Se lancer dans une carrière d’artiste-peintre se compare à démarrer une entreprise et nécessite des investissements considérables, sans compter qu’il faut du temps, mais surtout... du talent.

«Je travaille beaucoup plus qu’avant, 7 jours sur 7. J’improvise un atelier dans ma salle à manger. C’est parfois difficile de décrocher. C’est comme si j’étais toujours au travail. Il y a des risques de burnout», admet-il.

Sans compter qu’il faut courir les foires et se faire des contacts car, selon lui, une exposition réussie ne se traduit pas nécessairement par de nombreuses ventes, mais par les portes qu’elle peut ouvrir dans le futur.

Selon M. St-Jean, la participation à une foire d’art contemporain au Canada peut coûter jusqu’à 8000 $ en tout.

Expo

L’artiste s’apprête à exposer à la Galerie Youn à Montréal, un honneur auquel il ne s’attendait pas aussi rapidement.

Le directeur de l’endroit, Juno Youn, est tombé en amour avec le travail de M. St-Jean dès le premier coup d’œil. «Il a un style unique que je n’avais jamais vraiment vu avant», dit-il.

Le galeriste lui a d’ailleurs offert sa première exposition solo, qui sera présentée à Montréal en septembre sur la rue Saint-Laurent.

«Il a mis du temps avant de débuter sa carrière artistique, mais je crois que la peinture a toujours été dans son sang», ajoute M. Youn.